Édito : com­ment passe-t-on du 0 à 1 ?

Par Valeria Sommer-Dupont 

2020-2021 : comment passe-t-on du 0 à 1 ? Rien de plus sûr qu’une série.

Le calendrier est une convention sociale. La preuve : il n’y en a pas qu’un dans le monde. Si une partie de l’humanité se croit en 2021, une autre est en 4719, ou encore en 4718, voire en 5781… Si tout le monde ne compte pas pareil, dès que l’on commence à compter, le vivant s’en trouve modifié. Ce n’est pas qu’un fait abstrait : fin décembre, champagne et foie gras, les corps prennent du poids. Le symbolique altère le réel. Ce n’est pas la nature qui dicte le régime alimentaire. Décembre, en Argentine, c’est l’été, les sapins sont en plastique et l’on mange aussi des plats dits d’hiver.

Les textes de Daniel Roy, Patricia Bosquin-Caroz et Hélène Bonnaud recueillis dans ce Zappeur pointent chacun à leur manière cet aspect « économique », « pulsionnel », « motériel » dans la sexuation du corps du jeune parlêtre, qui est au-delà, ou en-deçà du symbolique, des conventions et des discours établis.

Les deux aspects, imaginaire-symbolique, d’un côté, et réel, de l’autre, sont indissociables et entretiennent entre eux des rapports topologiques et nodaux bien précis. À la lecture de ces trois textes, nous mesurons combien il est important de tenir compte des nouages singuliers de chaque Un, c’est cela l’orientation lacanienne. Pas l’un sans l’autre, ni l’un plus que l’autre. Pas la jouissance plus que le sens, ni le sens plus que la jouissance, mais les deux dans une interaction singulière et dans un temps inhomogène [1].

Bonne année et meilleurs vœux !

 

 

[1] Cf. Miller J.-A., « Introduction à l’érotique du temps », La Cause freudienne, vol. 56, no. 1, 2004, p. 85.