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Du dépistage au pistage… exit le soin ?

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Il y a vingt ans, alors que le démantèlement des soins en secteur pédopsychiatrique était à ses débuts, les internats de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) accueillaient de plus en plus d’enfants avec des pathologies psychiques ou des états autistiques. Ces lieux, moins coûteux que les établissements spécialisés, se sont substitués aux internats pédopsychiatriques, aux hôpitaux de jour, voire à certains Instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques (ITEP).

Dépistage

Un constat : depuis l’ouverture des Centre ressources Autisme (CRA), des Plateformes de coordination et d’orientation (PCO) et autres services d’experts en CHU, le « dépistage » est partout. Il contamine toute institution jusqu’à celles de l’ASE où j’interviens comme psychologue clinicienne.

La liste d’attente des enfants devant passer entre les mains d’un expert est longue. Nombre de dossiers déposés à la Maison départementale des Personnes handicapées (MDPH) sont rejetés s’il n’y a pas d’avis positif établi par les experts. Le diagnostic et le travail thérapeutique des professionnels de terrain sont à présent minimisés.

Si la preuve dite scientifique d’un Trouble du neuro développement (TND) n’est pas mise en lumière via une IRM ou autre examen médical, la problématique de ces enfants est réduite à une pure réalité sociale – le « social » est devenu un mot passe-partout bien commode au niveau des autorités politiques et administratives, pour refuser des aides de la MDPH. Tandis que la réalité psychique des enfants est niée.

Pistage

Au dépistage s’ajoute le pistage, organisé pour inclure les enfants dans des cohortes de programme de recherche. Des enfants, parfois repérés dès la maternité, sont ainsi suivis à la trace, pendant leurs 10 premières années. Pour la cohorte ESPER (Étude de cohorte prospective des enfants protégés), par exemple, avec le programme PEGASE (Protocole de santé standardisé appliqué aux enfants bénéficiant avant l’âge de 5 ans d’une mesure de protection de l’enfance), il s’agit de remplir des questionnaires pour récolter des données sur des enfants pris en charge dans des pouponnières sociales de l’ASE. Une description de leur état de santé physique et psychique est demandée, ainsi qu’une évaluation de leur développement.

L’objectif annoncé est de structurer le suivi sanitaire des enfants de l’ASE. Nous ignorons en fait le devenir de toutes ces données. Mais nous savons parallèlement qu’il est demandé aux juges des enfants et aux directions territoriales de diminuer le nombre d’enfants placés à l’ASE : la volonté est de les laisser au maximum dans leur famille et, si les en extraire est requis pour leur protection, qu’ils y retournent vite.

Sans soin

Ce qui est alarmant : à aucun moment la question du soin psychique ne se pose, et encore moins, celle du soin singulier pris dans une relation de confiance du patient au clinicien soutenue par le désir de ce dernier.

Récemment, je me suis entendu dire par un professionnel travaillant dans sa tour d’ivoire, loin de l’institution : « Dans les tableaux que vous devez remplir, le travail de diagnostic et psychothérapeutique du psychologue en institution ne compte pas. » La direction de notre institution soutient mon travail – reconnu depuis des années, mais balayé en un éclair par cette parole virulente. Si elle déplore ces propos, rien n’y change du côté de l’interlocuteur exécutant la commande de la Haute Autorité de santé (HAS). Nous lui avons rétorqué qu’il ne peut déconsidérer ce travail de soin, au cas par cas, qui a des effets thérapeutiques ; ces enfants s’en trouvent apaisés. Sa seule réponse : « ça ne fait pas partie de l’enquête et des statistiques demandées ».

L’apport de preuves singulières, par des présentations cliniques anonymes, en prise directe sur la réalité sociale et psychique de ces enfants, n’est manifestement pas entendable par ladite autorité. Oser parler de symptôme et de soin psychique par la parole est devenu un péché. Ceux qui vous évaluent – y compris ceux qui vous y préparent – vous collent un hors-sujet et vous envoient au diable !

Eros contre Thanatos

L’enjeu à la clé : mettre dehors ce qui relève de la subjectivité psychique des enfants en camouflant leur différence et leur souffrance. Face à un tel constat, il ne faut pas baisser les bras, ni céder sur son désir, mais choisir de riposter. C’est un combat : Eros contre Thanatos, un choix éthique forcé parce qu’il touche au réel. Un combat d’actualité pour des enfants à protéger !

 

Dans les récits de situations cliniques, les passages permettant d’identifier les sujets ont été supprimés ou modifiés.

Textes

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