Les plateformes de coordination et d’orientation (P.C.O.), sont un dispositif départemental visant à mettre en place des soins rééducatifs précoces pour des enfants pour lesquels est suspecté un « trouble du neurodéveloppement ». Sensées raccourcir les délais jugés trop longs des listes d’attente des Centres Médico-Psychologiques (C.M.P.), elles peuvent néanmoins leur réadresser les enfants pris en charge s’il est estimé que les soins n’ont pas été suffisants au terme de leur intervention. Je décrirai trois situations cliniques d’enfants reçus par le C.M.P. dans lequel j’exerce et pour lesquels la P.C.O. était impliquée.
A., 4 ans, est reçu en consultation avec sa mère qui fait alors mention d’un suivi en psychomotricité libérale, tout juste mis en place par la P.C.O. Les professionnels de la plateforme sont contactés à sa demande. Lors de la consultation suivante, la mère est furieuse car les séances ont été brutalement interrompues, au motif que l’admission en C.M.P. constitue un critère d’arrêt pour les soins de la P.C.O. Ce que ce dispositif nous confirme. Il est alors incompréhensible pour cette mère que le C.M.P. ne prenne pas immédiatement et sans interruption le relais des séances. Cette insatisfaction prend toute la place dans les rencontres avec les professionnels de l’institution.
B. est une petite fille qui est adressée au C.M.P. à l’âge de 6 ans. Son parcours P.C.O. touche à sa fin, et c’est cette plateforme qui a directement demandé une consultation, adressant des compte-rendus par mail avant toute rencontre des parents. Ces derniers ont repris à leur compte le diagnostic de trouble du spectre autistique T.S.A. posé par la plateforme, non pas pour accepter mais pour refuser les dispositifs spécialisés proposés, revendiquant l’obligation d’intégration des enfants T.S.A. en milieu ordinaire. Il est alors demandé au C.M.P. de faire accepter à ces parents les dispositifs voulus par les spécialistes et non l’école ordinaire pour laquelle les parents insistent, ce qui leur vaut une menace de signalement.
Enfin, C., 7 ans, est reçu au C.M.P. depuis un an par une psychologue clinicienne, lorsque ses parents nous apprennent que l’école les a orientés vers la P.C.O. Un T.D.A.H. (trouble déficit de l’attention avec hyperactivité) est suspecté, et comme le C.M.P. n’a pas retenu ce diagnostic, la P.C.O. est demandée pour que des soins jugés plus adéquats soient mis en place. Un traitement médicamenteux par méthylphénidate est évoqué aux parents par l’école, certaine que ce diagnostic et ce traitement seront préconisés par la plateforme.
Quelles ont été les suites pour ces trois enfants ? Le jeune A. a poursuivi une scolarité ordinaire, aucun trait autistique n’ayant été retrouvé dans les rencontres au C.M.P. B. est toujours suivie actuellement, un dialogue constant s’est établi entre le C.M.P., l’école ordinaire où elle est inscrite, et les parents qui sont restés décidés dans leurs choix. Elle n’écrit pas encore, mais lit désormais. Quant à C., il rencontre toujours la psychologue qui le connaît et les parents n’ont pas souhaité s’inscrire dans une démarche vers la P.C.O.
Ainsi, dans ces trois exemples, le C.M.P. est mis au rang de prestataire et d’exécutant du spécialiste, Autre qui détient le savoir. Il a donc fallu l’acte institutionnel de refuser cette place, pour permettre une rencontre, sans préjuger de savoir si les choix des parents étaient les bons ou les mauvais, et en tenant compte de leurs représentations. Refuser de définir à l’avance quelle sera la « bonne trajectoire », permet de ne rien rendre impossible a priori.
Dans les récits de situations cliniques, les passages permettant d’identifier les sujets ont été supprimés ou modifiés.

