5e Journée d’étude
ENFANTS VIOLENTS

Bibliographie

Usez de la bibliographie évolutive, raisonnée, non exhaustive, riche et incomplète…

Il y a les bibliographes qui ont cherché tous les éclats pour donner de la lumière à ce qu’on entend dans « enfants violents », ceux qui sont saisis par la chose violente, ceux à qui les mots manquent, ceux qui rafistolent et ceux qui se révoltent.

Vous trouverez six axes d’entrées qui cherchent à se départir de l’idée que la violence serait innée chez certains enfants, au contraire, la violence est un ressort commun de la pulsion de mort pour chaque parlêtre. L’éliminer est chose vaine mais lui trouver d’autres échappées que son expression brute est le pari de cette 5e Journée.

Équipe biblio : Fanny Levin, Claire Piette avec Adela Alcantud, Lena Burger, Béatrice Brault, Marianne Canolle, Christine Carteron, Philippe Cousty, Yohan De Schrijver, Nadège Duret, Maud Ferauge, Solenne Froc, Catherine Heule, Grégory Leduc, Christophe Le Poëc, Phénicia Leroy, Guillaume Libert, Hélène Loiret, Elena Madera, Raquel Matta, Rosana Montani, Ariane Oger, Martine Revel, Thomas Roïc, Christelle Sandras, Pascale Simonet, Agathe Sultan, Fernanda Xavier, Judith Zabala.

Sigmund Freud

♠ « Le mécanisme psychique des phénomènes hystériques. Communication préliminaire », Études sur l’hystérie, Paris, puf, 1992.
« Mais l’être humain trouve dans le langage un équivalent de l’acte, équivalent grâce auquel l’affect peut être “abréagi” à peu près de la même façon. », p. 5-6.

♠  La question de l’analyse profane, Paris, puf, 2012.
« Assurément, tout au commencement était l’acte, le mot vint plus tard ; ce fut sous bien des rapports un progrès culturel que le moment où l’acte se modéra en devenant mot. », p. 10.

♠ « Le refoulement », Métapsychologie, Paris, puf, 2010.
« Le destin du facteur quantitatif du représentant pulsionnel peut être triple […] : la pulsion est tout à fait réprimée, de telle sorte qu’on ne trouve aucune trace d’elle ; ou elle se fait manifeste sous forme d’un affect, doté d’une coloration quantitative quelconque ; ou enfin elle est transformée en angoisse. », p. 55-56.

♠ « Deuil et mélancolie », Métapsychologie, Paris, Gallimard, Folio Essai, 1991.
« Nous savions, bien sûr, depuis longtemps, qu’un névrosé n’éprouve pas d’intention suicidaire qui ne soit le résultat d’un retournement sur soi d’une impulsion meurtrière contre autrui ; mais nous ne comprenions toujours pas quel jeu de forces pouvait transformer en acte une telle intention. Or l’analyse de la mélancolie nous enseigne que le moi ne peut se tuer que lorsqu’il peut, de par le retour de l’investissement d’objet, se traiter lui-même comme un objet, lorsqu’il lui est loisible de diriger contre lui-même l’hostilité qui vise un objet et qui représente une réaction originaire du moi contre des objets du monde extérieur. », p.160-161.

♠ Essais de psychanalyse, Paris, Payot et Rivages, Petite Bibliothèque, 2001.
« Libido est une expression provenant de la doctrine de l’affectivité. Nous appelons ainsi l’énergie, considérée comme grandeur quantitative […] de ces pulsions. », p. 166-167.

Jacques Lacan

♠ « Introduction au commentaire de Jean Hyppolite », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Ne savons-nous pas qu’aux confins où la parole se démet, commence le domaine de la violence, et qu’elle y règne déjà, même sans qu’on l’y provoque. », p. 375.

♠ « L’agressivité en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Le dialogue paraît en lui-même constituer une renonciation à l’agressivité ; la philosophie depuis Socrate y a toujours mis son espoir de faire triompher la voie rationnelle. Et pourtant depuis le temps que Thrasymaque a fait sa sortie démente au début du grand dialogue de La République, l’échec de la dialectique verbale ne s’est que trop souvent démontré. […] Particulièrement sera vite manifeste [au patient], et d’ailleurs confirmée, l’abstention de l’analyste à lui répondre sur aucun plan de conseil ou de projet. […] Certes, en une plus insondable exigence du cœur, c’est la participation à son mal que le malade attend de nous. Mais c’est la réaction hostile qui guide notre prudence et qui déjà inspirait à Freud sa mise en garde contre toute tentation de jouer au prophète. Seuls les saints sont assez détachés de la plus profonde des passions communes pour éviter les contrecoups agressifs de la charité. […] Au reste, comment nous étonner de ces réactions, nous qui dénonçons les ressorts agressifs cachés sous toutes les activités dites philanthropiques. », p. 106-107.

« Mais qu’on imagine, pour nous comprendre, ce qui se passerait chez un patient qui verrait dans son analyste une réplique exacte de lui-même. Chacun sent que l’excès de tension agressive ferait un tel obstacle à la manifestation du transfert que son effet utile ne pourrait se produire qu’avec la plus grande lenteur, et c’est ce qui arrive dans certaines analyses à fin didactique. L’imaginerons-nous, à la limite, vécue sous le mode d’étrangeté propre aux appréhensions du double, cette situation déclencherait une angoisse immaîtrisable. », p. 109.

« La tendance agressive se révèle fondamentale dans une certaine série d’états significatifs de la personnalité, qui sont les psychoses paranoïdes et paranoïaques. J’ai souligné dans mes travaux qu’on pouvait coordonner par leur sériation strictement parallèle la qualité de la réaction agressive qu’on peut attendre de telle forme de paranoïa avec l’étape de la genèse mentale représentée par le délire symptomatique de cette même forme. Relation qui apparaît encore plus profonde quand […] l’acte agressif résout la construction délirante. Ainsi se série de façon continue la réaction agressive, depuis l’explosion brutale autant qu’immotivée de l’acte à travers toute la gamme des formes des belligérances jusqu’à la guerre froide des démonstrations interprétatives, parallèlement aux imputations de nocivité qui, sans parler du kakon obscur à quoi le paranoïde réfère sa discordance de tout contact vital, s’étagent depuis la motivation, empruntée au registre d’un organicisme très primitif, du poison, à celle, magique, du maléfice, télépathique, de l’influence, lésionnelle, de l’intrusion physique, abusive, du détournement de l’intention, dépossessive, du vol du secret, profanatoire, du viol de l’intimité, juridique, du préjudice, persécutive, de l’espionnage et de l’intimidation, prestigieuse, de la diffamation et de l’atteinte à l’honneur, revendicatrice, du dommage et de l’exploitation. », p. 109-110.

♠ Le Séminaire, livre V, Les formations de l’inconscient, Paris, Seuil,1998.
« Pour rappeler des choses de première évidence, la violence est bien ce qui est essentiel dans l’agression, au moins sur le plan humain. Ce n’est pas la parole, c’est même exactement le contraire. Ce qui peut se produire dans une relation interhumaine, c’est la violence ou la parole. Si la violence se distingue dans son essence de la parole, la question peut se poser de savoir dans quelle mesure la violence comme telle – pour la distinguer de l’usage que nous faisons du terme d’agressivité – peut être refoulée, puisque nous avons posé comme principe que ne saurait être en principe refoulé que ce qui se révèle avoir accédé à la structure de la parole, c’est-à-dire à une articulation signifiante. Si ce qui est de l’ordre de l’agressivité arrive à être symbolisé et pris dans le mécanisme de ce qui est refoulement, inconscience, de ce qui est analysable, et même, disons-le de façon générale, de ce qui est interprétable, c’est par le biais du meurtre du semblable qui est latent dans la relation imaginaire. », p. 459-460.

♠ Le Séminaire, livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986.
« Le miroir, à l’occasion, peut impliquer les mécanismes du narcissisme, et nommément la diminution destructive, agressive que nous retrouverons par la suite. », p. 181.

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil-Champ freudien, 2004.
« La colère, vous ai-je dit, c’est ce qui se passe chez les sujets, quand les petites chevilles ne rentrent pas dans les petits trous. Cela veut dire quoi ? Quand au niveau de l’Autre, du signifiant, c’est-à-dire toujours, plus au moins, de la foi, de la bonne foi, on ne joue pas le jeu. Eh bien, c’est cela qui suscite la colère. », p.23.

« Les deux conditions essentielles de ce qui s’appelle, à proprement parler, passage à l’acte sont ici réalisées. La première, c’est l’identification absolue du sujet à ce a à quoi il se réduit. […] La seconde, c’est la confrontation du désir et de la loi », p. 131.

« Ce laisser tomber est le corrélat essentiel du passage à l’acte. Encore faut-il préciser de quel côté il est vu, ce laisser tomber. Il est vu justement du côté du sujet. Si vous voulez vous référer à la formule du fantasme, le passage à l’acte est du côté du sujet en tant que celui-ci apparaît effacé au maximum par la barre. Le moment du passage à l’acte est celui du plus grand embarras du sujet, avec l’addition comportementale de l’émotion comme désordre du mouvement. C’est alors que, de là où il est […], il se précipite et bascule hors de la scène. Ceci est la structure même du passage à l’acte. […] Le sujet va dans la direction de s’évader de la scène. C’est ce qui nous permet de reconnaître le passage à l’acte dans sa valeur propre, et d’en distinguer ce qui est tout autre, vous le verrez, à savoir l’acting-out. », p. 136-137.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation lacanienne. Extimité », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 13 novembre 1985, inédit.
« C’est un point tournant, puisque c’est dans Le transfert que l’on trouve une distribution des séminaires à venir, en particulier L’angoisse et L’identification, qui forment un contraste par rapport à L’éthique qui s’annonce comme tragique et comme une re-formulation de la pulsion de mort, à savoir comme l’entreprise de penser la psychanalyse à partir de la pulsion de mort et par le biais de la loi morale en tant qu’elle comporte précisément le rejet de tout pathologique, de tout pathos, rejet qui peut aller jusqu’à coûter la vie au sujet. Lacan a effectué là un franchissement dont il n’est pas sûr qu’il ait été réitéré. La posture est là héroïque. Le héros sophocléen n’est, au terme, que le déchet de sa propre aventure. »

♠ « L’orientation lacanienne. Extimité », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 20 novembre 1985, inédit.
« Ce das Ding reste le point-pivot de L’éthique et du Transfert, séminaires qui ont ça d’étonnant qu’ils sont presque complètement sans mathèmes. Ils n’ont pas de mathèmes et ils disent quelque chose d’originel, quelque chose qui est comme d’avant le signifiant et qui se trouve comme hors signifié. C’est comme ça que Lacan définit das Ding. Hors signifié, ça veut dire qu’on ne l’a pas encore fait signifier. C’est comme ce à quoi le sujet a rapport avant tout refoulement. C’est ce par rapport à quoi le refoulement est déjà une élaboration. C’est le terme par rapport à quoi il y a une défense primaire – le refoulement apparaissant, lui, comme une défense beaucoup plus élaborée. C’est comme une réalité muette par rapport à quoi le sujet se constitue dans un rapport pathétique d’affect primaire. »

♠ « L’orientation lacanienne. Extimité », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 27 novembre 1985, inédit.
« Il ne suffit pas de mettre en cause la haine de l’Autre, puisque, justement, ça poserait la question de savoir pourquoi cet Autre est Autre. Dans la haine de l’Autre, il est certain qu’il y a quelque chose de plus que l’agressivité. Il y a une constante de cette agressivité qui mérite le nom de haine, et qui vise le réel dans l’Autre. Qu’est-ce qui fait que cet Autre est Autre pour qu’on puisse le haïr, pour qu’on puisse le haïr dans son être ? Eh bien, c’est la haine de la jouissance de l’Autre. C’est même là la forme la plus générale qu’on peut donner à ce racisme moderne tel que nous le vérifions. C’est la haine de la façon particulière dont l’Autre jouit. Ça fait que le voisin a tendance à vous déranger parce qu’il ne fait pas la fête comme vous. S’il ne fait pas la fête comme vous, ça veut dire qu’il jouit autrement que vous. C’est ce à quoi vous êtes intolérant. On veut bien reconnaître son prochain dans l’Autre, mais à condition qu’il ne soit pas votre voisin. On veut bien l’aimer comme soi-même, mais surtout quand il est loin, quand il est séparé. Et quand cet Autre, il se rapproche, il faut vraiment être optimiste comme un généticien pour croire que ça produit un effet de solidarité, pour croire que ça conduit tout de suite à se reconnaître en lui. »

♠ « L’orientation lacanienne. Silet », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 30 novembre 1994, inédit.
« Le résultat de vouloir opérer par la parole au niveau où il y a jouissance, c’est alors l’apparition du déchaînement de l’agressivité – d’où le développement théorique sur la place centrale de l’agressivité chez l’être humain. »

♠ « L’orientation lacanienne. Donc », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 26 janvier 1994, inédit.
« On écrit cela pour résumer la construction de Lacan selon laquelle, aux origines du moi, il y a la mort […]. Cette mort, bien entendu, ce n’est pas la mort biologique. C’est exactement la mort suicide. Et c’est pourquoi Lacan peut lier les deux adjectifs : narcissique et suicidaire. Se frapper soi-même dans l’Autre, cette agression qui part du narcissisme du “moi égale moi”, c’est exactement suicidaire puisqu’en le méconnaissant c’est soi-même que le sujet frappe. C’est pourquoi Lacan peut lier l’image à ce qu’il appelle la tendance suicide. L’affinité du moi avec la position de victime, ça veut dire que le narcissisme est habité par l’attrait du suicide. D’ailleurs, l’histoire de Narcisse est là pour faire preuve. »

♠ « L’orientation lacanienne. L’expérience du réel dans la cure analytique », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 10 février 1999, inédit.
« On imagine le sujet, à un moment, recevant ou donnant une claque, et se remémorant que cette gifle a déjà̀ eu une fonction dans la geste familiale qui a pu lui être contée. C’est l’exemple que Lacan prend, en disant qu’au départ cette gifle a pu n’être qu’une violence passionnelle et au fur et à mesure qu’elle se transmet à travers les générations, et on le suppose racontée, elle prend fonction de signifiant. »

♠ « L’orientation lacanienne. Pièces détachées », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 9 mars 2005, inédit.
« L’universel bureaucratique obtenu par le benchmarking s’opposera toujours à la singularité de la relation thérapeutique soutenue par un savoir psychiatrique, psychanalytique ou psychothérapique, fondé par sa pragmatique propre. Plus on traitera la souffrance psychique par les protocoles généralisés, plus l’unicité irruptive du passage à l’acte se manifestera. »

♠ « DSK, entre Éros et Thanatos », Le Point, Paris, n°2018, mai 2011.
« Un lapsus, ça fait rire, […] l’effet de vérité est fugitif : il désarçonne le sujet, le destitue un instant de son image publique, le ridiculise, mais il s’évapore aussitôt. Maintenant, imaginez que ce mot […] ne s’exprime pas dans le registre de la parole sous la forme de lapsus ; supposez qu’il soit doté d’une force injonctive et qu’il embraie directement sur le corps. Le sujet se trouve alors dans la nécessité d’obéir à un commandement aussi muet qu’irrécusable, à une exigence absolue de satisfaction immédiate. Un impératif de jouissance impose sa loi, qui n’admet aucune délibération : le passage à l’acte se déclenche. Là, le rire se fige. », p. 48.

 



Auteurs du Champ freudien

Biagi-Chai F.

♠ « Juger les fous, un cas de parricide paradigmatique », Mental, n°21, septembre 2008.
« Pour le psychanalyste, le passage à l’acte ne se mesure pas en termes de “gravité”, il ne s’agit pas de degrés, il s’agit de plans différents, celui de la parole et du langage et celui qui lui est antinomique, inscrit dans l’échec de la fonction symbolique : le passage à l’acte. », p. 143.

Deltombe H.

♠ « Violence », Les enjeux de l’adolescence, Paris, Michèle, 2011.
« Aussi la psychanalyse est-elle le mode de dialogue lui permettant de devenir sujet, en faisant passer la violence pulsionnelle qu’il éprouve dans les défilés du signifiant. », p. 153.

Laurent É.

♠ « L’orientation lacanienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 5 mars 1997, inédit.
« Et l’identification, son pouvoir, la tension féconde qu’elle introduit entre le sujet et l’Autre, n’apparaît nulle part plus en valeur que dans la psychose où dans le passage à l’acte, le sujet porte son coup, contre ce qui lui apparaît comme le désordre et, par là, se frappe lui-même par voie de contrecoup social. La réversion identificatoire se présente là en son maximum. »

Lacadée P., Lauret V.

♠ « L’offre intégriste : du vacarme au basculement, conversation avec Valérie Lauret », Horizon, Paris, L’envers de Paris, n°62, novembre 2017.
« Ces décisions incohérentes multiplient les ruptures et renforcent le sentiment qu’ont les jeunes de ne pas être entendus. Faute de l’être, ils hurlent : “Vous ne comprenez rien, au moins, eux, ce sont mes frères. C’est trop tard, vous nous avez trop menti”. […] Son grand cri venait dire un grand stop aux décisions prises pour lui mais sans lui, et face à ce chaos, la recherche téméraire et déterminée d’un lien, l’expression d’un besoin de se re-lier (religieusement) à soi-même ou au moins à un autre. Ce que j’ai entendu de Rayan comme de bien trop de jeunes dans mon cabinet, c’est qu’ils ne demandent qu’une seule chose : un lien, un lieu et une place, la place recouvrant alors, sans doute, un lieu et un lien qui tiennent le coup. », p. 78.

Lacadée P.

♠ « Le passage à l’acte chez les adolescents », La Cause freudienne, n° 65, mars 2007.
« En revanche, de nos jours, quand certains jeunes pensent à l’insulte, ils la vivent comme vraie, puisqu’ils la pensent. Ils la tiennent alors pour authentique, et sans retenue la disent. Vous saisissez là, grâce à Musil, la logique de l’insulte qui illustre à merveille ce moment de désarroi, propre à l’adolescence, qui vise le corps, en tant que sa jouissance se noue ou pas aux mots. Le terme désarroi, qui n’est pas là par hasard, vient du vieux français “désarroyé” qui veut dire sans Autre. Voilà le moment si singulier où l’adolescent est en difficulté pour traduire en mots son excédent de sensualité. », p. 225.

Naveau P.

♠ « L’extraction de l’objet a et le passage à l’acte », La Cause freudienne, n°63, juin 2006.
« En prenant appui sur les cas présentés […], la thèse suivante peut être soutenue : dans la psychose, l’objet a n’est pas extrait du champ de la réalité. Cette non-extraction de l’objet a appelle le passage à l’acte afin que se réalise, par ce biais-là, une sorte d’extraction forcée. », p. 75.



Post-freudiens

Friedlander K.

♠ La délinquance juvénile. Études psychanalytiques, Paris, puf, 1951.
« Le premier progrès réalisé par Billy se manifeste au moment où l’enfant arrive à comprendre que son agressivité est une défense contre sa peur d’être faible et d’avoir une attitude féminine. L’analyse de son fantasme de bataille provoque, à un moment donné, une diminution de son angoisse et ouvre la voie menant à de nouveaux progrès de la libido, le sujet évoluant du stade sadique anal au stade phallique. », p. 214.

Donald W. Winnicott

♠ « Concepts actuels du développement de l’adolescent : leurs conséquences quant à l’éducation », Jeu et réalité, Paris, Gallimard, nrf, 1975.
« L’adolescent, garçon ou fille, qui est toujours engagé dans le processus de croissance, ne peut pas encore assumer la responsabilité de la cruauté et de la souffrance, de tuer et d’être tué, ce qu’offre la scène du monde. C’est ce qui sauve à ce stade l’individu de la réaction extrême contre l’agressivité personnelle latente, à savoir le suicide (l’acceptation pathologique de la responsabilité pour tout le mal qui existe, ou qu’on peut imaginer). », p. 204.

♠ « L’agressivité et ses racines », Agressivité, culpabilité et réparation, Paris, Payot, 1984.
« D’autres que moi ont déjà souligné la relation entre l’abandon de la masturbation et l’apparition d’un comportement antisocial […]. La masturbation et la mise en scène des fantasmes sont des solutions de rechange, mais elles sont toutes deux vouées à l’échec car il n’est de véritable lien que celui qui unit la réalité interne et les expériences pulsionnelles originaires à partir desquelles elle s’est construite. », p. 23.

« Dès que l’enfant peut utiliser une chose pour en “représenter” une autre, la violence des conflits liés à une réalité pénible s’apaise. », p. 33.

« Un lapsus, ça fait rire, […] l’effet de vérité est fugitif : il désarçonne le sujet, le destitue un instant de son image publique, le ridiculise, mais il s’évapore aussitôt. Maintenant, imaginez que ce mot […] ne s’exprime pas dans le registre de la parole sous la forme de lapsus ; supposez qu’il soit doté d’une force injonctive et qu’il embraie directement sur le corps. Le sujet se trouve alors dans la nécessité d’obéir à un commandement aussi muet qu’irrécusable, à une exigence absolue de satisfaction immédiate. Un impératif de jouissance impose sa loi, qui n’admet aucune délibération : le passage à l’acte se déclenche. Là, le rire se fige. », p. 48.


Les amis du Champ freudien

Bonnett P.

♠ Ce qui n’a pas de nom, Paris, Métailié, 2017.
« Daniel semblait alors triste, instable, en colère, perturbé. Pensant qu’il traversait une crise de vocation, nous lui avions suggéré d’aller chercher de l’aide auprès d’un psychologue, Daniel accepta et entama une thérapie. Mais deux ou trois mois plus tard, atterré, il entra dans notre chambre, s’assit au bord du lit et nous raconta que son psychologue lui avait demandé de “tuer le père”, et d’autres formules du même acabit. Il me rend fou, disait-il, je ne veux plus y aller », p. 49.

Edouard L.

♠ Qui a tué mon père ?, Paris, Seuil, 2018.
« Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu pour avoir une famille comme ça, entre l’autre là – c’est de moi qu’il parle – entre l’autre, là, en plus d’un alcoolique qui n’est pas foutu de faire autre chose que boire, boire, boire, regarde-le, il pointe du doigt mon frère, le raté. Et c’est là, quand le mot raté surgit, que mon grand frère se lève et qu’il saute sur mon père. Il le frappe pour le faire taire. Il claque le corps de mon père contre le mur, de toute sa masse, de tout son poids, et puis les cris de douleur, les insultes, les cris de douleur. Mon père ne fait rien, il ne veut pas frapper son fils, il le laisse faire. Je sentais les larmes tièdes de ma mère qui tombaient sur mon crâne, je pensais : c’est bien fait pour elle, bien fait pour elle – elle continuait d’essayer de me cacher les yeux mais je contemplais la scène entre ses doigts, je regardais les taches de sang pourpre sur les pavés jaunes. J’ai failli être celui qui allait te tuer. », p. 62.

Humbert F.

 L’origine de la violence, Paris, Le Passage, 2009.
« La violence ne m’a jamais quitté. Je suis l’homme le plus gentil du monde. […] En plusieurs années d’enseignement, je crois ne m’être jamais mis en colère. […] Dans la vie courante, je suis calme, presque lymphatique […]. Mais l’envers du décor, c’est l’autre homme. Celui qu’un mot agresse, qu’une élévation de la voix inquiète, met sur ses gardes, comme un animal. […] Celui qui sentira la violence monter en lui comme une furie. […] Celui qui a tellement honte de cette violence qu’il tâche de l’engloutir au plus profond de lui-même, jusqu’à en être miné, jusqu’à en investir chaque phrase de ce travail de l’inconscient qu’est l’écriture. Je parle toujours de la violence, j’écris toujours la violence. […] Je suis incapable de décrire autre chose que cela : la violence. La violence qu’on s’inflige à soi ou qu’on inflige à autrui. La seule vérité qui vibre avec sincérité en moi – et donc ma seule ligne convaincante d’écriture – est le murmure enfantin de la violence, suintant de mes premières années comme une eau empoisonnée. », p. 169-171.

King S.

♠ « Guns », América, France, Le Un, 2018.
« Mon livre n’a pas brisé Cox, Pierce, Carnéal ou Loukaitis et ne les a pas non plus transformés en tueurs : ils ont trouvé quelque chose en lui qui leur a parlé parce qu’ils étaient déjà brisés. J’ai néanmoins considéré « Rage » comme un possible accélérateur, c’est pourquoi je l’ai retiré de la vente. On ne laisse pas un jerrycan d’essence à portée d’un enfant animé de tendances pyromanes. », p. 72.

Sigmund Freud

♠ « Pulsions et destins des pulsions », Métapsychologie, Paris, Gallimard, Folio, Essai, 1991.
« Nous avons en effet toutes les raisons d’admettre que les sensations de douleur, comme d’autres sensations de déplaisir, débordent sur le domaine de l’excitation sexuelle et provoquent un état de plaisir ; voilà pourquoi on peut aussi consentir au déplaisir de la douleur. Une fois qu’éprouver de la douleur est devenu un but masochiste, le but sadique, infliger des douleurs, peut aussi apparaître, rétroactivement : alors, provoquant ces douleurs pour d’autres, on jouit soi-même de façon masochiste dans l’identification avec l’objet souffrant. Naturellement, on jouit, dans les deux cas, non de la douleur elle-même, mais de l’excitation sexuelle qui l’accompagne, ce qui est particulièrement commode dans la position de sadique. », p. 27-28.

« La transformation de la pulsion en son contraire (matériel) ne s’observe que dans un cas, celui de la transposition de l’amour en haine. Amour et haine se dirigeant très souvent vers le même objet, cette coexistence fournit aussi l’exemple le plus important d’une ambivalence du sentiment. », p. 33.

« Nous ressentons la “répulsion” de l’objet et nous le haïssons ; cette haine peut ensuite aller jusqu’à une propension à l’agression contre l’objet, une intention de l’anéantir. », p. 40.

« Le premier but que nous reconnaissons, c’est incorporer ou dévorer, un type d’amour, qui est compatible avec la suppression de l’existence de l’objet dans son individualité et qui peut donc être qualifié d’ambivalent. […] La haine en tant que relation à l’objet est plus ancienne que l’amour », p. 41.

♠ Malaise dans la civilisation, Paris, Points, Essai, 2010.
« L’une des exigences dites idéales de la société civilisée […] c’est celle qui dit : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. […] En revanche, si je suis censé l’aimer de ce grand amour universel, uniquement parce qu’il est lui aussi un être de cette terre comme l’insecte, le ver de terre, la couleuvre à collier, alors je crains que ne puisse lui échoir qu’une maigre portion d’amour, certainement pas autant que je suis en droit, selon ce que juge la raison, d’en garder pour moi-même. […] Cet étranger, non seulement ne vaut pas d’être aimé, de façon générale, mais je dois honnêtement avouer qu’il mérite davantage mon hostilité et même ma haine. », p. 115-116.

« Du fait de cette hostilité primaire des êtres humains les uns envers les autres, la société civilisée est constamment menacée de se désagréger. L’intérêt de la communauté de travail ne la maintiendrait pas soudée, les passions instinctives sont plus fortes que les intérêts raisonnables. La civilisation doit tout mettre en œuvre pour dresser des barrières devant les instincts agressifs des hommes, pour en réduire les manifestations par des dispositifs psychiques qui réagissent contre. », p. 120.

« Car les braves gens n’aiment pas que l’on évoque la tendance innée de l’être humain au “mal”, à l’agressivité, à la destruction et, du coup, aussi à la cruauté. », p. 132.

Jacques Lacan

♠ « L’agressivité en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Ces imagos seraient les vecteurs électifs des intentions agressives », p. 104.

« Ainsi l’agressivité qui se manifeste dans les retaliations de tapes et de coups ne peut seulement être tenue pour une manifestation ludique d’exercice des forces et de leur mise en jeu pour le repérage du corps. Elle doit être comprise dans un ordre de coordination plus ample : celui qui subordonnera les fonctions de postures toniques et de tension végétative à une relativité sociale dont un Wallon a remarquablement souligné la prévalence dans la constitution expressive des émotions humaines. », p. 112.

« C’est cette captation par l’imago de la forme humaine, plus qu’une Einfühlung dont tout démontre l’absence dans la prime enfance, qui entre six mois et deux ans et demi domine toute la dialectique du comportement de l’enfant en présence de son semblable. Durant toute cette période on enregistrera les réactions émotionnelles et les témoignages articulés d’un transitivisme normal. L’enfant qui bat dit avoir été battu, celui qui voit tomber pleure. », p. 113.

« L’expérience subjective doit être habilitée de plein droit à reconnaître le nœud central de l’agressivité ambivalente, que notre moment culturel nous donne sous l’espèce dominante du ressentiment, jusque dans ses plus archaïques aspects chez l’enfant. Ainsi pour avoir vécu à un moment semblable et n’avoir pas eu à souffrir de cette résistance behaviouriste au sens qui nous est propre, saint Augustin devance-t-il la psychanalyse en nous donnant une image exemplaire d’un tel comportement en ces termes : “Vidi ego et expertus sum zelantem parvulum : nondum loquebatur et intuebatur pallidus amaru aspectu conlactaneum suum”, “J’ai vu de mes yeux et j’ai bien connu un tout petit en proie à la jalousie. Il ne parlait pas encore, et déjà il contemplait, tout pâle et d’un regard empoisonné, son frère de lait”. Ainsi noue-t-il impérissablement, avec l’étape infans (d’avant la parole) du premier âge, la situation d’absorption spectaculaire : il contemplait, la réaction émotionnelle : tout pâle, et cette réactivation des images de la frustration primordiale : et d’un regard empoisonné, qui sont les coordonnées psychiques et somatiques de l’agressivité originelle. », p. 114.

♠ « L’étourdit », Autres écrits, Paris Seuil, 2001.
« Et puisque l’insulte, si elle s’avère par l’ὲπος, être du dialogue le premier comme le dernier (conféromère), le jugement de même, jusqu’au “dernier”, reste fantasme, et pour le dire, ne touche au réel qu’à perdre toute signification. », p. 487.

♠ Le Séminaire, livre III, Les psychoses, Paris, Seuil, 1981.
« Quand vous donnez une gifle à un enfant, eh bien ! ça se comprend, il pleure – sans que personne réfléchisse que ce n’est pas du tout obligé, qu’il pleure. Je me souviens du petit garçon qui, quand il recevait une gifle, demandait – C’est une caresse ou une claque ? Si on lui disait que c’était une claque, il pleurait, ça faisait partie des conventions, de la règle du moment, et si c’était une caresse, il était enchanté. Ça n’épuise d’ailleurs pas la question. Quand on reçoit une gifle, il y a bien d’autres façons de répondre que de pleurer, on peut la rendre, et aussi tendre l’autre joue, on peut aussi dire – Frappe, mais écoute. », p. 14-15.

« Ce qui se passe entre de jeunes enfants comporte ce transitivisme fondamental qui s’exprime dans le fait qu’un enfant qui en a battu un autre peut dire − l’autre m’a battu. Non pas qu’il mente − il est l’autre, littéralement. […] Ce qui fait que le monde humain est un monde couvert d’objets est fondé sur ceci, que l’objet d’intérêt humain, c’est l’objet du désir de l’autre. », p. 50.

« La connaissance dite paranoïaque est une connaissance instaurée dans la rivalité de la jalousie, au cours de cette identification première que j’ai essayé de définir à partir du stade du miroir. Cette base rivalitaire et concurrentielle au fondement de l’objet, est précisément ce qui est surmonté dans la parole, pour autant qu’elle intéresse le tiers. La parole est toujours pacte, accord, on s’entend, on est d’accord − ceci est à toi, ceci est à moi, ceci est ceci, ceci est cela. Mais le caractère agressif de la concurrence primitive laisse sa marque dans toute espèce de discours sur le petit autre, sur l’Autre en tant que tiers, sur l’objet. Le témoignage, ce n’est pas pour rien que ça s’appelle en latin testis, et qu’on témoigne toujours sur ses couilles. Dans tout ce qui est de l’ordre du témoignage, il y a toujours engagement du sujet, et, lutte virtuelle à quoi l’organisme est toujours latent. », p. 50.

« Cela n’a pas à nous étonner dès lors que nous avons saisi l’importance pour l’homme de son image spéculaire. Cette image est fonctionnellement essentielle chez l’homme, pour autant qu’elle lui donne le complément orthopédique de cette insuffisance native, de ce déconcert, ou désaccord constitutif, lié à sa prématuration à la naissance. Son unification ne sera jamais complète parce qu’elle s’est faite précisément par une voie aliénante, sous la forme d’une image étrangère, qui constitue une fonction psychique originale. La tension agressive de ce moi ou l’autre est absolument intégrée à toute espèce de fonctionnement imaginaire chez l’homme. », p. 110.

♠ Le Séminaire, livre IV, La relation d’objet, Paris, Seuil, 1994.
« En effet, l’agressivité dont il s’agit est du type de celles qui entrent en jeu dans la relation spéculaire, dont le ou moi ou l’autre est toujours le ressort fondamental. », p. 207.

♠ Le Séminaire, livre IX, L’identification, leçon du 30 mai 1962, inédit.
« “L’impuissance du fantasme sadique” chez le névrosé repose toute entière sur ceci : c’est qu’en effet il y a bien visée destructive dans le fantasme de l’obsessionnel, mais cette visée destructive, comme je viens de l’analyser, a le sens, non pas de la destruction de l’autre, objet du désir, mais de la destruction de l’image de l’autre au sens où ici je vous la situe, à savoir que justement elle n’est pas l’image de l’autre, parce que l’autre, a objet du désir – comme je vous le montrerai la prochaine fois – n’a pas d’image spéculaire. »

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004.
« Par contre, la dimension de l’agressivité entre en jeu pour remettre en question ce qu’elle vise par sa nature, à savoir la relation à l’image spéculaire. C’est dans la mesure où le sujet épuise contre cette image ses rages, que se produit cette succession des demandes qui va à une demande toujours plus originelle, historiquement parlant, et que se module la régression comme telle. », p. 65-66.

« Le désir sadique, avec tout ce qu’il comporte d’énigme, n’est articulable qu’à partir de la schize, la dissociation, qu’il vise à introduire chez le sujet, l’autre, en lui imposant, jusqu’à une certaine limite, ce qui ne saurait être toléré – à la limite exacte où apparaît chez ce sujet une division, une béance, entre son existence de sujet et ce qu’il subit, ce dont il peut pâtir, dans son corps. Ce n’est pas tellement la souffrance de l’autre qui est cherchée dans l’intention sadique, c’est son angoisse. », p. 123.

« L’acting out est essentiellement quelque chose, dans la conduite du sujet, qui se montre. L’accent démonstratif de tout acting out, son orientation vers l’Autre, doit être relevé. », p. 145.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation lacanienne. De la nature des semblants », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université de Paris VIII, cours du 20 mai 1992.
« À cet égard, on peut dire que l’essentiel de la clinique lacanienne – au moins la clinique qui entoure cet écrit sur la psychose – est une clinique de l’enfant trompeur, une clinique qui se répartit selon les modes de tromperie dont l’enfant peut jouer et dont il est joué au regard de ce désir inassouvissable. Par exemple, le sujet comme enfant peut être ramené à cette image phallique, confondu avec elle, ou encore en déficit par rapport à elle, ou encore confondu avec la mère. »

♠ « L’orientation lacanienne. De la nature des semblants », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université de Paris VIII, cours du 27 mai 1992.
« Si Lacan se réfère à ce On bat un enfant, c’est pour nous indiquer ce qu’il en est de l’image, à savoir que le fantasme, où l’image est si manifeste, conserve la trace des éléments signifiants de la parole articulée, et que la valorisation de l’image est comme le témoin – c’est son terme – privilégié d’une articulation inconsciente. Si la dimension imaginaire est prévalente dans le fantasme, si elle est prévalente dans la perversion, c’est en tant qu’elle est sur le chemin du rapport du sujet à l’Autre. En quelque sorte, ce que nous avons avec le fantasme, c’est un élément imaginaire d’autant plus prévalent qu’à la fois il obscurcit et est comme la réduction de toute une articulation inconsciente. »

♠ « L’orientation lacanienne. Donc. La logique de la cure », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 26 janvier 1994, inédit.
« La loi du cœur, quand elle débouche sur le délire de la présomption, ne se satisfait pas de ce cercle mais le rompt par la violence. C’est là que ce schéma permet de situer l’acte dans la folie, la vertu en quelque sorte résolutoire de l’acte qui tient à ce que, exerçant cette violence contre l’ordre, le moi se frappe lui-même. »

♠ « L’orientation lacanienne. Donc. La logique de la cure », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 2 février 1994, inédit.
« Si Lacan a utilisé le terme d’agressivité dans son titre, c’est que le concept était alors à la mode. L’agressivité, en 1948, c’était la toute dernière façon, venue des États-Unis, avec laquelle les héritiers de Freud arrivaient à appareiller cette pulsion de mort que Freud leur avait laissée et dont ils ne savaient pas trop quoi faire. Ils ont donc trouvé quoi en faire en la retraduisant comme agressivité. Là, Lacan développe à nouveau ce qui est le résultat de son abord de la psychose deux ans auparavant, à savoir la structure paranoïaque du moi. Il considère que l’agressivité du moi, avec l’ambivalence qui la caractérise entre le moi et l’autre − frapper l’autre pour finir par se frapper soi-même dans le mouvement même où l’on frappe l’autre −, est le “nœud central” − c’est son expression − qu’il s’agit de dévoiler dans l’expérience analytique. »

♠ « L’orientation lacanienne. Silet », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 8 mars 1995, inédit.
« La jouissance ne se situe qu’à partir de l’Autre. [Lacan] oppose le mode de jouissance de l’Autre et notre mode de jouissance − par quoi il faut entendre, selon le contexte, le mode contemporain de jouissance −, et il donne des précisions sur ce “notre mode de jouissance” en le qualifiant de précaire et comme “ne se situant plus que du plus-de-jouir”. […] Pour pouvoir situer notre mode de jouissance par rapport à l’Autre, encore faut-il en être séparé. Or, ce qui serait peut-être un trait de l’univers contemporain, c’est que l’Autre disparaît. »

♠ « L’orientation lacanienne. Silet », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 14 juin 1995, inédit.
« La résistance […] Lacan la situe essentiellement, dit-il, non pas au niveau de l’action, mais au niveau de l’objet. Et il ajoute – proposition d’un grand avenir qui nous laisse encore à méditer : l’objet apparaît “sous le signe du rien”. C’est ce qui pourrait nous introduire à une clinique de l’anorexie, l’enfant mettant en échec sa dépendance à l’endroit de l’Autre en se nourrissant, non pas de quelque chose, non pas même du sein en tant qu’objet partiel de l’objet symbolique maternel, mais de cet objet comme annulé, se nourrissant de rien comme objet. »

« C’est là ce qu’introduit ce Séminaire iv concernant la pulsion, à savoir que dans tous les cas, la pulsion doit être pensée à partir de l’amour, en tant que l’amour − relation symbolique − introduit l’objet rien. »

♠ « L’orientation lacanienne. La fuite du sens », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 20 mars 1996, inédit.
« Si vous interprétez au niveau imaginaire, vous faites alors se déchaîner des effets d’agressivité, on vous répond, ça finit très mal, et c’est alors un “ne faites surtout pas ça !” L’interprétation symbolique, elle, apporte la paix. »

♠ « Une lecture du séminaire d’un Autre à l’autre », La Cause freudienne, n°67, septembre 2007.
« Faire de la lutte à mort de pur prestige le pari de sa vie. », p. 127.

« Dans le mythe hégélien, les deux semblables s’affrontent, se font la guerre, essayent l’un l’autre de se supprimer, chacun faisant à l’endroit de l’autre les mêmes mouvements que l’autre fait à son endroit, jusqu’à ce que l’un cède à l’autre pour protéger sa vie. Donc c’est une lutte qui n’a pas un enjeu matériel, c’est une lutte pour savoir qui s’affirme comme tel et qui s’affirme dans le risque de sa vie, et qui lâche. », p. 128.



Auteurs du Champ freudien

Bonnaud H.

♠ Le corps pris au mot, Paris, Navarin, 2015.
« Celui-ci devient en effet violent, envers l’autre ou envers lui-même, quand il ne peut répondre avec des mots à ce qu’il ressent comme une blessure qui l’humilie, un événement qui vient interrompre le déroulement normal de sa vie, telle une insulte, un reproche, une injustice ou un drame de la jalousie. […] Pour ce faire, il faut au moins être deux. Celui qui agresse, et celui qui se sent agressé, le mécanisme psychique étant impliqué est celui de la projection. Victime et bourreau sont noués par une relation imaginaire où l’un et l’autre cherchent à se défendre contre la violence dont ils se sentent tous deux victimes de la part de l’autre. Ne pouvant assumer la responsabilité de leur acte, ils la projettent sur l’autre. », p. 101.

Charpentier-Libert A.

♠ « Les exclus de la ségrégation », Horizon. Visages de la ségrégation, n°62, Paris, Envers de Paris, 2017.
« Trouver une place aujourd’hui à l’hôpital psychiatrique relève de la gageure pour la plupart des patients. Pour certains, c’est presque impossible : c’est le cas des adolescents violents. […] S’il est essentiel, comme Lacan l’a enseigné, que le diagnostic ne soit pas une façon d’épingler les patients comme de “bizarres coléoptères”, nier ou ignorer la folie conduit en revanche l’hôpital à ne rien vouloir savoir de la souffrance de ces jeunes et à se décharger de sa responsabilité d’accueillir et de soigner. », p. 87.

« La violence de ces adolescents s’exerce sur les autres par les coups, les insultes, la destruction, manifestant une coupure brutale d’avec le lien social. Il y a comme une tentative de se séparer dans le réel d’un Autre qui, non entamé par le symbolique, est alors vécu comme une menace directe. Cette exclusion structurelle du lien social entraîne une intime solitude dont on peut voir l’écho dans leur absence d’intérêt. […] J.-A. Miller nous explique que c’est la pulsion de mort qui surgit dans la violence de ces adolescents. Il ne s’agit là ni de haine ni d’amour qui serait adressé à l’autre. La pulsion de mort apparaît ici à l’état brut : elle se passe d’artifices. », p. 87.

De Bortoli L.

♠ « Sur le double et son étrangeté », Horizon, Paris, L’envers de Paris, n°61, 2016.
« Selon cette expérience, dans un tout premier temps, l’enfant, alors qu’il est tenu par un Autre adulte devant le miroir, suspend son mouvement quand il aperçoit l’image de son reflet, reflet qu’il prend pour un alter ego ; c’est un moment de rivalité imaginaire. Lacan invoque là le tranchant mortel du miroir. Le sujet est dépossédé de cette image idéale, qui unifie son corps, mais reste néanmoins étrangère à son être au profit d’un “autre”, qui vient compléter l’Autre. À ce phénomène d’intrusion et d’inquiétante étrangeté, vite occulté, succède un second temps […], pendant lequel l’enfant se retourne vers l’adulte qui le tient et qui lui confirme par la parole de reconnaissance, le statut de l’image. […] Le sujet éprouve alors une jubilation, signant l’investissement libidinal de son image narcissique. Son moi image est alors chevillé à son corps dans une méconnaissance de la déchirure inaugurale de son être. », p. 82.

Lacadée Ph.

♠ La vie éprise de parole, Paris, Édition Michèle, 2013.
« L’insulte est, pour celui qui la profère, une façon de traiter, dans l’urgence, le réel intrusif de l’Autre, que ce réel se manifeste sur le mode de l’en-trop – l’insulte tente alors d’opérer une séparation de cet en-trop – ou sur le mode de l’en-moins lors de la rencontre d’un trou dans le savoir ou d’un laisser tomber. », p. 190.

♠ « La modernité ironique et la cité de Dieu », La Cause freudienne, n°64, octobre 2006.
« L’enfant de la banlieue […] est proche de cet enfant déchet qui trouve là la certitude de son être. Il se tient là, assuré de sa jouissance, usant d’une langue codée qui vient pour lui faire autorité. Il a déjà été séparé de cette routine qui aurait pu faire de sa vie un déroulement heureux, s’il avait consenti à en passer par un nouage du signifiant et du signifié, usant alors du savoir dont l’Autre serait porteur », p. 40.

Zuliani É.

♠ « Les insurrections du désir », Malappris, n°10, Publication en ligne du blog Désir ou Dressage, 14 septembre 2017.
« Les personnes qui s’occupent des indociles les accueillent, leur parlent et ainsi établissent des relations. Elles entrent en dialogue avec eux pour leur demander les raisons des actes qu’ils ont commis, les y rendre sensibles ainsi qu’aux perspectives qui s’ouvrent à eux. On reconnaît, ainsi, qu’ils peuvent en répondre au nom d’un désir qui les concerne. Retenons le terme établi : une institution n’est rien d’autre que le résultat d’une action qui établit, institue. Un lien social, très curieux parfois, s’établit et crée de petits fragments de discours. On confronte le sujet en priorité à l’établissement d’un lien social, plutôt qu’à un Autre qui n’existe pas, qui serait mâtiné de père (la loi) ou teinté de mère (la réparation). […] De petits fragments de discours est le nom du cadre dont nous parlons dans nos institutions. Les êtres humains sont ainsi faits que pour établir des choses dans leur monde, ils parlent, c’est-à-dire ils tissent des significations, s’inscrivent dans des liens de discours pour pouvoir parler avec d’autres, partager des significations communes. Pour les jeunes dont nous nous occupons, ces liens ne sont pas établis à l’avance. Mais une fois qu’ils le sont, ils leur permettent de dire leurs intentions et de répondre de ce qu’ils disent et font. »



Post-freudiens

Aichhorn A.

♠ Jeunes en souffrance. Psychanalyse et éducation spécialisée, Nîmes, éd. Champ social, 2005.
« La psychanalyse offre à l’éducateur de nouveaux aperçus psychologiques inappréciables pour l’accomplissement de sa tâche. Elle lui apprend à reconnaître le jeu de forces qui trouve son expression dans le comportement déviant, elle ouvre les yeux sur les motifs inconscients de l’état carentiel, et lui permet de trouver des voies susceptibles d’amener le sujet déviant à s’intégrer lui-même à nouveau dans la société. », p. 9.

Mélanie Klein

♠ La psychanalyse des enfants, Paris, puf, 2013.
« Outre ces jeux, elle se mit à couper du papier et à faire des découpages. Elle me dit un jour qu’elle faisait du “hachis” et que le sang sortait du papier ; sur ce, elle frissonna et déclara qu’elle ne se sentait pas bien. Une fois, elle parla d’une “salade d’yeux”, et une autre fois dit qu’elle découpait son nez en “franges”. Elle renouvelait par ce moyen le souhait de m’arracher le nez d’un coup de dent, qu’elle avait exprimé dès sa première séance et qu’à plusieurs reprises elle tenta même de réaliser. […] Son analyse, comme celle d’autres enfants, prouva que le découpage a de multiples déterminants. Ce jeu offrait une issue à ses pulsions sadiques et cannibales et représentait en même temps la destruction des organes génitaux de ses parents ou du corps entier de sa mère. Mais il exprimait du même coup ses tendances réactionnelles, car, en découpant un objet comme un joli tapis, elle recréait ce qu’elle avait détruit. », p. 49-50.

« En réalité, je devais feindre d’agir comme elle avait souhaité faire à l’égard de sa mère, lorsqu’elle avait assisté aux rapports sexuels de ses parents. Ces pulsions et ces fantasmes sadiques étaient à la base de l’angoisse profonde que lui inspirait sa mère. Elle exprima à plusieurs reprises sa peur d’une “voleuse”, qui la “viderait de tout son intérieur”. », p. 51.

« Ce retrait marqué du réel, accentué par des fantasmes de mégalomanie, provenait en partie de la crainte que lui inspirait ses parents et plus particulièrement sa mère. C’était pour apaiser cette peur qu’Erna en venait à s’imaginer sous les traits d’une puissante et cruelle dominatrice à l’égard de sa mère ; de ce fait, son sadisme se trouvait considérablement renforcé », p. 56.

« La rigueur et la cruauté de son surmoi se trahissaient à maints détails de ses jeux et de ses fantasmes qui oscillaient sans cesse de la mère qui punissait à l’enfant qui se révoltait. Il fallut une analyse très poussée pour élucider ces fantasmes, identiques aux idées délirantes des adultes paranoïaques. », p. 56.

« En étudiant le cas d’Erna, j’ai pu vérifier la présence incontestable des phénomènes que nous savons être à l’origine du délire de persécution, soit la transformation en haine de l’amour pour le parent du même sexe, et l’importance exceptionnelle du mécanisme de projection. La suite de l’analyse révéla pourtant que, par-delà l’attitude homosexuelle d’Erna, et beaucoup plus profondément encore, se dissimulait une haine violente de la mère remontant aux débuts de l’Œdipe et au sadisme oral. Cette haine donna lieu à une extrême angoisse qui, à son tour, eut une part prépondérante dans l’élaboration des moindres détails de ses fantasmes de persécution. Il se présenta alors une nouvelle série de fantasmes sadiques qui dépassèrent en sadisme tout ce que j’avais pu rencontrer jusqu’ici dans cette analyse. […] À la racine de sa haine je découvris l’envie orale suscitée par les satisfactions génitales et orales qu’elle attribuait à ses parents pendant leurs rapports sexuels. », p. 57-58.

Donald W. Winnicott

♠ « Concepts actuels du développement de l’adolescent : leurs conséquences quant à l’éducation », Jeu et réalité, Paris, Gallimard, nrf, 1975.
« Si votre enfant parvient à se trouver lui-même, il ne se contentera pas de trouver quelque chose, il voudra trouver le tout de lui-même, ce qui comporte l’agressivité et les éléments destructifs qui sont en lui aussi bien que les éléments marqués du label amour. », p. 197.

♠ « L’agressivité et ses racines », Agressivité, culpabilité et réparation, Paris, Payot, 1984.
« Dans [la] forme d’agressivité [engendrée par la peur, c’est-à-dire la mise en scène d’un monde interne épouvantable], l’individu cherche à ce qu’on exerce sur lui un contrôle efficace. Pour empêcher des débordements d’agressivité, les adultes doivent faire preuve d’une autorité sûre, qui permet à l’enfant de mettre en scène certains éléments mauvais et d’en jouir sans danger. Lorsqu’on s’occupe d’adolescents, il est très important de diminuer progressivement cette autorité. », p. 25.

« Il ne faut pas chercher à guérir l’agressivité mature [chez les garçons à l’adolescence] : il faut constater sa présence et l’accepter. Si elle devient incontrôlable, mieux vaut s’écarter et laisser la justice s’en occuper. Actuellement, la justice apprend à respecter l’agressivité des adolescents et, en temps de guerre, la nation compte sur cette agressivité. », p. 25-26.

« Ces premiers coups de pied ou de poing amènent le nourrisson à découvrir le monde qui n’est pas son self et marquent le début de sa relation avec les objets externes. On nommera bientôt comportement agressif ce qui, au départ, est une simple impulsion le poussant à bouger et à explorer. Ainsi, il y a toujours un lien entre l’agressivité et le moment où l’enfant distingue le self de ce qui n’est pas le self. », p. 30.

« Nous constatons tous les jours qu’aimer et faire mal sont indissociables. Ceux d’entre nous qui s’occupent d’enfants se rendent compte que les enfants aiment ce qu’ils blessent. Faire mal fait partie de la vie de l’enfant, et il s’agit de savoir comment votre enfant va apprendre à utiliser ses forces agressives pour vivre, aimer, jouer et (plus tard) travailler. », p. 36.


Les amis du Champ freudien

Bauman Z et Leoncini T.

♠ Les enfants de la société liquide, Paris, Fayard, 2018.
« Le phénomène que vous proposez d’explorer est le retour de la violence, de la coercition, de l’oppression comme mode de résolution des conflits, au détriment d’un débat et d’un dialogue visant à une compréhension mutuelle et à une renégociation du modus vivendi. Je crois que la nouvelle technologie des médias de communication a joué, joue et continuera de jouer, dans un avenir prévisible, un rôle important dans cette évolution : elle n’en est pas la cause, mais une des conditions essentielles de possibilité. », p. 46-47.

« Il suffit de penser aux innombrables cas de cyber-harcèlement et de diffamation – autant d’exemples très concrets. Tout ce qui se trouve sur le web a manifestement un trait distinctif et universel : l’effacement de la sphère publique au détriment de la sphère privée. Et c’est justement cet élément qui enlève du poids au sens politique du citoyen. », p. 70.

Deligny F.

♠ Graine de crapule, Paris, Édition du Scarabée, 1943.
« Tu n’obtiendras rien de la contrainte. Tu pourras à la rigueur les contraindre à l’immobilité et au silence et, ce résultat durement acquis, tu seras bien avancé. », p.13.

Sigmund Freud

♠ Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris, Gallimard, 1962.
« Le sadisme, il est aisé d’en retrouver les origines dans la vie normale. La sexualité de la plupart des hommes contient des éléments d’agression, soit une tendance à vouloir maîtriser l’objet sexuel, tendance que la biologie pourrait expliquer par la nécessité pour l’homme d’employer, s’il veut vaincre la résistance de l’objet, d’autres moyens que la séduction. Le sadisme ne serait pas autre chose qu’un développement excessif de la composante agressive de la pulsion sexuelle qui serait devenue indépendante et qui aurait conquis le rôle principal. Le terme de sadisme, dans le langage courant, n’a pas un sens très défini ; il comprend aussi bien les cas caractérisés par le besoin de se montrer violent, ou même simplement d’être partie active, jusqu’au cas pathologiques dans lesquels la satisfaction est conditionnée par l’assujettissement de l’objet sexuel et les mauvais traitements qui lui sont appliqués. […] On constate souvent que le masochisme n’est pas autre chose qu’une continuation du sadisme, qui se retourne contre le sujet, lequel prend pour ainsi dire la place de son objet sexuel », p. 43-44.

« La transformation de la sexualité infantile […] représente un des buts de l’éducation, idéal que l’individu n’atteint qu’imparfaitement, et dont souvent il s’écarte considérablement. Il arrive parfois qu’un fragment de la vie sexuelle qui a échappé à la sublimation fasse irruption. », p. 71.

♠ Pourquoi la guerre ?, Paris, Petite bibliothèque Payot, 2005.
« Avec une petite dépense de spéculation, nous en sommes arrivés à concevoir que cette pulsion agit au sein de tout être vivant et qu’elle tend à le vouer à la ruine, à ramener la vie à l’état de matière inanimée. Un tel penchant méritait véritablement l’appellation d’instinct de mort, tandis que les pulsions érotiques représentent les efforts vers la vie. », p. 57.

♠ Malaise dans la civilisation, Paris, Points, Essai, 2010.
« Tout de même, il n’était pas facile de mettre en lumière l’action de cette pulsion de mort, une fois admise. Les manifestations de l’éros étaient passablement flagrantes et tapageuses ; on pouvait supposer que la pulsion de mort travaillait sans mot dire à détruire l’être vivant de l’intérieur, mais naturellement ce n’était pas là une preuve. L’idée qui permit d’avancer fut qu’une part de la pulsion se tournait contre le monde extérieur et se manifestait alors comme pulsion d’agression et de destruction. La pulsion se trouverait ainsi elle-même contrainte de servir l’éros, l’être vivant anéantissant alors autre chose, d’animé ou d’inanimé, au lieu de son propre Soi. Inversement, la restriction de l’agression vers l’extérieur devrait nécessairement accroître l’autodestruction, toujours active de toute façon. », p. 130-131.

« Contre l’autorité qui empêche l’enfant d’avoir ses premières satisfactions, qui sont aussi de la plus grande importance, a dû nécessairement se développer chez lui une considérable quantité d’agressivité, de quelque sorte qu’aient été les renoncements pulsionnels exigés. Immanquablement, l’enfant a dû renoncer à satisfaire cette agressivité vengeresse. Il se tire de cette situation économique difficile en ayant recours à des mécanismes connus, en intégrant en lui par identification cette autorité inattaquable, qui devient dès lors le surmoi et entre en possession de toute l’agressivité qu’on aurait, en tant qu’enfant, exercée contre elle. », p. 147.

♠ « Théorie des pulsions », Abrégé de psychanalyse, Paris, puf, 1975.
« Nous avons résolu de n’admettre l’existence que de deux pulsions fondamentales : l’Éros et la pulsion de destruction (les pulsions, opposées l’une à l’autre, de conservation de soi et de conservation de l’espèce, ainsi que l’autre opposition entre amour du moi et amour d’objet, entrent encore dans le cadre de l’Éros). Le but de l’Éros est d’établir de toujours plus grandes unités, donc de conserver : c’est la liaison. Le but de l’autre pulsion, au contraire, est de briser les rapports, donc de détruire les choses. […] et c’est pourquoi nous l’appelons aussi la pulsion de mort. », p. 8.

♠ « Développement de la fonction sexuelle », Abrégé de psychanalyse, Paris, puf, 1975.
« Dès cette phase orale, avec l’apparition des premières dents, certaines tendances sadiques surgissement isolément. Elles sont bien plus marquées dans la deuxième phase, celle que nous appelons sadique-anale parce qu’alors la satisfaction est recherchée dans l’agression et la fonction excrémentielle. Si nous nous arrogeons le droit de rapporter les tendances agressives à la libido, c’est parce que nous pensons que le sadisme est une union pulsionnelle entre les tendances purement libidinales et d’autres purement destructives, union qui dès lors persistera à jamais. », p. 13-14.

Jacques Lacan

♠  Le Séminaire, livre III, Les psychoses, Paris, Seuil, 1981.
« La scène est la suivante. En jouant avec son couteau, il s’était coupé le doigt, qui ne tenait plus que par un tout petit bout de peau. Le sujet raconte cet épisode dans un style calqué sur le vécu. Il semble que tout repérage temporel ait disparu. Il s’est assis ensuite sur un banc, à côté de sa nourrice, qui est justement la confidente de ses premières expériences, et il n’a pas osé lui en parler. Combien significative cette suspension de toute possibilité de parler – et à la personne précisément à qui il parlait de tout, et spécialement de choses de cet ordre. Il y a là un abîme, une plongée temporelle, une coupure d’expérience, à la suite de quoi il ressort qu’il n’a rien du tout, tout est fini, n’en parlons plus. La relation que Freud établit entre ce phénomène et ce très spécial ne rien savoir de la chose, même au sens du refoulé exprimé dans son texte, se traduit par ceci – ce qui est refusé dans l’ordre symbolique, resurgit dans le réel. Il y a une relation étroite entre, d’un côté, la dénégation et la réapparition dans l’ordre purement intellectuel de ce qui n’est pas intégré par le sujet, et de l’autre, la Verwerfung et l’hallucination, c’est-à-dire la réapparition dans le réel de ce qui est refusé par le sujet. Il y a là une gamme, un éventail de relations. », p. 22.

♠  Le Séminaire, livre IV, La relation d’objet, Paris, Seuil, 1994.
« S’il y a justement quelque chose dont Mme Mélanie Klein nous donne l’idée […], c’est bien que la situation première est chaotique, véritablement anarchique. Ce qui est caractéristique à l’origine, c’est le bruit et la fureur des pulsions, et il s’agit justement de savoir comment quelque chose comme un ordre peut s’établir à partir de là. », p. 65.

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004.
« En revanche, ce que j’ai dit de l’affect, c’est qu’il n’est pas refoulé. Cela, Freud le dit comme moi. Il est désarrimé, il s’en va à la dérive. On le retrouve déplacé, fou, inversé, métabolisé, mais il n’est pas refoulé. Ce qui est refoulé, ce sont les signifiants qui l’amarrent. », p. 23.

« La colère, vous ai-je dit, c’est ce qui se passe chez les sujets, quand les petites chevilles ne rentrent pas dans les petits trous. Cela veut dire quoi ? Quand au niveau de l’Autre, du signifiant, c’est-à-dire toujours, plus ou moins, de la foi, de la bonne foi, on ne joue pas le jeu. Eh bien, c’est cela qui suscite la colère. », p. 23-24.

« Le désir sadique, avec tout ce qu’il comporte d’énigme, n’est articulable qu’à partir de la schize, la dissociation, qu’il vise à introduire chez le sujet, l’autre, en lui imposant, jusqu’à une certaine limite, ce qui ne saurait être toléré – à la limite exacte où apparaît chez ce sujet une division, une béance, entre son existence de sujet et ce qu’il subit, ce dont il peut pâtir, dans son corps. Ce n’est pas tellement la souffrance de l’autre qui est cherchée dans l’intention sadique, c’est son angoisse. », p. 123.

« Le trait nouveau que j’entends apporter est ceci, qui caractérise le désir sadique. Dans l’accomplissement de son acte, de son rite […], ce que l’agent du désir sadique ne sait pas, c’est ce qu’il cherche, et ce qu’il cherche, c’est à se faire apparaître lui-même […] comme pur objet, fétiche noir. », p. 124.

« Le sujet va dans la direction de s’évader de la scène. C’est ce qui nous permet de reconnaître le passage à l’acte dans sa valeur propre, et d’en distinguer ce qui est tout autre, vous le verrez, à savoir l’acting out. », p. 137.

♠ Le Séminaire, livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986.
« La colère est essentiellement liée à ce qu’exprime cette formule de Péguy, qui l’a dit dans une circonstance humoristique – c’est quand les petites chevilles ne vont pas dans les petits trous. Réfléchissez à ça, et voyez si ça peut vous servir. Ça a toutes sortes d’applications possibles, jusques et y compris d’y voir l’indice d’une ébauche possible d’organisation symbolique du monde chez les rares espèces animales où on peut effectivement constater quelque chose qui ressemble à la colère. Car il est assez surprenant que la colère soit remarquablement absente du règne animal dans l’ensemble de son étendue. », p. 123-124.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 17 décembre 1974, Ornicar ?, n°2, mars 1975.
« Cela justifie que, si nous cherchons de quoi peut être bordée cette jouissance de l’autre corps en tant qu’elle fait sûrement trou, ce que nous trouvons, c’est l’angoisse. », p. 104.

« L’angoisse, qu’est-ce que c’est ? C’est ce qui, de l’intérieur du corps, ex-siste quand quelque chose l’éveille, le tourmente. Voyez le petit Hans. S’il se rue dans la phobie, c’est pour donner corps à l’embarras qu’il a du phallus, de cette jouissance phallique venue s’associer à son corps. », p. 104.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 14 janvier 1975, Ornicar ?, n°3, mai 1975.
« L’être qui parle est toujours quelque part, mal situé, entre deux et trois dimensions. », p. 99.

♠ Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005.
« À propos de Tennyson, de Byron, de choses se référant à des poètes, il s’est trouvé des camarades pour le ficeler à une barrière en fil de fer barbelé, et lui donner, à lui, James Joyce, une raclée. Le camarade qui dirigeait toute l’aventure était un nommé Héron, terme qui n’est pas indifférent, puisque c’est l’érôn. Ce Héron l’a donc battu pendant un certain temps, aidé de quelques autres camarades. Après l’aventure, Joyce s’interroge sur ce qui a fait que, passé la chose, il ne lui en voulait pas. Il s’exprime alors d’une façon très pertinente, comme on peut l’attendre de lui, je veux dire qu’il métaphorise son rapport à son corps. Il constate que toute l’affaire s’est évacuée, comme une pelure, dit-il. […] Qui est-ce qui sait ce qui se passe dans son corps ? », p. 148.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation lacanienne. Extimité », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 20 novembre 1985, inédit.
« Hors signifié, ça veut dire qu’on ne l’a pas encore fait signifier. C’est comme ce à quoi le sujet a rapport avant tout refoulement. C’est ce par rapport à quoi le refoulement est déjà une élaboration. C’est le terme par rapport à quoi il y a une défense primaire – le refoulement apparaissant, lui, comme une défense beaucoup plus élaborée. C’est comme une réalité muette par rapport à quoi le sujet se constitue dans un rapport pathétique d’affect primaire. »

♠ « L’orientation lacanienne. Illuminations profanes » enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VII, cours du 22 mars 2006, inédit.
« Lacan essaye de cerner […] comment le sujet surgit non pas du signifiant mais comment il surgit du rapport indicible à la jouissance […] et il s’agit en quelque sorte d’approcher le sujet au-delà même du refoulement, c’est-à-dire dans sa position de défense, dans une orientation qui est préalable aux constructions du refoulement. Par là, on est dans les soubassements de l’être du sujet, si l’on veut. »

♠ « L’orientation lacanienne. Le lieu et le lien », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 14 mars 2001, inédit.
« Je trouve très important de rappeler que la théorie de l’angoisse s’est corrélée dans la tension entre le désir et l’acte, et non par l’incertitude quant à l’action. Au moment où le sujet va passer à l’acte, il y a la dimension d’angoisse qui précède. Et en effet, l’angoisse indique quelque chose du lieu de l’acte. »

♠ « L’orientation lacanienne. Le lieu et le lien », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 28 mars 2001, inédit.
« Cette volonté autre c’est celle que Freud a nommée pulsion, et qu’il est arrivé à Lacan de théoriser comme une demande, et qu’il a poussé jusqu’à nommer, finalement d’une façon plus claire, volonté de jouissance. C’est le nom lacanien de la pulsion. […] le sujet fait l’expérience la plus dérangeante de ce qu’il est assujetti à une volonté autre que la sienne. On peut dire qu’à cet égard, ce qu’on appelle l’inconscient, mais dont on ne fait pas si facilement l’expérience, l’esquisse seulement. Certes, c’est le sens de l’association libre, c’est le sens de cette expérience qui consiste à mettre entre parenthèses toute autre volonté que celle de dire pour s’éprouver assujetti. À cet égard, on peut dire, sans doute, que c’est une expérience de la refente, sans qu’elle présentifie avec le même accent la volonté autre. Les rêves déjà esquissent ce “c’est plus fort que moi”. »

♠ « DSK entre Éros et Thanatos », Le Point, n°248, mai 2011.
« Maintenant, imaginez que ce mot de “fellation”, qui appartient à un discours second, ne s’exprime pas dans le registre de la parole sous la forme de lapsus ; supposez qu’il soit doté d’une force injonctive et qu’il embraie directement sur le corps. Le sujet se trouve alors dans la nécessité d’obéir à un commandement aussi muet qu’irrécusable, à une exigence absolue de satisfaction immédiate. Un impératif de jouissance impose sa loi, qui n’admet aucune délibération : le passage à l’acte se déclenche. », p. 6.

« Les prisons sont pleines de ces malheureux chez qui l’exigence inconditionnelle de la pulsion n’est pas tamponnée, tempérée, freinée, répartie, canalisée par des déplacements, des sublimations, des figures diverses de rhétorique, métaphores, métonymies, tout ce système d’écluses et de digues qui constitue l’architecture d’une belle et bonne névrose. », p. 49.


Les auteurs du Champ freudien

Laurent É.

♠ « L’orientation lacanienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 4 décembre 1996, inédit.
« Et Lacan concluait : “Mouvement qui donne la forme logique de toute assimilation ‘humaine’, en tant précisément qu’elle se pose comme assimilation d’une barbarie”. Car en effet cette barbarie, elle est présente dès le départ. Dans cette communauté d’adolescents, ce qui rôde c’est la sexualité, menaçante, présence d’une nature, c’est une chose féroce, présentée comme ce qui peut l’empoigner, Törless, le lacérer, ses yeux d’abord. D’emblée, dès la trentième page, Törless s’installe dans une sorte de tension érotique avec l’Autre, avec son camarade. […] s’il y a vraiment quelque chose entre lui et son copain, Beineberg, quelque chose entre guillemets, c’est à ce moment-là que Törless brûle de couvrir d’insultes son camarade. Il y a ce lien dès qu’on approche de la sexualité, où cette signification ne s’aborde que par la forme limite du langage, l’injure, l’insulte, l’humiliation, la terreur. »

Lacadée Ph.

♠  La vraie vie à l’école, Paris, Michèle, 2013.
« Le moi se structure dans une expérience de rivalité qui lui donne sa charge d’agressivité potentielle. Le moi est donc une sorte de bombe à retardement qui ne demande qu’à exploser lorsque se représenteront les circonstances de sa constitution. », p. 118.

♠  « Le passage à l’acte chez les adolescents », La Cause freudienne, n°65, mars 2007.
« En grand clinicien, Freud rappelle que le sujet a le droit de s’attarder dans ce stade même fâcheux du développement, car au cœur de l’être humain existe une zone, que Lacan a appelée la jouissance, et qui fait que parfois le sujet ne veut pas forcément son propre bien. Il peut aussi vouloir consciemment ou pas se nuire à lui-même. La clinique de l’acte suicidaire est sans doute celle qui illustre le mieux ce paradoxe. Il y aurait donc, pour tout sujet, d’une part une tension entre l’idéal du moi, qui lui dirait comment faire avec sa vie, et d’autre part cette zone obscure qui gîte au cœur de l’être et qui concerne sa part pulsionnelle. Cette tache noire au cœur de l’être humain concerne cette part de souffrance bizarre, qui justement fait tache dans son existence, et qui est, à l’adolescence, d’une étonnante actualité parce que cette tache correspond à quelque chose de nouveau, qui surgit là souvent de façon contingente. L’adolescent est travaillé par ses pulsions sexuelles, qui peuvent occuper toute la scène de sa vie, et dont il peut avoir honte », p. 222.

« L’adolescent est avant tout surpris par le surgissement de la dimension du corps. La psychanalyse est certes une expérience de parole, mais seulement en tant que la parole est supportée par un corps. Et, comme le disait très bien Lacan, un corps ça se jouit. À l’adolescence, le corps s’éprouve par le sujet d’une façon nouvelle. », p. 224.

« La dernière phrase de ce poème, “moi pressé de trouver le lieu et la formule”, me paraît paradigmatique de ce qui est en jeu dans ce moment de l’adolescence. Par quoi est-ce que le sujet est pressé ? Il est pressé par la pulsion, c’est-à-dire quelque chose qui gît en lui, qui l’agite, voire l’agit. », p. 225.

♠ « Voile de violence », La Cause freudienne, n°77, janvier 2011.
« Lacan parle de tendance agressive […]. La tendance, ici, ne désigne pas tant ce que le sujet n’arrive pas à dire du fait de sa difficulté à trouver les mots, mais ce qui l’agite dans son corps, ce qui se passe en lui au niveau pulsionnel – c’est-à-dire sa jouissance. C’est là qu’entrent en jeu les objets pulsionnels qui soutiennent la demande – l’objet oral et l’objet anal – et le désir – la voix et le regard. Là où manquent les signifiants de l’Autre pour le dire, ces objets déclenchent la clinique différentielle de l’agressivité. », p. 47.

« Je viens pour dire que la violence, pour tout être humain, concerne le ça freudien, soit un réel en jeu qu’il s’agit, non pas de vouloir éradiquer, mais de situer à sa juste place afin d’y convoquer le voile – soit les semblants nécessaires pour la maintenir dans une mesure vivable par tous. », p. 48.


Post-freudiens

Donald W. Winnicott

♠ « Concepts actuels du développement de l’adolescent : leurs conséquences quant à l’éducation », Jeu et réalité, Paris, Gallimard, nrf, 1975.
« Si, dans le fantasme de la première croissance, il y a la mort, dans celui de l’adolescence, il y a le meurtre. […] Dans le fantasme inconscient, grandir est, par nature, un acte agressif. », p. 199.

« Si l’enfant doit devenir adulte, ce passage s’accomplira alors sur le corps mort d’un adulte. (Le lecteur sait, je le tiens pour acquis, que je me réfère au fantasme inconscient) », p. 200.

« L’agressivité et ses racines », Agressivité, culpabilité et réparation, Paris, Payot, 1984.

« Si l’on tient compte de ce qu’un nourrisson est capable de supporter, on comprend aisément qu’un petit enfant vit l’amour et la haine avec autant de violence qu’un adulte. », p. 14.

« L’agressivité […] est aussi une des sources principales d’énergie chez l’individu. », p. 28.


Les amis du Champ freudien

Le Breton D.

Corps et adolescence, Bruxelles, Éditions Fabert, 2016.

« L’anorexie est une lutte farouche contre la sexuation qui arrache au neutre et contraint à devenir femme (ou homme). Elle est même une passion de la désincarnation. Tentative d’arrêter le temps du corps, de reprendre la maîtrise de soi. […] Son corps est en trop et prétend la fixer à une féminité qui la limite de façon insupportable ou qu’elle récuse sans pour autant aspirer à la masculinité. Elle souhaite plutôt ne jamais grandir. Elle voudrait que son esprit se détache enfin de son corps et ne plus être que cette force aérienne qui n’est rattachée à rien. », p. 39-40.

Russell B.

♠ « Les désarrois de l’élève Törless », L’ange sur le toit, Paris, Acte Sud, 2000.
« La violence provoque une lumière blanche et de la chaleur à l’intérieur de la tête, et cela aussi bien chez celui qui bat l’autre que chez celui qui est battu. Il n’y a jamais d’obscurité ni de froid. Cela se produit à l’instant du contact violent, avant qu’on ressente de la douleur, voire de la peur ou de la culpabilité. De sorte que la douleur, la peur et la culpabilité en viennent à être considérées comme le prix qu’on doit payer après-coup pour cette extraordinaire immolation. C’est comme si la violence était un cadeau sans prix. En plus de la lumière et la chaleur, ce cadeau suscite de superbes rêves de vengeance qui durent pendant des dizaines de générations de pères et d’enfants, de maris et de femmes. C’est un cadeau qui forme et qui alimente des fantasmes où on est aussi grand qu’un glacier, aussi dur que du fer, aussi rapide que la lumière et aussi imprévisible qu’un volcan.

Lorsqu’un homme fort vous frappe à la tête, vous lance un grand coup dans les côtes et vous jette au sol, vous découvrez instantanément que vous êtes déjà à moitié dans un récit qui décrit votre retour à ce moment, une narration dont la fonction première est d’effectuer un renversement : de transformer l’enfant en homme, le faible en fort, le méchant en bon. Écoute-moi : vous êtes pris au piège du récit, et, pour exprimer ce renversement, il n’y a pas d’autres mots disponibles que ceux qui ont présidé au début du récit, à l’ouverture du drame. », p. 174-175.

Ferrante E.

♠ L’amie prodigieuse, Paris, Gallimard, Folio, 2011.
« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. Il nous arrivait toutes sortes d’histoires, chez nous et à l’extérieur, jour après jour ; mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût particulièrement mauvaise. C’était la vie, un point c’est tout et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres nous la rendent difficile. », p. 39.

Sigmund Freud

♠ « Lettre à Arthur Schnitzler », 14 mai 1922, Correspondance (1873-1939), Paris, Gallimard, 1966.
« Dans un petit livre écrit en 1920, Au-delà du principe de plaisir, j’ai essayé de montrer qu’Éros et la pulsion de mort sont les forces originaires dont le jeu opposé domine toutes les énigmes de l’existence. », p. 371.

♠ « Théorie des pulsions », Abrégé de psychanalyse, Paris, puf, 1975.
« Voici comment nous nous représentons l’état initial : toute l’énergie disponible de l’Éros, que nous appellerons désormais libido, se trouve dans le moi-ça encore indifférencié et sert à neutraliser les tendances destructrices qui y sont également présentes (pour désigner l’énergie de la pulsion de destruction nous ne disposons pas d’un terme analogue de celui de “libido”) […]. Aussi longtemps que cette pulsion agit intérieurement en tant que pulsion de mort, elle reste muette, et elle ne se manifeste à nous qu’au moment où, en tant que pulsion de destruction, elle se tourne vers l’extérieur. […] Refréner son agressivité, en effet, est en général malsain et pathogène. On observe souvent la transformation d’une agressivité entravée en auto-destruction chez un sujet qui retourne son agressivité contre lui-même. », p. 9-10.

♠ Pourquoi la guerre ?, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2005.
« D’ailleurs ainsi que vous le marquez vous-même, il ne s’agit pas de supprimer le penchant humain à l’agression : on peut s’efforcer de le canaliser, de telle sorte qu’il ne trouve pas son mode d’expression dans la guerre. », p. 59.

« Si la progression à la guerre est un produit de la pulsion destructrice, il y a donc lieu de faire appel à son adversaire, l’Eros. Tout ce qui engendre, parmi les hommes, des liens de sentiment doit réagir contre la guerre. », p. 59.

Jacques Lacan

♠ « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« C’était la fille qui, lors de notre examen, nous produisit pour preuve des injures auxquelles toutes deux étaient en butte de la part de leurs voisins, un fait concernant l’ami de la voisine qui était censée les harceler de ses assauts, après qu’elles eussent dû mettre fin avec elle à une intimité d’abord complaisamment accueillie. Cet homme […] avait à l’entendre, lancé à son adresse en la croisant dans le couloir de l’immeuble, le terme malsonnant de : “Truie !” Sur quoi nous […] lui demandâmes tout uniment ce qui en elle-même avait pu se proférer l’instant d’avant. Non sans succès : car elle nous concéda d’un sourire avoir en effet murmuré à la vue de l’homme, ces mots dont à l’en croire, il n’avait pas à prendre ombrage : “je viens de chez le charcutier…” Qui visaient-ils ? Elle était bien en peine de le dire, nous mettant en droit de l’y aider. […] Nous ne pourrons négliger le fait entre autres que la malade avait pris congé le plus soudain de son mari et de sa belle-famille et donné ainsi à un mariage réprouvé par sa mère un dénouement resté depuis sans épilogue, à partir de la conviction qu’elle avait acquise que ces paysans ne se proposaient rien de moins, pour en finir avec cette propre à rien de citadine, que de la dépecer congrûment. […] À notre fin présente, il suffit que la malade ait avoué que la phrase était allusive, sans qu’elle puisse pour autant montrer rien que perplexité quant à saisir sur qui des coprésents ou de l’absente portait l’allusion, car il apparait que le je, comme sujet de la phrase en style direct, laissait en suspens […] la désignation du sujet parlant, aussi longtemps que l’allusion […] restait elle-même oscillante. Cette incertitude pris fin […] avec l’apposition du mot “truie” […]. C’est ainsi que le discours vint à réaliser son intention de rejet dans l’hallucination. Au lieu où l’objet indicible est rejeté dans le réel, un mot se fait entendre, pour ce que, venant à la place de ce qui n’a pas de nom, il n’a pu suivre l’intention du sujet. », p. 534-535.

♠ Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation, Paris, La Martinière/Champ freudien, 2013.
« Ce que l’on appelle en cette occasion [le rapport du sujet avec le nouveau venu dans la constellation familiale] une agression n’est pas une agression, c’est un souhait de mort. Si inconscient que nous le supposions, c’est quelque chose qui s’articule Qu’il meure ! – et cela ne se conçoit que dans le registre de l’articulation, c’est-à-dire là où les signifiants existent. Le semblable rival est agressé en termes de signifiants articulés, si primitifs que nous les supposions, alors que l’animal, quand il se livre sur les petits semblables à des agressions, il les mordille, il les pousse, voire il les rejette hors de l’enceinte où accéder à la nourriture. Que la rivalité primitive passe dans l’inconscient est lié au fait d’une articulation, si rudimentaire que nous la supposions, dont la nature n’est pas essentiellement différente de celle de l’articulation parlée Qu’il meure ! C’est parce qu’il s’agit ici d’articulations que ce Qu’il meure ! peut rester en dessous du Qu’il est beau ! ou du Je l’aime, qui est l’autre discours qui se superpose au précédent. Dans l’intervalle de ces deux discours, se situe ce à quoi nous avons à faire comme le désir. », p. 561.

♠ Le Séminaire, livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986.
« Il en résulte que, si nous continuons de suivre Freud dans un texte comme le Malaise dans la civilisation, nous devons formuler ceci, que la jouissance est un mal. Freud là-dessus nous guide par la main – elle est un mal parce qu’elle comporte le mal du prochain. […] Cela a un nom – c’est ce que l’on appelle l’au-delà du principe du plaisir. Et cela a des effets qui ne sont pas métaphysiques, et à balancer entre un sûrement pas et un peut-être. Ceux qui préfèrent les contes de fées font la sourde oreille quand on leur parle de la tendance native de l’homme à la méchanceté, à l’agression, à la destruction, et donc aussi à la cruauté. Et ce n’est pas tout, page 47 du texte français – L’homme essaie de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagement, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. Si je ne vous avais pas dit d’abord l’ouvrage d’où j’extrais ce texte, j’aurais pu vous le faire passer pour un texte de Sade. », p. 217.

« Il est de la nature du bien d’être altruiste. Mais ce n’est pas là l’amour du prochain. Freud le fait sentir, sans l’articuler pleinement. Nous allons essayer, sans rien forcer, de le faire à sa place. Nous pouvons nous fonder sur ceci, qu’à chaque fois que Freud s’arrête, comme horrifié, devant la conséquence du commandement de l’amour du prochain, ce qui surgit, c’est la présence de cette méchanceté foncière qui habite en ce prochain. Mais dès lors elle habite aussi en moi-même. Et qu’est-ce qui m’est plus prochain que ce cœur en moi-même qui est celui de ma jouissance, dont je n’ose approcher ? Car dès que j’en approche – c’est là le sens du Malaise dans la civilisation – surgit cette insondable agressivité devant quoi je recule, que je retourne contre moi, et qui vient, à la place même de la Loi évanouie, donner son poids à ce qui m’empêche de franchir une certaine frontière à la limite de la Chose. », p. 219.

« La pulsion comme telle, et pour autant qu’elle est alors pulsion de destruction, doit être au-delà de la tendance au retour à l’inanimé. Que peut-elle bien être ? – si ce n’est une volonté de destruction directe […]. Ne mettez pas du tout d’accent sur le terme volonté. Quel que soit l’intérêt en écho qu’a pu éveiller chez Freud la lecture de Schopenhauer, il ne s’agit de rien qui soit de l’ordre d’une Wille fondamentale, et c’est seulement pour faire sentir la différence de registre d’avec la tendance à l’équilibre que je suis en train de l’appeler ainsi pour l’instant. Volonté de destruction. Volonté de recommencer à nouveaux frais. Volonté d’Autre chose, pour autant que tout peut être mis en cause à partir de la fonction du signifiant. Si tout ce qui est immanent ou implicite dans la chaîne des événements naturels peut être considéré comme soumis à une pulsion dite de mort, ce n’est que pour autant qu’il y a la chaîne signifiante. Il est en effet exigible en ce point de la pensée de Freud que ce dont il s’agit soit articulé comme pulsion de destruction, pour autant qu’elle met en cause tout ce qui existe. Mais elle est également volonté de création à partir de rien, volonté de recommencement. Cette dimension est introduite dès lors qu’est isolable la chaîne historique, et que l’histoire se présente comme quelque chose de mémorable et de mémorisé au sens freudien, quelque chose qui est enregistré dans la chaîne signifiante et suspendu à son existence. […] Comme dans Sade, la notion de la pulsion de mort est une sublimation créationniste, liée à cet élément structural qui fait que, dès lors que nous avons affaire à quoi que ce soit dans le monde qui se présente sous la forme de la chaîne signifiante, il y a quelque part, mais assurément hors du monde de la nature, l’au-delà de cette chaîne, l’ex nihilo sur lequel elle se fonde et s’articule comme telle. », p. 251-252.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 8 avril 1975, Ornicar ?, n°5, déc-janv. 75/76.
« On n’y peut rien, le parlêtre n’aspire qu’au bien, d’où il s’enfonce toujours dans le pire. », p. 43.

« Le nœud borroméen met à notre portée ceci, crucial pour notre pratique, que nous n’avons aucun besoin de microscope pour qu’apparaisse la raison de cette vérité première, à savoir que l’amour est hainamoration et non pas velle bonum alicui comme l’énonce Saint Augustin. », p. 49.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation lacanienne. Le banquet des analystes », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 6 mai 1989, inédit.
« Lacan dit très bien que l’insulte est le premier mot et le dernier mot du dialogue. C’est dans l’insulte que le langage porte à conséquence. C’est l’insulte qui vous fait réagir. »

♠ « L’orientation lacanienne. Le banquet des analystes », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 13 décembre 1989, inédit.
« Voilà donc l’histoire d’une insulte où tout est fait pour montrer que ce cochon de Morin est au fond un maladroit [et que] cette insulte […] poinçonne et marque l’être de Morin jusqu’à la mort. […] L’insulte incarne le tu es cela, qui est cela même qu’à la fin de l’analyse, selon Lacan, le sujet rencontre à la limite extatique du langage. D’une façon générale, le cela du tu es cela est plutôt dépréciatif. À charge pour l’analyste, à l’occasion, de faire de cette dépréciation même le principe de la louange. Maupassant ne nous dit pas que ce cochon de Morin est devenu fou et pourtant il en connaissait un bout là- dessus. […] C’est là qu’on saisit la place, tout à fait centrale dans la psychose, chez Lacan, de l’insulte. C’est bien là que dans son écrit sur le traitement de la psychose, il met en épingle une insulte qui a beaucoup affaire avec celle-là, à savoir l’hallucination d’une personne de s’être entendue appeler truie par le voisin. »

« Évidemment, l’insulte, c’est lié à un affect. L’insulte vient quand il n’y a plus de mots pour le dire, quand on ne peut plus raisonner et qu’on étouffe, qu’on étouffe de colère. »

« Un mot tout de même sur l’insulte dans la psychose. Je vous renvoie aux Écrits, pages 534-535, ainsi qu’au développement du Séminaire III sur le sujet, où Lacan pose très précisément que dans cette insulte un mot se fait entendre qui vient à la place de l’objet indicible. […] Ces insultes le sujet les entend comme venant du réel, comme venant à la place du signifiant du Nom-du-père qu’il n’y a pas dans l’Autre. De telle sorte que Lacan caractérise très exactement la forclusion comme un trou “qui n’a pas besoin d’être ineffable pour être”. Au contraire, le trou de la forclusion du Nom-du-père, c’est un trou qui parle. C’est un trou qui parle et qui du coup a des effets sur le tout, sur le tout du signifiant. […] C’est ainsi qu’à partir de la forclusion du Nom-du-père, n’importe quoi de la langue peut venir à faire dans le réel insulte pour le sujet. »

« Le névrosé, il cherche son insulte. Il cherche cette insulte dans l’analyse, alors que le psychotique l’a au départ. Qu’est ce qui empêche le névrosé de connaître ce signifiant qu’il cherche ? Ce signifiant qui sera pris dans la formule tu es cela. Ce qui empêche le névrosé de connaître ce signifiant, c’est précisément que lui il a le Nom-du-père, c’est-à-dire S(A). C’est le Nom-du-père comme signifiant de l’Autre qui empêche le névrosé de connaître son nom d’insulte. […] C’est pourquoi le névrosé, lui, il part à la recherche de son épithète. […] C’est-à-dire de ce qui fonctionnera comme le signifiant de l’objet a, c’est-à-dire comme un signifiant absolu, c’est-à-dire comme un signifiant-maître tout seul. […] C’est bien au regard du nom absolu qu’ont chance de se produire les chutes d’identification. »

« L’insulte, en effet, est au-delà de l’identification. Ça nous permet de saisir en quoi le Nom-du-Père est ce qui pare à l’insulte. Le Nom-du-Père, c’est ce qui fait qu’on ne s’insulte pas ».

♠ « L’orientation lacanienne. Le banquet des analystes », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 13 mai 1989, inédit.

« Au fond, la formule de l’insulte, elle vient bien au moment où, dans la défaillance de l’Autre comme lieu du signifiant, qui s’écrit A barré, l’être du sujet comme petit a émerge. C’est alors que du fond de la langue surgit un signifiant qui vient épingler précisément le moment de l’indicible. C’est pourquoi cette épithète figée vise à dire ce qui est le propre du sujet. C’est pourquoi la haine est une des voies vers l’être. »

♠ « Rien n’est plus humain que le crime », Mental, n°21, septembre 2008.
« Il y a un tuer de l’être humain qui est légal. La civilisation suppose un droit de tuer l’être humain. Tuer légalement suppose d’ajouter quelques mots au tuer sauvage, un encadrement institutionnel, un réseau signifiant, qui transforme le tuer, la signification même de l’action mortifère. Si l’on donne la bonne forme, si l’on introduit les bons semblants, tuer n’est plus un assassinat, mais un acte légal. Les signifiants, les mots, le cadre, le rituel transforment l’action mortifère. », p. 11.

« Un droit inspiré par la psychanalyse prendrait en compte la distinction entre le vrai et le réel, et que le vrai n’arrive jamais à recouvrir le réel. […] Ce droit prendrait aussi en compte que le sujet constitue une discontinuité dans la causalité objective, et que l’on ne peut jamais reconstituer totalement la causalité objective d’un acte subjectif. Les tenants de ce droit devraient savoir faire avec l’opacité qui reste. », p. 13.


Les auteurs du Champ freudien

Cottet S.

♠  « Graines de violence », La Cause freudienne, n°62, mars 2006.
« S’il y a violence, celle-ci est relative à l’angoisse et ne peut en aucun cas être assimilée à une déviance. », p. 15.

Lacadée Ph.

♠  La vraie vie à l’école, Paris, Michèle, 2013.
« Il y a dès lors une façon éthique d’y faire avec la violence qui ne consiste pas à en avoir peur, à l’ignorer, à vouloir l’éradiquer coûte que coûte et par tous les moyens, mais à tisser, au cas par cas et sur mesure, le voile qui permette à chacun d’entendre que l’agressivité est nécessaire à la construction d’un sujet. », p. 116.


Post-freudiens

Friedlander K.

♠  La délinquance juvénile, Paris, puf, 1951.
« Si la société ne punit pas les actes antisociaux, le pouvoir du surmoi se trouve affaibli et le risque de voir nos propres pulsions ressurgir et se manifester par des actes apparaît. La peur est intense, non du fait des sanctions graves qu’entraîne l’acte antisocial, mais parce qu’elle ressuscite les vieilles idées infantiles de talion. Le danger alors n’était pas de perdre la liberté, mais de subir des dommages corporels. C’est pourquoi le risque réel ne justifie pas l’intensité de la crainte. En exigeant le châtiment du criminel, le public n’obéit pas seulement à la vieille loi du talion mais satisfait aussi un besoin intérieur, celui d’éviter la perte de son équilibre psychique. Si nous voulons réaliser quelque progrès dans le traitement des criminels, il faut nous rendre compte de la force des liens inconscients qui empêchent tout assouplissement des rapports entre crime et sanction. Nous devons savoir que le “bon sens” ne constitue pas à lui tout seul une arme efficace contre ces tendances inconscientes. », p. 188.


Les amis du Champ

Humbert F.

♠  L’origine de la violence, Paris, Le Passage, 2009.
« Un jeu de cartes à double face. Car le rapport à la violence, et c’est ce qui fait sa perversité, est presque toujours double : la violence subie, la violence exercée. C’est cette dualité de la violence qui m’a frappé durant mes années d’enseignement en banlieue. Parfois, lorsque je repense à cette période d’errance, je songe, avec un peu de dérision heureusement, au désert et à la falaise d’Azazel. C’est en effet là, selon le Lévitique, que lors du Yom Kippour, le grand prêtre, après avoir apposé ses mains sur deux boucs pour les charger de tous les péchés de l’année, envoie le second bouc, le bouc émissaire, le premier ayant été sacrifié sur place. Et c’est du haut de la falaise d’Azazel que la bête est jetée. », p. 175.

Boyd D.

♠  C’est compliqué. Les vies numériques des adolescents, Caen, C&F éditions, 2016.
« La persistance et la visibilité du harcèlement au sein des espaces publics en réseau ajoute une dimension nouvelle au déroulement et à la compréhension du phénomène. D’une part, les interactions cruelles entre adolescents laissent des traces visibles sur le net, ce qui permet à d’autres d’en prendre connaissance. S’il en découle une participation qui renforce les attaques, cette visibilité amplifiée rend encore plus douloureuse le harcèlement. Cela conduit les gens à penser que la technologie, par nature, rend le harcèlement plus néfaste et préjudiciable, nonobstant le fait que les adolescents expliquent systématiquement que c’est le harcèlement direct à l’école qui leur cause le plus grand stress. », p. 255.

Sigmund Freud

♠ Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, Paris, Gallimard, 1988.
« Dès lors, on peut enfin toucher du doigt ce que le mot d’esprit réalise quand il est au service de sa tendance. Il rend possible la satisfaction d’une pulsion (de la pulsion lubrique et hostile) en s’opposant à un obstacle qui lui barre la route, il contourne cet obstacle et puise ainsi du plaisir à une source de plaisir qui était devenue inaccessible du fait de l’obstacle. », p. 195.

♠ « Sur les types d’entrée dans la névrose », Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1992.
« Lorsque ces tendances, qui sont inconciliables avec l’état actuel de l’individualité, ont acquis suffisamment d’intensité, un conflit est inévitable entre elles et l’autre partie de la personnalité qui est restée en relation avec la réalité. Ce conflit est résolu par des formations de symptôme et débouche sur une maladie manifeste. Le fait que l’ensemble du processus est parti de la frustration réelle trouve son reflet dans ce résultat que les symptômes qui permettent de retrouver le sol de la réalité représentent des satisfactions substitutives. », p. 176-177.

♠ Totem et Tabou, Paris, Seuil, coll. Points, 2010.
« Le rapport de l’enfant avec l’animal ressemble beaucoup à celui du primitif avec l’animal. […] La phobie frappe en général des animaux pour lesquels l’enfant avait manifesté jusque-là un intérêt particulièrement vif. […] Il s’agit de chevaux, de chiens, de chats […]. Parfois des animaux que l’enfant n’a connu que dans les livres d’images ou de récit de conte qui deviennent l’objet d’une angoisse absurde et excessive qui se manifeste dans ces phobies ; […] “De telles phobies peuvent presque toujours être démasquées dans l’analyse comme un déplacement de l’angoisse de l’un des parents sur les animaux.” », p. 242-245.

« J’ai communiqué “L’analyse de la phobie d’un garçon de cinq ans”[…]. C’était une angoisse des chevaux, à la suite de laquelle l’enfant refusait de sortir dans la rue. Il manifestait une crainte que le cheval ne rentre dans la pièce pour le mordre. Il s’avéra que cela devait être une punition pour son désir que le cheval tombe (meure). Après qu’on eût ôté au jeune garçon sa peur du père en le tranquillisant, il apparut qu’il luttait contre des désirs dont le contenu était l’absence du père (son départ en voyage, sa mort). Il ressentait le père, et le faisait savoir on ne peut plus nettement, comme un concurrent qui lui disputait les faveurs de la mère, sur laquelle étaient dirigés, dans d’obscurs pressentiments, ses désirs sexuels naissants. », p. 245.

« La haine résultant de la rivalité auprès de la mère ne peut s’étendre sans inhibition dans la vie psychique de l’enfant, elle se heurte à la tendresse et à l’admiration éprouvées depuis toujours pour cette même personne, l’enfant se trouve dans une position équivoque –ambivalente – vis-à-vis du père et se procure un soulagement dans ce conflit d’ambivalence en déplaçant ses sentiments d’hostilité sur un substitut du père. », p. 246.

Jacques Lacan

♠ Le Séminaire, livre III, Les psychoses, Paris, Seuil, 1981.
« Le complexe d’Œdipe veut dire que la relation imaginaire, conflictuelle, incestueuse en elle-même, est vouée au conflit et à la ruine. Pour que l’être humain puisse établir la relation la plus naturelle, celle du mâle à la femelle, il faut qu’intervienne un tiers, qui soit l’image de quelque chose de réussi, le modèle d’une harmonie. Ce n’est pas assez dire il y faut une loi, une chaîne, un ordre symbolique, l’intervention de l’ordre de la parole, c’est-à-dire du père. Non pas le père naturel, mais de ce qui s’appelle le père. L’ordre qui empêche la collision et l’éclatement de la situation dans l’ensemble est fondé sur l’existence de ce nom du père. », p. 111.

« On sait bien pourtant que l’agression peut être provoquée par tout autre sentiment, et qu’il n’est pas du tout exclu qu’un sentiment d’amour, par exemple, soit au principe d’une réaction d’agression. Quant à dire qu’une réaction comme celle d’ironie est, de par sa nature, agressive, cela ne me paraît pas compatible avec ce que tout le monde sait, à savoir que, loin d’être une réaction agressive, l’ironie est avant tout une façon de questionner, un mode de question. S’il y a un élément agressif, il est structuralement secondaire par rapport à l’élément de question. », p. 30.

« Freud parle dans cette lettre des différentes formes de défense. C’est un mot trop usé dans notre usage pour que nous ne nous demandions pas en effet – qui se défend ? qu’est-ce qu’on défend ? contre quoi se défend-on ? La défense en psychanalyse porte contre un mirage, un néant, un vide, et non contre tout ce qui existe et pèse dans la vie. Cette dernière énigme est voilée par le phénomène lui-même au moment précis où nous le saisissons. », p. 244.

♠ Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation, Paris, La Martinière/Champ Freudien, 2013.
« Et c’est une première différence dans “la fibre”, avec la situation, la construction, avec la fabulation fondamentale, première, du drame d’Œdipe. Œdipe, lui, ne sait pas. Quand il sait tout, le drame se déchaîne, qui va jusqu’à son auto-châtiment, c’est-à-dire la liquidation par lui-même d’une situation. Mais le crime œdipien est commis par Œdipe dans l’inconscience. Dans Hamlet, le crime œdipien est su, et il est su de de celui qui en est la victime, et qui vient surgir pour le porter à la connaissance du sujet. », p. 288-289.

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004.
« Qu’est-ce que ça a d’original, cet acting out, et cette démonstration de ce désir inconnu ? Le symptôme, c’est pareil. L’acting out, c’est un symptôme. Le symptôme se montre comme autre, lui aussi. La preuve, c’est qu’il doit être interprété. Bon, alors mettons bien les points sur les i. Vous savez qu’il ne peut pas l’être, interprété, directement, le symptôme, qu’il y faut le transfert, c’est-à-dire l’introduction de l’Autre. », p. 147.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 21 janvier 1975, Ornicar ?, n°3, mars 1975.
« De l’inconscient tout Un, en tant qu’il sus-tend le signifiant en quoi l’inconscient consiste, est susceptible de s’écrire d’une lettre. Sans doute y faudrait-il convention. Mais l’étrange est que c’est cela même que le symptôme opère sauvagement. Ce qui ne cesse pas de s’écrire dans le symptôme relève de là. », p. 107.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 18 février 1975, Ornicar ?, n°4, mars 1975.
« Il y a cohérence, consistance entre le symptôme et l’inconscient. Je définis le symptôme par la façon dont chacun jouit de l’inconscient en tant que l’inconscient le détermine. », p. 106.

♠ Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005.
« Le réel, celui dont il s’agit dans ce qu’on appelle ma pensée, est toujours un bout, un trognon. C’est certes un trognon autour duquel la pensée brode, mais son stigmate, à ce réel comme tel, c’est de ne se relier à rien. C’est tout du moins ainsi que je conçois le réel. », p. 123.

« Cela vaut la peine qu’on s’y arrête. Que Joyce soit l’écrivain par excellence de l’énigme, ne serait-ce pas la conséquence du raboutage si mal fait de cet ego, de fonction énigmatique, de fonction réparatoire ? », p. 153.

Jacques-Alain Miller

♠  « L’orientation lacanienne. Du symptôme au fantasme et retour », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 3 novembre 1982, inédit.
« C’est que, volontiers, on parle de la souffrance du symptôme, de l’embarras que le symptôme apporte au sujet comme individu, dans son comportement, dans la réalisation de son but, de ses idéaux, de la souffrance du symptôme. Et au fond, les analystes ne nous parlent pas de la souffrance du fantasme. Et c’est une remarque qui a d’autant plus de prix qu’on n’en parle justement pas, quand il s’agit du fantasme masochiste, qui est précisément un fantasme tout à fait essentiel dans le registre du fantasme, qui a une place tout à fait à part, le fantasme masochiste, puisque c’est même ce qui fait l’objet de la réflexion de Freud dans le paradigme qu’il nous a laissé sur le fantasme, et qui est son texte Un enfant est battu. Je le dis en passant, évidemment ce serait utile pour ceux qui veulent suivre ce cours à travers ses grandes manifestations, de consacrer un petit moment à relire [Un enfant est battu]. En effet, de quoi s’agit-il dans le fantasme masochiste, sinon, précisément, de nous expliquer en quoi un sujet peut faire de la satisfaction avec de la douleur ? Cette définition, tout à fait bateau, évidemment nous la réveillons un petit peu, quand nous opposons le plaisir du fantasme à la souffrance du symptôme. Alors, si je m’occupe de ce binaire symptôme et fantasme, c’est bien sûr parce que je considère qu’il a été négligé. »

♠  « L’orientation lacanienne. Du symptôme au fantasme et retour », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 5 janvier 1983, inédit.
« Vous voyez, en effet, se pointer là le passage sur Œdipe à Colone, lorsque Lacan différencie ce dont on peut rendre compte de l’agressivité à partir de la relation duelle, et ce qui constitue à proprement parler le masochisme primordial. C’est à la fin de la page 271 : “La signification d’Au-delà du principe du plaisir, c’est que ça ne suffit pas [l’agressivité duelle]. Le masochisme n’est pas un sadisme inversé […]. Ce que Freud nous enseigne avec le masochisme primordial, c’est que le dernier mot de la vie, lorsqu’elle a été dépossédée de sa parole, ne peut être que la malédiction dernière qui s’exprime au terme d’Œdipe à Colone. La réaction thérapeutique négative lui est foncière.” »

♠ « L’orientation lacanienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université paris VIII, cours du 23 avril 1997, inédit.
« Dans l’espèce humaine, la nécessité, le ne cesse pas de s’écrire s’écrit sous la forme du symptôme. Il n’est pas de rapport susceptible de s’établir entre deux individus de l’espèce qui ne passe par la voie du symptôme et ici le symptôme, plus qu’obstacle, est médiation, et c’est ce qui conduit Lacan à identifier à l’occasion le partenaire et le symptôme. »

♠ « L’orientation lacanienne. Un effort de poésie », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université paris VIII, cours du 22 janvier 2003, inédit.
« Lacan tire deux conséquences du pas freudien. La première, c’est ce qui rend précaire que quelqu’un s’y connaisse ; la deuxième, c’est ce qui rend faux que personne s’y reconnaisse. Ces conséquences, articulées sur la pratique de la psychanalyse, qu’aucun sujet ne se reconnaît dans le symptôme, que le symptôme est une formation, il en tire la portée pour d’autres discours. Elle ruine les efforts pour construire un sujet de l’histoire à la hauteur de sa tâche. Celui qui s’y connaîtrait, ce serait qui dans l’histoire ? – ce serait soit le révolutionnaire professionnel, le diplômé de Sciences politiques, le membre du Parti, quelque forme qu’il prenne, y compris celle du philosophe politique ou celle du sage. »

♠ « Notice de fil en aiguille », Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005.
« Le sinthome roule est le sinthome dénudé dans sa structure et dans son réel, le malaquin est le sinthome élevé au semblant, devenu mannequin, et voilé par les sublimations disponibles au magasin des accessoires : l’être et sa splendeur, le vrai, le bon, le beau, etc. Le moyen élévatoire de la sublimation comme opération ascensionnelle était souvent nommé par Lacan du terme hégélien bien connu d’Aufhebung. Il lui donne dans son écrit “Joyce le Symptôme” le nom plus expressif d’“escabeau” (A. É., p. 565-570). L’escabeau met l’accent sur le corps. De même, Lacan désigne le sinthome comme “événement de corps” (ibid., p. 569), alors qu’il définissait le symptôme freudien comme “vérité” (É., p. 234-235). Joyce, “hérétique”, partisan du sinthome-va-comme-je-te-pousse, “fait déchoir le sinthome de son madaquinisme” (p. 14). Mais cela ne l’empêche pas de vouloir se hisser avec son sinthome sur “l’SK beau” de l’œuvre d’art. », p. 209.

« Non, la sagesse du sinthome n’est pas la résignation au manque, ni le retour à zéro, ni l’homéostase de l’existence stable de l’universel sous la férule du principe de plaisir. Ni le Livre de la Sagesse, ni Hegel, ni Husserl, ni Quine, mais bien plutôt Joyce, comme l’avait si bien vu le jeune Derrida. La sagesse joycienne est bien plutôt une “folisophie” (p. 128). Elle consiste pour chacun à se servir de son sinthome, de la singularité de son prétendu “handicap psychique”, pour le meilleur et pour le pire, sans en aplatir le relief sous un common sense. », p. 243.

♠ « L’orientation lacanienne. Illuminations profanes », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris viii, cours du 5 avril 2006, inédit.
« Le désir a besoin de masques, […] parce que s’il les perd, il ne reste que la pure douleur d’exister. […] Quels sont les masques de la demande ? C’est, disons, l’identification, les idéaux, qui dépendent d’elle, dans la mesure où la demande emprunte son moyen d’expression au champ de l’Autre. […] Alors que le désir dans sa forme pure, c’est la déréliction, c’est le sujet laissé tombé, pure souffrance. »


Les auteurs du Champ freudien

Deltombe H.

 ♠ « Violences », Les enjeux de l’adolescence, Paris, Michèle, 2011.
« Dans la névrose, le sujet parvient à réduire la place de l’objet pour entrer dans un processus de symbolisation. Il refoule les désirs interdits et les symptômes sont le moyen de faire valoir la jouissance interdite, des symptômes qui peuvent être déchiffrés par l’inconscient dans le processus analytique. », p. 158.

Lacadée Ph.

♠ La vraie vie à l’école, Paris, Michèle, 2013.
« La violence, pour tout être humain, concerne le ça freudien, soit un réel en jeu qu’il s’agit non pas de vouloir éradiquer, mais de situer à sa juste place afin d’y convoquer le voile, soit les semblants nécessaires pour la maintenir dans une mesure vivable pour tous. », p. 120.

Laurent É.

♠ « L’orientation lacanienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 4 décembre 1996, inédit.
« C’est la solution que trouve Törless, il y a un envers du monde, c’est incommensurable, il y a un point, si on veut c’est comme le point d’inflexion du plan projectif, ça fait toujours fêlure, ça vous fait basculer d’un côté ou de l’autre, on ne peut pas s’en sortir par la comparaison. Cette solution, c’est l’envers de la psychanalyse, c’est un oubli de soi, c’est l’oubli de soi que construit l’œuvre même, la distance qu’a réussi à prendre Musil à l’égard de ce qu’il a traversé. Ce n’est pas la voie psychanalytique, mais c’est ce qu’il a trouvé et qu’il a laissé en effet à l’égard du langage, et à l’égard de l’Autre, dans cette position de satire, je le disais, qui annonce la première partie de L’homme sans qualités. »

♠ « L’orientation lacanienne. Un effort de poésie », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 22 janvier 2003, inédit.
« L’orientation sur le partenaire-symptôme permet aussi de proposer autre chose. Un mode de jouir suffisamment hors-corps pour ne pas s’identifier dans un repli communautaire et narcissique. Un symptôme tel qu’on ne chercherait pas à ce que son corps s’y identifie, parce ce que la seule façon de s’y reconnaître dans un symptôme, c’est d’utiliser l’image du corps, le i(a), parce que là on s’y reconnaît. C’est la mauvaise identification au symptôme, l’identification communautarisme. La perspective que propose l’enseignement de Lacan, c’est une autre identification au symptôme, un mode suffisamment hors-corps donc qui ferait considérer le symptôme comme une voie vers le réel sans pour autant y croire. »

Leguil C.

♠ « Présentation », Cf. Freud S., Totem et Tabou (1912-1913), Paris, Points, 2010.
« Pourquoi Freud l’inventeur de la psychanalyse s’intéresse-t-il lui aussi à l’homme de l’état de nature, à cet homme qui n’aurait pas encore été déformé par la civilisation ? […] Est-ce que parce que, en écoutant les paroles de ses patients qui souffrent de ne pas savoir ce qu’ils désirent, il perçoit, comme l’auteur du Discours sur l’origine de l’inégalité, que “l’état de réflexion est un état contre nature et que l’homme qui médite est un animal dépravé” ? Découvrant que c’est la morale civilisée qui produit les conflits psychiques poussant les individus à se réfugier dans la névrose, […] Freud ne croit pas qu’on puisse trouver le bonheur en échappant à la civilisation. Néanmoins, il y a bien une filiation souterraine de Rousseau à Freud. Les restrictions que les hommes se sont imposées dans la civilisation les auraient rendus malades. Leurs ruminations et leurs obsessions les empêcheraient d’agir. Les symptômes des névrosés sont à la fois de leur propre ouvrage et celui de leur époque. […] Mais l’objectif de Freud est nouveau. Il s’agit de prouver l’existence de l’inconscient et de ses lois, si étranges du point de vue de la conscience. Il entend avancer dans le combat contre l’obscurantisme en montrant à ses contemporains que l’être humain est aussi démuni face à son propre fonctionnement psychique qu’il l’est face à celui d’un étranger qui parle une langue qu’il ne connaît pas. », p. 14-16.

« Totem et Tabou, […] c’est l’effort de Freud pour établir des concordances entre la vie psychique des sauvages et celle des névrosés. Quelque chose de la vie psychiques des peuples primitifs fait écho à celle des névrosés, comme si les névrosés, à travers leurs symptômes, retrouvaient un rapport au monde qui était celui des premiers hommes. […] Le point de vue de Freud n’est pas comparatif : il ne cherche pas à introduire une mesure qui interprèterait la névrose comme une régression à un degré antérieur de civilisation. La concordance que Freud met en lumière est plutôt à l’honneur des sauvages, qui nous permettent de saisir le sens des symptômes des névrosés. […] Ainsi la vie psychique des sauvages nous offre-t-elle en quelque sorte le spectacle de l’inconscient à ciel ouvert. », p. 17.


Posts-freudiens

Friedlander K.

♠  La délinquance juvénile. Études psychanalytiques, Paris, PUF, 1951.
« L’enfant réagit par de l’agressivité aux frustrations qu’on lui impose et l’adulte agit de la même façon. Chez celui dont le niveau moral est très élevé, cette agressivité ne pouvant trouver de débouché au dehors se retourne contre lui-même. De la même façon que pour les sentiments agressifs de la phase œdipienne, ces tendances hostiles s’ajoutent à la conscience morale et la contraignent à redoubler de rigueur à l’égard du moi. Certaines personnes d’une moralité très stricte souffrent d’un intense sentiment de culpabilité parce qu’elles renoncent, bien plus que d’autres, à leurs besoins instinctuels. », p. 46.


Les amis du Champ freudien

Dolan X.

♠ « J’ai tout le temps peur de mourir ou ne plus pouvoir m’exprimer », 08 octobre 2014, www.telerama.fr/cinema/xavier-dolan-il-faut-voir-grand-s-adresser-au-plus-de-monde-possible, 116365.php
« Je me projette dans tous mes personnages, à chaque film. Là, ce ne sont pas les conditions réelles de l’adolescence que j’ai vécue – ma mère est fonctionnaire de l’Éducation nationale, mon père, saltimbanque ; on n’était ni riches ni pauvres. Mais il s’agit bien de la colère, de la très grande violence que je porte en moi. Et que j’ai réussi, heureusement, ces dernières années, à canaliser à travers le cinéma. »

Sigmund Freud

♠  « Remarques sur un cas de névrose de contrainte. L’homme aux rats », Cinq psychanalyses, Paris, puf, 1954.
« Lorsqu’il était très petit […], il avait commis quelque méfait que son père avait puni par des coups. Le petit se serait alors mis dans une rage terrible et aurait injurié son père pendant que celui-ci le châtiait. Mais ne connaissant pas encore de jurons, l’enfant lui aurait crié toutes sortes de noms d’objets, tels que : “Toi lampe ! Toi serviette ! Toi assiette ! etc.” Le père, bouleversé par cette explosion intempestive, s’arrêta net et s’exclama : “ce petit-là deviendra ou bien un grand homme ou bien un grand criminel.” Il estime que l’impression faite par cette scène, aussi bien sur lui que sur le père, a eu un effet durable. Le père ne l’a plus jamais rossé ; mais lui-même fait dériver de cette expérience vécue une partie de la modification de son caractère. C’est par angoisse devant l’intensité de sa fureur qu’il est devenu lâche. », p. 233.

♠ Le malaise dans la civilisation, Paris, Points, 2010.
« Ce qui s’agite, dans une société humaine, en fait d’élans vers la liberté, peut être une révolte contre une injustice existante et favoriser ainsi une nouvelle évolution de la civilisation, rester conciliable avec elle. », p. 94.

♠ Pourquoi la guerre ?, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2005.
« Le droit de la communauté sera, dès lors, l’expression de ses inégalités de pouvoirs […]. À partir de ce moment-là, l’ordre légal se trouve exposé à des perturbations de deux provenances : tout d’abord de l’un ou de l’autre des seigneurs pour s’élever au-dessus des restrictions appliquées à tous ses égaux, pour revenir, par conséquent, du règne du droit au règne de la violence; en second lieu, les efforts constant des sujets pour élargir leur pouvoir et voir ces modifications reconnues dans la loi, donc pour réclamer, au contraire, le passage du droit inégal au droit égal pour tous. […] Le droit peut alors s’adapter insensiblement à ces nouvelles conditions ou, ce qui est le plus fréquent, la classe dirigeante n’est pas disposée à tenir compte de ce changement : c’est l’insurrection, la guerre civile, d’où la suppression momentanée du droit, et de nouveaux coups de force, à l’issue desquels s’instaure un nouveau régime de droit. », p. 47-48.

Jacques Lacan

♠ « Propos sur la causalité psychique », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Cette méconnaissance se révèle dans la révolte, par où le fou veut imposer la loi de son cœur à ce qui lui apparaît comme le désordre du monde, entreprise “insensée” – mais non pas en ce qu’elle est un défaut d’adaptation à la vie, formule qu’on entend couramment dans nos milieux, encore que la moindre réflexion sur notre expérience doive nous en démontrer la déshonorante inanité –, entreprise insensée, dis-je donc, en ceci plutôt que le sujet ne reconnaît pas dans ce désordre du monde la manifestation même de son être actuel, et que ce qu’il ressent comme loi de son cœur, n’est que l’image inversée, autant que virtuelle, de ce même être. Il le méconnaît donc doublement, et précisément pour en dédoubler l’actualité et la virtualité. Or il ne peut échapper à cette actualité que par cette virtualité. Son être est donc enfermé dans un cercle, sauf à ce qu’il le rompe par quelque violence où, portant son coup contre ce qui lui apparaît comme le désordre, il se frappe lui-même par voie de contre-coup social. », p. 171-172.

♠  Le Séminaire, livre IX, « L’identification », leçon du 28 mars 1962, inédit.
« Qu’est-ce que veut dire cette sorte de “transfert à la mère ” – incarnée dans la Nature – d’une certaine et fondamentale abomination de tous ses actes ? Est-ce que ceci doit nous dissimuler ce dont il s’agit, et qu’on nous dit pourtant qu’il s’agit, en l’imitant dans ses actes de destruction, et en les poussant jusqu’au dernier terme par une volonté appliquée, à la forcer à recréer autre chose. C’est-à-dire quoi ? Redonner sa place au Créateur. En fin de compte, au dernier terme, Sade l’a dit sans le savoir, il articule ceci, par son énonciation : “Je te donne ta réalité abominable, à toi le Père, en me substituant à toi dans cette action violente contre la mère.” Bien sûr, la restitution mythique de l’objet au rien ne vise pas seulement la victime privilégiée, en fin de compte adorée comme objet du désir, mais la multitude même par millions de tout ce qui est. Rappelez-vous les complots antisociaux des héros de Sade : cette restitution de l’objet au rien simule essentiellement l’anéantissement de la puissance signifiante. C’est là l’autre terme contradictoire de ce foncier rapport à l’Autre tel qu’il s’institue dans le désir sadien. Et il est suffisamment indiqué dans le vœu dernier testamentaire de Sade : en tant qu’il vise précisément ce terme que j’ai spécifié pour vous de “la seconde mort”, la mort de l’être même, en tant que Sade, dans son testament, spécifie que de sa tombe et intentionnellement de sa mémoire, malgré qu’il soit écrivain, il ne doit littéralement rester pas de trace. Et le fourré doit être reconstitué sur la place où il aura été inhumé. Que de lui essentiellement comme sujet, c’est le “pas de trace” qui indique là où il veut s’affirmer, très précisément comme ce que j’ai appelé “l’anéantissement de la puissance signifiante”. »

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004.
« Quoi qu’il en soit, il est certain que la traduction, qui a été admise, de Triebregung par émoi pulsionnel, est tout à fait impropre, et justement de toute la distance qu’il y a entre l’émotion et l’émoi. L’émoi est trouble, chute de puissance, la Regung est stimulation, appel au désordre, voire à l’émeute. », p. 22.

« Nous avons toujours affaire à ce petit a qui, lui, n’est pas sur la scène, mais qui ne demande à chaque instant qu’à y monter pour introduire son discours dans celui qui continue à se tenir sur la scène, fût-ce à y jeter le désordre, la pagaille en disant Trêve de tragédie, comme aussi bien Trêve de comédie, encore que ce soit un peu mieux comme ça. », p. 164.

♠ Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991.
« À la vérité, c’est assurément une occasion de remarquer que ce n’est jamais un excès – en quelque façon que ce soit – par l’excès de quelqu’un d’autre qu’on se montre, au moins apparemment, excédé́. C’est toujours parce que cet excès vient coïncider avec un excès à vous. C’est parce que moi, j’étais déjà̀ sur ce point dans un certain état qui représentait un excès de préoccupation, que sans doute je me suis manifesté ainsi d’une façon que j’ai trouvée très vite intempestive. », p. 10.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation lacanienne. Le banquet des analystes », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 15 novembre 1989, inédit.
« Lacan […] n’a fait que traduire une phrase de Freud dans son Malaise dans la civilisation, selon laquelle l’effet de la renonciation pulsionnelle sur la conscience, et en particulier le fait que le sujet abandonne la satisfaction que lui donne la pulsion agressive, produit que chaque morceau de cette satisfaction est repris par le surmoi et accroît l’agressivité de celui-ci contre le moi. C’est ce que Lacan traduit exactement en disant qu’on n’est jamais coupable que de ce que Freud appelle une renonciation pulsionnelle. C’est la renonciation pulsionnelle elle-même qui paradoxalement nourrit la culpabilité. »

♠ « Clinique ironique », La Cause freudienne, n°23, février 1993.
« Pour construire cette perspective clinique, il faudrait atteindre à l’ironie infernale du schizophrène, celle dont il fait une arme qui, dit Lacan, porte à la racine de toute relation sociale. […] J’ajoute que c’est le seul sujet à ne pas se défendre du réel au moyen du symbolique […]. L’ironie au contraire n’est pas de l’Autre, elle est du sujet, et elle va contre l’Autre. Que dit l’ironie ? Elle dit que l’Autre n’existe pas. », p. 7.

♠ « L’orientation lacanienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université paris VIII, cours du 18 décembre 1996, inédit.
« La rouspétance, c’est un terme d’argot bien sûr, qui est attesté depuis les débuts de la IIIe République. Ça désigne une protestation contre l’injustice, mais non pas faite dans des formes légales, sublimées, mais tout de même sous la forme d’une sorte de bavardage hargneux, comportant une dimension de stagnation. Le rouspéteur, ça n’est pas le révolté. La rouspétance comporte une dimension de stagnation, disons d’impuissance à résister à une force supérieure qui s’impose. »

♠  « L’orientation lacanienne. Le lieu et le lien », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 13 juin 2006, inédit.
« Le dernier enseignement de Lacan tend au contraire à assimiler la psychanalyse à la poésie, c’est-à-dire à un jeu sur le sens toujours double du signifiant Sens propre et sens figuré, sens lexical et sens contextuel. C’est ce que la poésie exploite pour, comme dit Lacan, faire violence à l’usage commun de la langue. »

♠ « L’orientation lacanienne. Illuminations profanes », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 1er mars 2006, inédit.
« Comment rendre compte de la révolte [de Mai 68 ?]. La vérité fait la grève, comment faut-il l’entendre ? D’habitude, elle fonctionne pour chacun, le même chacun que j’évoquais concernant le symptôme. Et là […], la vérité s’arrête pour chacun et elle passe au collectif […]. C’est au fond là en effet le grand déversoir de la vérité avec laquelle on n’a plus le rapport en quelque sorte symptomal qui était évoqué. Au contraire, là, l’identification au collectif de chacun, ou l’identification constituante du collectif libère de ce poids pour chacun. […]. C’est, au fond : quelle est la vérité des vérités ? C’est que, en société, dans l’ordre qui s’établit d’un Autre avec majuscule, en société on renonce à la jouissance. »

♠ « L’orientation lacanienne. Le tout dernier Lacan », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 28 mars 2007, inédit.
« Il pense la poésie à partir d’un symbolique qui serait inclus dans l’imaginaire et alors : développement sur la violence faite à l’usage de la langue. On saisit ici l’opposition qu’il y a entre ce qui est le sens, le sens comme imaginaire, et le sens commun, et l’ancrage que la poésie lui donne et par-là même le forçage auquel elle l’oblige en maniant le signifiant. Disons qu’il n’est de poésie que par la violence faite à l’usage commun courant de la langue à partir de la manipulation du signifiant. Et curieusement, Lacan peut dire : ça c’est la vérité, ça s’appelle la vérité. »

♠ « Comment se révolter ? », La Cause freudienne, n° 75, février 2010.
« Cette notation indique que la révolte est disjointe du savoir ; elle est sans médiation. La révolte à proprement parler ne pense pas et se distingue en cela de la subversion, entreprise de longue haleine qui demande la connaissance approfondie de l’ordre qu’il s’agit de ruiner, de renverser. », p. 213.


Les auteurs du Champ freudien

Zuliani É.

♠ « Les insurrections du désir », Malappris, n°10, Publication en ligne du blog Désir ou Dressage, 14 septembre 2017.
« En 1946, dans un article sur la psychiatrie anglaise et les soldats qui présentaient ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui des troubles du comportement, le Dr Lacan fait cette remarque : “ce n’est pas d’une trop grande indocilité que viendront les dangers de l’avenir humain. […] Par contre le développement qui va croître en ce siècle des moyens d’agir sur le psychisme, un maniement concerté des images et des passions […] seront l’occasion de nouveaux abus de pouvoir”. Il offre là une indication au praticien du champ psy qui veut s’orienter, en donnant une dignité à l’indocilité, à la révolte pourrait-on dire – manière de nommer le désir – […] Indocile n’est pourtant pas un diagnostic, mais il permet d’apercevoir la place importante du non, du refus chez les sujets que nous accueillons. Les psychologues de l’enfance ont découvert que le non structure le sujet, quand il s’énonce sur fond d’un consentement. Quand devient-il alors pathologique ? Quand il est radical refus. Même dans ces cas, le non reste l’expression d’une “insurrection de a” dans le sujet et, à ce titre, c’est d’abord le sujet lui-même qui a affaire à quelque chose qui se refuse en lui. Un désir peut s’en déduire. »


Post-freudiens

Donald W. Winnicott

♠ « Concepts actuels du développement de l’adolescent : leurs conséquences quant à l’éducation », Jeu et réalité, Paris, Gallimard, nrf, 1975.
« Toutefois, les choses sont différentes quand, selon une politique délibérée, les adultes renoncent à leurs responsabilités. En effet, on peut estimer qu’agir de la sorte, c’est laisser tomber vos enfants (à un moment critique). À ce jeu de la vie, vous abdiquez précisément au moment où ils viennent pour vous tuer. […] Se rebeller n’a plus de sens, l’adolescent qui remporte trop tôt la victoire est pris à son propre piège. Il doit se transformer en dictateur et attendre d’être tué – d’être tué, non par la nouvelle génération de ses propres enfants, mais par celle de ses frères et sœurs. Naturellement, il cherche à exercer sur eux un contrôle. C’est là un des nombreux lieux où la société ignore, à ses risques et périls, la motivation inconsciente. », p. 201.

« Il convient de ne pas oublier que la rébellion fait partie de la liberté que vous avez donnée à votre enfant en l’élevant pour qu’il existe de son plein droit. », p. 200.

♠ « L’agressivité et ses racines », Agressivité, culpabilité et réparation, Paris, Payot, 1984.
« J’opposerai d’abord l’enfant téméraire et l’enfant craintif. L’un exprime ouvertement son agressivité et y trouve un soulagement. L’autre pense que l’agressivité n’est pas en lui ; il croit qu’elle est ailleurs, il en a peur et craint qu’elle ne vienne du monde extérieur. », p. 31.

« Si les processus de maturation se mettent en place graduellement, le nourrisson peut détruire, haïr, donner des coups de pieds et hurler au lieu d’anéantir le monde de façon magique. C’est ainsi que l’agressivité peut être considérée comme un accomplissement. Contrairement à la destruction magique, les idées et les comportements agressifs prennent une valeur positive et la haine indique que l’enfant se civilise. », p. 38.


Les amis du Champ freudien

Appanah N.

♠ Tropique de la violence, Paris, Gallimard, 2016.
« Je m’appelle Moïse, j’ai quinze ans et, à l’aube, j’ai tué. Je voudrais qu’on sache que j’ai à peine appuyé sur la détente, si Marie était là, je le lui aurais dit, à elle, j’aurais dit comme ça j’ai à peine appuyé Mam et le coup est parti et elle m’aurait cru, elle, mais ça fait plus d’une année que Marie n’est plus là. Je suis seul et j’ai tué Bruce, à l’aube dans les bois. Bruce et son corps de sauvage et son cerveau de malade et sa langue de serpent, Bruce qui me, qui m’avait… Je l’ai tué. », p. 33-34.

« Je me lève et je vais m’asseoir par terre. Peut-être que ça m’a quitté tout ça, le désespoir, la colère, la violence, ces sentiments qui rongent de l’intérieur et qui font gratter un banc de ciment, balancer des grands coups de pied dans la porte, tuer, ou frapper sa tête contre un mur comme l’a fait le type qui était ici tout à l’heure. », p. 36.

« J’ai pensé à un garçon né il y a quinze ans sur une île des Comores et qui aurait pu avoir une autre vie s’il était né avec deux yeux noirs. Je me suis demandé ce qu’il aurait pu faire ce gamin-là pour briser ses chaînes, pour contourner son chemin commencé dans la violence, l’ignorance et le dégoût. Je me suis demandé si, en réalité, il n’était pas foutu d’avance, ce garçon-là, et, avec lui, tous les garçons et les filles nés comme lui, au mauvais endroit, au mauvais moment. », p. 171-172.

Barthes R.

♠ « Zazie et la littérature », Paris, Seuil, Essais critiques, 1964, p. 129-135.
« Zazie veut son coca-cola, son blue jean, son métro, elle ne parle que l’impératif ou l’optatif, et c’est pour cela que son langage est à l’abri de toute dérision. Et c’est de ce langage-objet que Zazie émerge, de temps à autre, pour fixer de sa clausule assassine [– mon cul –] le métalangage des grandes personnes. […] Face à l’impératif […] du langage-objet, son mode principiel est l’indicatif, sorte de degré zéro de l’acte destiné à représenter le réel. », p. 129-135.

Cocteau J.

♠ Les Enfants terribles, Paris, Grasset, 1929.
« Mais, en cinquième, la force qui s’éveille se trouve encore soumise aux instincts ténébreux de l’enfance. Instincts animaux, végétaux, dont il est difficile de surprendre l’exercice, parce que la mémoire ne les conserve pas plus que le souvenir de certaines douleurs et que les enfants se taisent à l’approche des grandes personnes. Ils se taisent, ils reprennent l’allure d’un autre monde. Ces grands comédiens savent d’un seul coup se hérisser de pointes comme une bête ou s’armer d’humble douceur comme une plante et ne divulguent jamais les rites obscurs de leur religion. À peine savons-nous qu’elle exige des ruses, des victimes, des jugements sommaires, des épouvantes, des supplices, des sacrifices humains. Les détails restent dans l’ombre et les fidèles possèdent leur idiome qui empêcherait de les comprendre si d’aventure on les entendait sans être vu. », p. 16.

Genet J.

♠ Journal du voleur, Paris, Gallimard, 1949.
« Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c’est en vous qu’elle produit des remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite. », p. 14.

Korczak J.

♠  Le droit de l’enfant au respect, Paris, Fabert, 2009.
« Les erreurs et les manquements ne requièrent qu’une compréhension patiente et bienveillante. Les enfants délinquants, eux, ont besoin d’amour. Leur révolte pleine de colère est juste. Il faut en vouloir à la vertu facile, s’allier au vice solitaire et maudit. », p. 49.

Oates J. C.

♠ Confessions d’un gang de filles, Paris, Livre de poche, 2014.
« Parce que tu crois que je suis né comme ça, moi, avec l’envie de taper, de mordre, de rentrer dedans, moi aussi je voudrais dire avec une petite voix et le regard au loin quel est mon endroit préféré dans ce pays. Moi aussi je voudrais que quelqu’un me prépare un bol de céréales, tu crois que je n’aurais pas aimé qu’on m’emmène pique-niquer près du lac Dziani ou sur l’îlot de sable blanc là-bas, ou nager avec les dauphins. Voir mon propre pays, tu crois que j’aurais pas aimé ça, moi ? », p. 45.

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