À propos2018-06-08T12:24:11+00:00
À PROPOS

L’Institut psychanalytique de l’Enfant

L’Institut psychanalytique de l’Enfant, créé en 2009 par Jacques-Alain Miller au sein de l’Université Populaire Jacques-Lacan, promeut, sollicite et fait connaître les travaux des psychanalystes et des professionnels qui s’orientent de l’enseignement de Jacques Lacan dans leur pratique auprès des enfants et des adolescents. Il est attentif aux discours contemporains qui témoignent des transformations en cours dans « le sentiment de l’enfance » au sein de nos formations humaines. Il prend position face aux volontés qui s’affirment pour fixer des normes de plus en plus dures dans les champs de la souffrance psychique et des accompagnements éducatif et pédagogique.

Il tient sa Journée d’étude tous les deux ans. La quatrième Journée a eu lieu samedi 18 mars 2017 au Palais des Congrès d’Issy-les-Moulineaux sous le titre « Après l’enfance ».

La cinquième Journée, intitulée « Enfants violents » aura lieu le samedi 16 mars 2019 au Palais des Congrès d’Issy-les-Moulineaux.

Axes

L’intervention de clôture à première Journée, prononcée par Jacques-Alain Miller, donne à l’Institut de l’Enfant les axes de son action :

« Il appartient à l’Institut de l’Enfant de restituer la place du savoir de l’enfant, de ce que les enfants savent » : les modes d’émergence de ce savoir, ses censures, ses bizarreries, ses créations, feront l’objet d’un recueil attentif, qui ne soit pas trop contaminé par nos idéaux de l’enfance.

« Il revient à l’Institut de l’Enfant de dégager dans l’éducation la fonction que tient le désir de l’Autre » : ce qui vaut pour un enfant dans ce qui lui est transmis et la place qu’y prennent ceux qui incarnent cette fonction, voilà ce que nous souhaitons  mettre à notre étude.

« L’enfant, aujourd’hui, est un enjeu de pouvoir » : État, famille, médias, forment un « triangle des savoirs », et rivalisent auprès de l’enfant, au point que nul ne sait qui a autorité sur l’enfant, des énoncés de la Loi, des paroles des parents, ou des jeux vidéo ! Nous interrogerons ces savoirs, en tant qu’ils édictent des normes d’autant plus féroces qu’elles se présentent comme universelles.

« La cure psychanalytique n’est pas une éducation » : la responsabilité des psychanalystes est engagée dans la place qu’occupe l’enfant dans les discours du temps présent et la cure psychanalytique est le lieu où peuvent s’élaborer des réponses nouvelles et des nouages nouveaux. L’œuvre de Freud et l’enseignement de Jacques Lacan, avec les éclairages qu’ils apportent sur la place de l’enfant, sont des ressources sur lesquelles les praticiens peuvent faire fond pour se déprendre des conformismes qui toujours menacent.

Notre réseau

L’Institut psychanalytique de l’Enfant : un réseau au service des enfants, des adolescents et de leurs parents

♦ des enfants, des adolescents, en analyse : Dans l’accueil et l’accompagnement que propose un(e) psychanalyste, un enfant trouve, au même titre que chaque sujet, un lieu et un temps où ses questions seront entendues, sans jugement préalable sur ce que c’est d’être un enfant, au plus près de ses angoisses et de ce dont il souffre. L’attention aux inquiétudes de ses parents permet au praticien d’avancer avec eux vers la singularité de leur enfant, pour soutenir les solutions qui se proposent dans l’avancement de la cure.

Dans chaque région de France, mais aussi en Belgique et Suisse francophones, ces praticiens orientés par la psychanalyse participent aux activités du Centre d’Etude et de Recherche pour l’Enfant dans le Discours Analytique (CEREDA, réseau du Champ freudien), pour une mise au travail des concepts fondamentaux de la psychanalyse en lien avec la clinique actuelle de l’enfant.

Pour tous renseignements sur les groupes du réseau CEREDA dans votre région, vous pouvez contacter Christine Maugin, qui en coordonne l’action : écrire à institut.enfant@gmail.com (Objet : CEREDA)Le CEREDA a son Bulletin électronique Diagonal qui informe sur les études en cours et les événements à venir dans chaque région.

♦ des enfants et des adolescents dans le lien social : Dans ces lieux d’enfance que sont l’école, les crèches, l’hôpital, les foyers de vie, les services de protection maternelle et infantile et de protection de l’enfance en danger — enfants et adolescents rencontrent des adultes et des pairs qui deviennent leurs partenaires au jeu de la vie, à côté de sa famille. Ils y font des découvertes heureuses mais s’y heurtent aussi à des obstacles. Le collectif masque souvent aux adultes présents ces nouveautés et ces souffrances, et ceux-ci se trouvent souvent démunis ou décontenancés face à des manifestations intempestives des enfants et des jeunes qu’ils souhaitent enseigner, soigner ou éduquer.

Le Centre interdisciplinaire de l’enfant (CIEN, réseau du Champ freudien) proposent à ces professionnels concernés — éducateurs, infirmiers, enseignants, psychologues, médecins, magistrats, universitaires — des conversations dans le cadre de laboratoires inter-disciplinaires pour prendre langue avec des praticiens d’autres disciplines et des psychanalystes autour des questions qui taraudent dans la pratique. Lieux ouverts où s’expérimentent les ressources d’une élaboration à plusieurs voix, les laboratoires du CIEN existent dans chacune de nos régions et Nicole Borie, présidente de l’Association CIEN, vous renseignera sur les actions à l’oeuvre dans votre région, à l’adresse institut.enfant@gmail.com (Objet : CIEN)

Le CIEN a également son Bulletin électronique @trait du CIEN qui fait connaître les travaux des laboratoires et l’agenda de leurs expositions.

♦ des enfants et des adolescents accueillis en institution : Les services de soins pédopsychiatriques, les diverses institutions médico-psychologiques et médico-sociales, accueillent un grand nombre d’enfants au nom de catégories psychopathologiques souvent très discriminantes – TED, TDAH, troubles de la conduite et du comportement, dyslexies et autres dys. L’intervention de ces institutions dites « spécialisées » s’oriente très diversement pour leur action auprès des enfants accueillis mais, dans la plupart des cas, permet de desserrer l’étau des angoisses et des contraintes qui pèsent sur la vie psychique de ces enfants et de les accompagner vers des solutions nouvelles. L’Institut de l’Enfant est attentif à ce qui s’invente ainsi dans ces lieux où un enfant peut rencontrer des adultes disponibles. Ceux-ci peuvent se soutenir en cela de l’expérience des institutions d’orientation lacanienne – l’Antenne 110, le Courtil, Nonette — et d’institutions associées, qui ont ouvert des voies nouvelles pour la pratique en institution. Ces institutions singulières, par leur participation active à la préparation des Journées de l’Institut de l’Enfant, par les formations qu’elles dispensent, par l’accueil de nombreux stagiaires, maintiennent vif dans notre champ ce désir issu de l’expérience analytique et appliqué à l’institution : instaurer la particularité contre l’idéal. Une conséquence s’en déduit : « à chaque enfant, son institution ».

Jean-Robert Rabanel répondra à vos questions à l’adresse institut.enfant@gmail.com (Objet : INSTITUTIONS)

Perspectives

Par Judith Miller

Ce texte est composé de larges extraits de la Préface donnée par Judith Miller pour la publication du premier volume de la Collection La petite Girafe Peurs d’enfant, paru aux éditions Navarin en octobre 2011.

La création de l’Institut psychanalytique de l’Enfant : un pas

De quoi s’agit-il ? De protéger des bonnes intentions et préventions diverses dont l’enfant est actuellement l’objet. Elles sont en effet au service du maître, et partant parfaitement conformistes et aveugles au sur mesure, attachées obstinément à La norme. Les unes et les autres se convertissent en effet en mesures dites « sociales », dont nombre de citoyens s’effarent.

Du même mouvement, il s’agit d’affirmer, preuves démonstratives à l’appui, le havre et la bonne heure que constitue le discours analytique pour ceux des enfants qui se confrontent à un réel qui les entrave dans des difficultés apparemment insurmontables.

Comme leurs aînés, et sans doute davantage qu’eux, bien des enfants ne sauraient trouver une issue aux embrouilles du réel sans s’adresser à qui est formé à recevoir au un par un celui qui se trouve dans l’impasse. Les enfants se voient aujourd’hui voués à une alternative, résister ou céder, d’où l’angoisse assurée des uns et les épinglages des autres du nom de « troubles », dont la déclinaison, s’ils n’avaient des suites ravageantes, ferait rire.

Bien des parents sont demandeurs de ces « bonnes intentions », elles rassurent dans un premier temps, au terme duquel se découvre dans quel chemin de croix elles mènent parents et enfants. Alors un trouble authentique saisit chacun, s’il est demeuré susceptible d’en ressentir les effets, en échappant à un conditionnement programmé pour masquer la singularité.

Ces bonnes intentions sont en effet sourdes aux épreuves que chaque enfant traverse immanquablement. Elles préjugent sans vergogne de leur destin au nom du « développement normal » : enfants et jeunes se verront réduits coûte que coûte, et de la façon la plus économique possible, aux décrets de l’expert ou passés à la moulinette de mesures préventives. Le soupçon se généralise, au crible de tests dont la cruauté surprend (voir par exemple le test dénommé Dominique Interactif). 

Tout est à inventer

Les enseignements tirés de la pratique psychanalytique sont attendus par ceux qui travaillent dans les institutions qui accueillent les sujets en grande détresse, et dans celles que fréquentent ordinairement ou exceptionnellement les enfants (écoles, crèches, cabinets médicaux, centres de loisirs, instances judiciaires etc.). Combien baissent les bras devant des protocoles et des programmes indigestes à leurs bonnes volontés ? Combien en souffrent en vain ? Combien ont déjà osé se permettre de sortir des voies protocolaires et préprogrammées, et ont pu découvrir ainsi les joies de l’invention que le sur mesure demande et suscite ?

Tout est encore à inventer dans notre époque qui est celle d’une mutation dont les retombées restent imprévisibles et peuvent conduire au pire de l’enfer pavé des meilleures intentions, c’est-à-dire à d’une ségrégation renforcée au nom du « tous pareils ». L’invention, la résistance sans nostalgie viennent de ce discours de l’analyste qui éclaire les trois autres discours formalisés par Lacan.

Viser à la singularité absolue et non à la promotion de recettes universelles, ce n’est pas viser à l’individu socio-biologico-génétique, c’est cerner le réel dont chaque être parlant est la réponse, dans sa contingence et un choix insondable à lui-même. Il est certain que la place qu’occupe un analyste, de par sa formation, lui permet d’aborder autrement que parents et grands-parents les questions auxquelles répond un enfant dans ses refus, ses acquiescements, ses identifications, ses succès et ses fictions. Aussi concerné soit-il, il est de cette place en mesure de permettre à l’enfant d’explorer les coordonnées du sujet à part entière qu’il est.

Des pépites 

Ces principes sont à l’œuvre dans chaque pépite dont fourmille l’enseignement de Jacques Lacan à propos des enfants. Je ne citerai ici, pour étayer la mise en œuvre de ces principes, que l’élucidation proposée par Lacan, dans Je parle aux murs[1], de l’obtusion de certains aux mathématique. Elle leur suppose de piger, si ce n’est la différence des quatre causalités aristotéliciennes, du moins de repérer de laquelle la science relève. Quelle plus belle invitation à transmettre ce que nous apprenons des enfants ?

[1] Lacan J., Je parle aux murs, Entretiens de la chapelle de Sainte-Anne, Paris, Seuil, 2011.

COMITÉ D’INITIATIVE

Jean-Robert Rabanel, Daniel Roy (Secrétaire général), Alexandre Stevens

ADRESSE DE
CORRESPONDANCE

institut.enfant@gmail.com

PUBLICATIONS

La Collection La petite Girafe, aux éditions Navarin publie les travaux de l’Institut de l’Enfant. Les quatre volumes déjà publiés – Peurs d’enfant, Le savoir de l’enfant, Interpréter l’enfant, Après l’enfance – sont notamment disponibles sur www.ecf-echoppe.com.