Le langage des « centres de compétence » spécialisés dans « le trouble alimentaire » nous renseigne sur la façon dont celui-ci est traité, chez tous jeunes, comme un symptôme au sens strictement organique et pas du côté de de leur subjectivité. C’est ce que je constate avec Noa, une collégienne suivie par une telle équipe dont il est difficile d’obtenir des informations précises. On ne trouve qu’une communication à visée promotionnelle sur internet, brouillée par des acronymes non dépliés.
Un diagnostic réglé sur les troubles de la conduite
Le diagnostic proclamé se règle sur la conduite de restriction et de compulsion alimentaire, sans prendre en compte que, chez Noa, la jouissance s’est fixée sur le vidage. Un coordinateur, qui n’a rencontré la jeune fille qu’une seule fois, la décrit pourtant comme ayant un « schéma cognitif erroné ». Et l’expert d’expliquer : « Noa pense qu’en restreignant son alimentation, elle va perdre du poids alors que c’est tout le contraire ». Le psychiatre, qui la reçoit bien en consultation, tourne les talons à la clinique en se plaignant d’« une analyse très limitée de la situation » de la part de Noa. Le traitement médicamenteux qu’il lui prescrit cible uniquement l’irritation de l’œsophage par anti-inflammatoires. Aucun traitement contre l’angoisse n’est envisagé, et lorsque ce point est interrogé, la question est ajournée. Après les bilans somatiques par le pédiatre et l’infirmière et le bilan diététique par une spécialiste, on propose à Noa des ateliers diététiques « pour se repérer ».
Trop contre trop
Une logique s’installe très vite entre l’équipe experte et Noa. Elle cherche à contourner chaque balise qu’on place devant elle. Cependant cela ne la trouble pas, elle commente même par un « ça va, ils sont gentils ». Mais ça lui revient par le phénomène de corps de la nausée.
La plateforme veut travailler « autour des impulsivités impliquées dans les VP (vomissements provoqués) » et logerait d’ailleurs le « suivi psy » à cet endroit si elle pouvait me passer commande. En « télé-expertise », réunion de coordination régulière, on rajoute « un outil » supplémentaire jusqu’à épuisement du stock, au fur et à mesure que la jeune fille « montre peu de motivation au changement ». Le dernier en date fut des temps d’observation à l’hôpital, avec des déjeuners imposés alors que c’est précisément ce point-là qui provoque « automatiquement » les vomissements. Noa reste figée devant son assiette avec l’infirmière. Elle en sort très mal à l’aise, « avec la nausée ». Elle ne peut regagner le collège ensuite comme c’était prévu. Sortant d’un deuxième temps d’observation, la nausée revient indiquant que la possibilité de parler est bouchée. Le suivi du centre expert exclue le point où se loge pour Noa l’impossible à supporter, il est « contre-productif » et Noa et ses parents ne tarderont pas à s’en apercevoir.
Dans le travail analytique, il s’agit de faire place au dire de la jeune fille, et de provoquer un petit transfert de la jouissance branchée sur le vidage vers la jouissance de la parole.

