À pro­pos

L’Institut psy­cha­na­ly­tique de l’Enfant, créé en 2009 par Jacques-Alain Miller au sein de l’Université Populaire Jacques-Lacan, pro­meut, sol­li­cite et fait connaître les tra­vaux des psy­cha­na­lystes et des pro­fes­sion­nels qui s’orientent de l’enseignement de Jacques Lacan dans leur pra­tique auprès des enfants et des ado­les­cents. Il est atten­tif aux dis­cours contem­po­rains qui témoignent des trans­for­ma­tions en cours dans « le sen­ti­ment de l’enfance » au sein de nos for­ma­tions humaines. Il prend posi­tion face aux volon­tés qui s’affirment pour fixer des normes de plus en plus dures dans les champs de la souf­france psy­chique et des accom­pa­gne­ments édu­ca­tif et péda­go­gique.

La sixième Journée d’é­tude, inti­tu­lée « La sexua­tion des enfants » aura lieu si les condi­tions de sécu­rité sani­taire le per­mettent. Dans cette attente les ins­crip­tions ne sont pas ouvertes.

Axes

L’intervention de clô­ture à pre­mière Journée, pro­non­cée par Jacques-Alain Miller, donne à l’Institut de l’Enfant les axes de son action :

« Il appar­tient à l’Institut de l’Enfant de res­ti­tuer la place du savoir de l’enfant, de ce que les enfants savent » : les modes d’émergence de ce savoir, ses cen­sures, ses bizar­re­ries, ses créa­tions, feront l’objet d’un recueil atten­tif, qui ne soit pas trop conta­miné par nos idéaux de l’enfance.

« Il revient à l’Institut de l’Enfant de déga­ger dans l’éducation la fonc­tion que tient le désir de l’Autre » : ce qui vaut pour un enfant dans ce qui lui est trans­mis et la place qu’y prennent ceux qui incarnent cette fonc­tion, voilà ce que nous sou­hai­tons  mettre à notre étude.

« L’enfant, aujourd’hui, est un enjeu de pou­voir » : État, famille, médias, forment un « tri­angle des savoirs », et riva­lisent auprès de l’enfant, au point que nul ne sait qui a auto­rité sur l’enfant, des énon­cés de la Loi, des paroles des parents, ou des jeux vidéo ! Nous inter­ro­ge­rons ces savoirs, en tant qu’ils édictent des normes d’autant plus féroces qu’elles se pré­sentent comme uni­ver­selles.

« La cure psy­cha­na­ly­tique n’est pas une édu­ca­tion » : la res­pon­sa­bi­lité des psy­cha­na­lystes est enga­gée dans la place qu’occupe l’enfant dans les dis­cours du temps pré­sent et la cure psy­cha­na­ly­tique est le lieu où peuvent s’élaborer des réponses nou­velles et des nouages nou­veaux. L’œuvre de Freud et l’enseignement de Jacques Lacan, avec les éclai­rages qu’ils apportent sur la place de l’enfant, sont des res­sources sur les­quelles les pra­ti­ciens peuvent faire fond pour se déprendre des confor­mismes qui tou­jours menacent.

Notre réseau

L’Institut psy­cha­na­ly­tique de l’Enfant : un réseau au ser­vice des enfants, des ado­les­cents et de leurs parents :

  • des enfants, des ado­les­cents, en ana­lyse : Dans l’accueil et l’accompagnement que pro­pose un(e) psy­cha­na­lyste, un enfant trouve, au même titre que chaque sujet, un lieu et un temps où ses ques­tions seront enten­dues, sans juge­ment préa­lable sur ce que c’est d’être un enfant, au plus près de ses angoisses et de ce dont il souffre. L’attention aux inquié­tudes de ses parents per­met au pra­ti­cien d’avancer avec eux vers la sin­gu­la­rité de leur enfant, pour sou­te­nir les solu­tions qui se pro­posent dans l’avancement de la cure.
    Dans chaque région de France, mais aussi en Belgique et Suisse fran­co­phones, ces pra­ti­ciens orien­tés par la psy­cha­na­lyse par­ti­cipent aux acti­vi­tés du Centre d’Etude et de Recherche pour l’Enfant dans le Discours Analytique (CEREDA, réseau du Champ freu­dien), pour une mise au tra­vail des concepts fon­da­men­taux de la psy­cha­na­lyse en lien avec la cli­nique actuelle de l’enfant.
    Pour tous ren­sei­gne­ments sur les groupes du réseau CEREDA dans votre région, vous pou­vez contac­ter Christine Maugin, qui en coor­donne l’action : écrire à institut.enfant@gmail.com (Objet : CEREDA)Le CEREDA a son Bulletin élec­tro­nique Diagonal qui informe sur les études en cours et les évé­ne­ments à venir dans chaque région.
  • des enfants et des ado­les­cents dans le lien social : Dans ces lieux d’enfance que sont l’école, les crèches, l’hôpital, les foyers de vie, les ser­vices de pro­tec­tion mater­nelle et infan­tile et de pro­tec­tion de l’enfance en dan­ger — enfants et ado­les­cents ren­contrent des adultes et des pairs qui deviennent leurs par­te­naires au jeu de la vie, à côté de sa famille. Ils y font des décou­vertes heu­reuses mais s’y heurtent aussi à des obs­tacles. Le col­lec­tif masque sou­vent aux adultes pré­sents ces nou­veau­tés et ces souf­frances, et ceux-ci se trouvent sou­vent dému­nis ou décon­te­nan­cés face à des mani­fes­ta­tions intem­pes­tives des enfants et des jeunes qu’ils sou­haitent ensei­gner, soi­gner ou édu­quer.
    Le Centre inter­dis­ci­pli­naire de l’enfant (CIEN, réseau du Champ freu­dien) pro­posent à ces pro­fes­sion­nels concer­nés — édu­ca­teurs, infir­miers, ensei­gnants, psy­cho­logues, méde­cins, magis­trats, uni­ver­si­taires — des conver­sa­tions dans le cadre de labo­ra­toires inter-disciplinaires pour prendre langue avec des pra­ti­ciens d’autres dis­ci­plines et des psy­cha­na­lystes autour des ques­tions qui taraudent dans la pra­tique. Lieux ouverts où s’expérimentent les res­sources d’une éla­bo­ra­tion à plu­sieurs voix, les labo­ra­toires du CIEN existent dans cha­cune de nos régions et Nicole Borie, pré­si­dente de l’Association CIEN, vous ren­sei­gnera sur les actions à l’oeuvre dans votre région, à l’adresse institut.enfant@gmail.com (Objet : CIEN)
    Le CIEN a éga­le­ment son Bulletin élec­tro­nique @trait du CIEN qui fait connaître les tra­vaux des labo­ra­toires et l’agenda de leurs expo­si­tions.
  • des enfants et des ado­les­cents accueillis en ins­ti­tu­tion : Les ser­vices de soins pédo­psy­chia­triques, les diverses ins­ti­tu­tions médico-psychologiques et médico-sociales, accueillent un grand nombre d’enfants au nom de caté­go­ries psy­cho­pa­tho­lo­giques sou­vent très dis­cri­mi­nantes – TED, TDAH, troubles de la conduite et du com­por­te­ment, dys­lexies et autres dys. L’intervention de ces ins­ti­tu­tions dites « spé­cia­li­sées » s’oriente très diver­se­ment pour leur action auprès des enfants accueillis mais, dans la plu­part des cas, per­met de des­ser­rer l’étau des angoisses et des contraintes qui pèsent sur la vie psy­chique de ces enfants et de les accom­pa­gner vers des solu­tions nou­velles. L’Institut de l’Enfant est atten­tif à ce qui s’invente ainsi dans ces lieux où un enfant peut ren­con­trer des adultes dis­po­nibles. Ceux-ci peuvent se sou­te­nir en cela de l’expérience des ins­ti­tu­tions d’orientation laca­nienne – l’Antenne 110, le Courtil, Nonette — et d’institutions asso­ciées, qui ont ouvert des voies nou­velles pour la pra­tique en ins­ti­tu­tion. Ces ins­ti­tu­tions sin­gu­lières, par leur par­ti­ci­pa­tion active à la pré­pa­ra­tion des Journées de l’Institut de l’Enfant, par les for­ma­tions qu’elles dis­pensent, par l’accueil de nom­breux sta­giaires, main­tiennent vif dans notre champ ce désir issu de l’expérience ana­ly­tique et appli­qué à l’institution : ins­tau­rer la par­ti­cu­la­rité contre l’idéal. Une consé­quence s’en déduit : « à chaque enfant, son ins­ti­tu­tion ».
    Jean-Robert Rabanel répon­dra à vos ques­tions à l’adresse institut.enfant@gmail.com (Objet : INSTITUTIONS)

Perspectives

Par Judith Miller

Ce texte est com­posé de larges extraits de la Préface don­née par Judith Miller pour la publi­ca­tion du pre­mier volume de la Collection La petite Girafe Peurs d’enfant, paru aux édi­tions Navarin en octobre 2011.

La créa­tion de l’Institut psy­cha­na­ly­tique de l’Enfant : un pas

De quoi s’agit-il ? De pro­té­ger des bonnes inten­tions et pré­ven­tions diverses dont l’enfant est actuel­le­ment l’objet. Elles sont en effet au ser­vice du maître, et par­tant par­fai­te­ment confor­mistes et aveugles au sur mesure, atta­chées obs­ti­né­ment à La norme. Les unes et les autres se conver­tissent en effet en mesures dites « sociales », dont nombre de citoyens s’effarent.

Du même mou­ve­ment, il s’agit d’affirmer, preuves démons­tra­tives à l’appui, le havre et la bonne heure que consti­tue le dis­cours ana­ly­tique pour ceux des enfants qui se confrontent à un réel qui les entrave dans des dif­fi­cul­tés appa­rem­ment insur­mon­tables.

Comme leurs aînés, et sans doute davan­tage qu’eux, bien des enfants ne sau­raient trou­ver une issue aux embrouilles du réel sans s’adresser à qui est formé à rece­voir au un par un celui qui se trouve dans l’impasse. Les enfants se voient aujourd’hui voués à une alter­na­tive, résis­ter ou céder, d’où l’angoisse assu­rée des uns et les épin­glages des autres du nom de « troubles », dont la décli­nai­son, s’ils n’avaient des suites rava­geantes, ferait rire.

Bien des parents sont deman­deurs de ces « bonnes inten­tions », elles ras­surent dans un pre­mier temps, au terme duquel se découvre dans quel che­min de croix elles mènent parents et enfants. Alors un trouble authen­tique sai­sit cha­cun, s’il est demeuré sus­cep­tible d’en res­sen­tir les effets, en échap­pant à un condi­tion­ne­ment pro­grammé pour mas­quer la sin­gu­la­rité.

Ces bonnes inten­tions sont en effet sourdes aux épreuves que chaque enfant tra­verse imman­qua­ble­ment. Elles pré­jugent sans ver­gogne de leur des­tin au nom du « déve­lop­pe­ment nor­mal » : enfants et jeunes se ver­ront réduits coûte que coûte, et de la façon la plus éco­no­mique pos­sible, aux décrets de l’expert ou pas­sés à la mou­li­nette de mesures pré­ven­tives. Le soup­çon se géné­ra­lise, au crible de tests dont la cruauté sur­prend (voir par exemple le test dénommé Dominique Interactif). 

Tout est à inven­ter

Les ensei­gne­ments tirés de la pra­tique psy­cha­na­ly­tique sont atten­dus par ceux qui tra­vaillent dans les ins­ti­tu­tions qui accueillent les sujets en grande détresse, et dans celles que fré­quentent ordi­nai­re­ment ou excep­tion­nel­le­ment les enfants (écoles, crèches, cabi­nets médi­caux, centres de loi­sirs, ins­tances judi­ciaires etc.). Combien baissent les bras devant des pro­to­coles et des pro­grammes indi­gestes à leurs bonnes volon­tés ? Combien en souffrent en vain ? Combien ont déjà osé se per­mettre de sor­tir des voies pro­to­co­laires et pré­pro­gram­mées, et ont pu décou­vrir ainsi les joies de l’invention que le sur mesure demande et sus­cite ?

Tout est encore à inven­ter dans notre époque qui est celle d’une muta­tion dont les retom­bées res­tent impré­vi­sibles et peuvent conduire au pire de l’enfer pavé des meilleures inten­tions, c’est-à-dire à d’une ségré­ga­tion ren­for­cée au nom du « tous pareils ». L’invention, la résis­tance sans nos­tal­gie viennent de ce dis­cours de l’analyste qui éclaire les trois autres dis­cours for­ma­li­sés par Lacan.

Viser à la sin­gu­la­rité abso­lue et non à la pro­mo­tion de recettes uni­ver­selles, ce n’est pas viser à l’individu socio-biologico-génétique, c’est cer­ner le réel dont chaque être par­lant est la réponse, dans sa contin­gence et un choix inson­dable à lui-même. Il est cer­tain que la place qu’occupe un ana­lyste, de par sa for­ma­tion, lui per­met d’aborder autre­ment que parents et grands-parents les ques­tions aux­quelles répond un enfant dans ses refus, ses acquies­ce­ments, ses iden­ti­fi­ca­tions, ses suc­cès et ses fic­tions. Aussi concerné soit-il, il est de cette place en mesure de per­mettre à l’enfant d’explorer les coor­don­nées du sujet à part entière qu’il est.

Des pépites

Ces prin­cipes sont à l’œuvre dans chaque pépite dont four­mille l’enseignement de Jacques Lacan à pro­pos des enfants. Je ne cite­rai ici, pour étayer la mise en œuvre de ces prin­cipes, que l’élucidation pro­po­sée par Lacan, dans Je parle aux murs[1], de l’obtusion de cer­tains aux mathé­ma­tique. Elle leur sup­pose de piger, si ce n’est la dif­fé­rence des quatre cau­sa­li­tés aris­to­té­li­ciennes, du moins de repé­rer de laquelle la science relève. Quelle plus belle invi­ta­tion à trans­mettre ce que nous appre­nons des enfants ?

[1] Lacan J., Je parle aux murs, Entretiens de la cha­pelle de Sainte-Anne, Paris, Seuil, 2011.

COMITÉ D’INITIATIVE

Jean-Robert Rabanel, Daniel Roy (Secrétaire géné­ral), Alexandre Stevens

ADRESSE DE
CORRESPONDANCE

institut.enfant@gmail.com

Publications

La Collection La petite Girafe, aux édi­tions Navarin publie les tra­vaux de l’Institut de l’Enfant. Les quatre volumes déjà publiés – Peurs d’enfant, Le savoir de l’en­fant, Interpréter l’enfant, Après l’en­fance – sont notam­ment dis­po­nibles sur www.ecf-echoppe.com.

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