Make America great again

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Par |2019-02-03T22:14:32+00:0022 janvier 2019|Mots-clés : , , , , |
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La vérité, selon l’adage, sort de la bouche des enfants. L’enfant violent aurait d’abord été un petit homme pur, réduction d’un être mûr en devenir. Les pedia chez les Grecs comme les éphèbes chez les Romains sont là pour en témoigner : une philopedia ? Rousseau disait que l’homme est naturellement bon, mais la société l’éloigne de la bonté originelle, le déprave et le pervertit. Cette conception de l’enfant sauvage a soi-disant évolué.Pour exemple, le bébé est né : His majesty the baby ! L’enfant roi a droit au chapitre et tout lui est permis. Vous connaissez la suite : tyrannie des berceaux, enfer des parents, sacerdoce des enseignants, cabinet des analystes… Viendra ensuite l’adolescent avec son lot de troubles et d’humeurs parfois ravageants. L’enfant comme l’adolescent sont des termes modernes ; ils naissent quand cesse l’industrialisation de masse. L’enfant à la mine, l’adolescent au charbon. La rage de Gavroche sur les barricades et celle des minots dépeinte par Zola soulignent cette prétendue évolution. Mais reste l’Amérique avec son rêve éblouissant et sa vertu légendaire.

Toujours l’artiste précède la psychanalyse, disaient Freud et Lacan. Prenons deux cas issus de la fiction : Kevin et Merry ; deux enfants dont le parcours est marqué par la haine, la violence et l’horreur. Le garçon, après un bras de fer autistique, commettra un crime de masse. Merry, après une éducation doucereuse, deviendra terroriste. Personnages tirés, pour Kevin, du roman de Lionel Shriver1, et pour Merry, du livre de Philip Roth2. Après le carnage, la mère de Kevin dira : « Je veux qu’il se sente dans la peau d’un vulgaire môme idiot, lamentable et sans mystère. Je veux qu’il se sente bête, geignard, insignifiant. ». Pour les attentats commis par Merry, un mot du narrateur à propos du père de l’héroïne : « C’était juste un papa gâteau et un père idéal. Le roi-philosophe de la vie ordinaire. Il l’avait élevée dans toutes les idées modernes – il faut être rationnel avec ses enfants. Tout peut être permis, tout est pardonnable. ». Tout est dit, la messe est dite !

Il est question de la défaite de l’American Dream, de la relation parents/enfant – voulue angélique – comme métaphore des USA. Il s’agit en fait de la faillite des pères – leur laxisme les perd –, et du désespoir des mères. Pourtant, ils ne manquaient pas, les diagnostics précoces prononcés par des médecins, des psychiatres, des orthophonistes ! Mais les injonctions paradoxales fusaient et la jouissance obéissant à la pulsion de mort prenait le pas : l’objet regard chez Kevin, l’embrouille des discours chez Merry. Cette dernière oscillait de la certitude (engagement politique) à l’errance (secte Jaïn). Pour Kevin, l’ironie déployait sa férocité légendaire jusqu’au pire. Pourtant les parents mouillaient leur chemise pour une éducation impeccable. Cause perdue et conséquence certaine : la mort est au bout du tunnel. Reste la psychanalyse comme pharmakon

Normand Chabot

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Notes   [ + ]

1. Lionel Shriver, Il faut qu’on parle de Kevin. J’ai lu – Belfond, 2006, p. 380.
2. Philip Roth, Pastorale américaine. Gallimard – Folio, 1999, p. 104.