Bibliographie JIE5

Publié paru le 7 mars 2020

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Bibliographie JIE5

Par Institut de l’Enfant

Usez de la biblio­gra­phie évo­lu­tive, rai­son­née, non exhaus­tive, riche et incom­plète…

Il y a les biblio­graphes qui ont cher­ché tous les éclats pour don­ner de la lumière à ce qu’on entend dans « enfants vio­lents », ceux qui sont sai­sis par la chose vio­lente, ceux à qui les mots manquent, ceux qui rafis­tolent et ceux qui se révoltent.

Vous trou­ve­rez six axes d’entrées qui cherchent à se dépar­tir de l’idée que la vio­lence serait innée chez cer­tains enfants, au contraire, la vio­lence est un res­sort com­mun de la pul­sion de mort pour chaque par­lêtre. L’éliminer est chose vaine mais lui trou­ver d’autres échap­pées que son expres­sion brute est le pari de cette 5e Journée.

Équipe biblio : Fanny Levin, Claire Piette avec Adela Alcantud, Lena Burger, Béatrice Brault, Marianne Canolle, Christine Carteron, Philippe Cousty, Yohan De Schrijver, Nadège Duret, Maud Ferauge, Solenne Froc, Catherine Heule, Grégory Leduc, Christophe Le Poëc, Phénicia Leroy, Guillaume Libert, Hélène Loiret, Elena Madera, Raquel Matta, Rosana Montani, Ariane Oger, Martine Revel, Thomas Roïc, Christelle Sandras, Pascale Simonet, Agathe Sultan, Fernanda Xavier, Judith Zabala.

Sigmund Freud

♠ « Le méca­nisme psy­chique des phé­no­mènes hys­té­riques. Communication pré­li­mi­naire », Études sur l’hystérie, Paris, puf, 1992.
« Mais l’être humain trouve dans le lan­gage un équi­valent de l’acte, équi­valent grâce auquel l’affect peut être “abréagi” à peu près de la même façon. », p. 5–6.

♠  La ques­tion de l’analyse pro­fane, Paris, puf, 2012.
« Assurément, tout au com­men­ce­ment était l’acte, le mot vint plus tard ; ce fut sous bien des rap­ports un pro­grès cultu­rel que le moment où l’acte se modéra en deve­nant mot. », p. 10.

♠ « Le refou­le­ment », Métapsychologie, Paris, puf, 2010.
« Le des­tin du fac­teur quan­ti­ta­tif du repré­sen­tant pul­sion­nel peut être triple […] : la pul­sion est tout à fait répri­mée, de telle sorte qu’on ne trouve aucune trace d’elle ; ou elle se fait mani­feste sous forme d’un affect, doté d’une colo­ra­tion quan­ti­ta­tive quel­conque ; ou enfin elle est trans­for­mée en angoisse. », p. 55–56.

♠ « Deuil et mélan­co­lie », Métapsychologie, Paris, Gallimard, Folio Essai, 1991.
« Nous savions, bien sûr, depuis long­temps, qu’un névrosé n’éprouve pas d’intention sui­ci­daire qui ne soit le résul­tat d’un retour­ne­ment sur soi d’une impul­sion meur­trière contre autrui ; mais nous ne com­pre­nions tou­jours pas quel jeu de forces pou­vait trans­for­mer en acte une telle inten­tion. Or l’analyse de la mélan­co­lie nous enseigne que le moi ne peut se tuer que lorsqu’il peut, de par le retour de l’investissement d’objet, se trai­ter lui-même comme un objet, lorsqu’il lui est loi­sible de diri­ger contre lui-même l’hostilité qui vise un objet et qui repré­sente une réac­tion ori­gi­naire du moi contre des objets du monde exté­rieur. », p.160–161.

♠ Essais de psy­cha­na­lyse, Paris, Payot et Rivages, Petite Bibliothèque, 2001.
« Libido est une expres­sion pro­ve­nant de la doc­trine de l’affectivité. Nous appe­lons ainsi l’énergie, consi­dé­rée comme gran­deur quan­ti­ta­tive […] de ces pul­sions. », p. 166–167.

Jacques Lacan

♠ « Introduction au com­men­taire de Jean Hyppolite », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Ne savons-nous pas qu’aux confins où la parole se démet, com­mence le domaine de la vio­lence, et qu’elle y règne déjà, même sans qu’on l’y pro­voque. », p. 375.

♠ « L’agressivité en psy­cha­na­lyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Le dia­logue paraît en lui-même consti­tuer une renon­cia­tion à l’agressivité ; la phi­lo­so­phie depuis Socrate y a tou­jours mis son espoir de faire triom­pher la voie ration­nelle. Et pour­tant depuis le temps que Thrasymaque a fait sa sor­tie démente au début du grand dia­logue de La République, l’échec de la dia­lec­tique ver­bale ne s’est que trop sou­vent démon­tré. […] Particulièrement sera vite mani­feste [au patient], et d’ailleurs confir­mée, l’abstention de l’analyste à lui répondre sur aucun plan de conseil ou de pro­jet. […] Certes, en une plus inson­dable exi­gence du cœur, c’est la par­ti­ci­pa­tion à son mal que le malade attend de nous. Mais c’est la réac­tion hos­tile qui guide notre pru­dence et qui déjà ins­pi­rait à Freud sa mise en garde contre toute ten­ta­tion de jouer au pro­phète. Seuls les saints sont assez déta­chés de la plus pro­fonde des pas­sions com­munes pour évi­ter les contre­coups agres­sifs de la cha­rité. […] Au reste, com­ment nous éton­ner de ces réac­tions, nous qui dénon­çons les res­sorts agres­sifs cachés sous toutes les acti­vi­tés dites phi­lan­thro­piques. », p. 106–107.

« Mais qu’on ima­gine, pour nous com­prendre, ce qui se pas­se­rait chez un patient qui ver­rait dans son ana­lyste une réplique exacte de lui-même. Chacun sent que l’excès de ten­sion agres­sive ferait un tel obs­tacle à la mani­fes­ta­tion du trans­fert que son effet utile ne pour­rait se pro­duire qu’avec la plus grande len­teur, et c’est ce qui arrive dans cer­taines ana­lyses à fin didac­tique. L’imaginerons-nous, à la limite, vécue sous le mode d’étrangeté propre aux appré­hen­sions du double, cette situa­tion déclen­che­rait une angoisse immaî­tri­sable. », p. 109.

« La ten­dance agres­sive se révèle fon­da­men­tale dans une cer­taine série d’états signi­fi­ca­tifs de la per­son­na­lité, qui sont les psy­choses para­noïdes et para­noïaques. J’ai sou­li­gné dans mes tra­vaux qu’on pou­vait coor­don­ner par leur séria­tion stric­te­ment paral­lèle la qua­lité de la réac­tion agres­sive qu’on peut attendre de telle forme de para­noïa avec l’étape de la genèse men­tale repré­sen­tée par le délire symp­to­ma­tique de cette même forme. Relation qui appa­raît encore plus pro­fonde quand […] l’acte agres­sif résout la construc­tion déli­rante. Ainsi se série de façon conti­nue la réac­tion agres­sive, depuis l’explosion bru­tale autant qu’immotivée de l’acte à tra­vers toute la gamme des formes des bel­li­gé­rances jusqu’à la guerre froide des démons­tra­tions inter­pré­ta­tives, paral­lè­le­ment aux impu­ta­tions de noci­vité qui, sans par­ler du kakon obs­cur à quoi le para­noïde réfère sa dis­cor­dance de tout contact vital, s’étagent depuis la moti­va­tion, emprun­tée au registre d’un orga­ni­cisme très pri­mi­tif, du poi­son, à celle, magique, du malé­fice, télé­pa­thique, de l’influence, lésion­nelle, de l’intrusion phy­sique, abu­sive, du détour­ne­ment de l’intention, dépos­ses­sive, du vol du secret, pro­fa­na­toire, du viol de l’intimité, juri­dique, du pré­ju­dice, per­sé­cu­tive, de l’espionnage et de l’intimidation, pres­ti­gieuse, de la dif­fa­ma­tion et de l’atteinte à l’honneur, reven­di­ca­trice, du dom­mage et de l’exploitation. », p. 109–110.

♠ Le Séminaire, livre V, Les for­ma­tions de l’inconscient, Paris, Seuil,1998.
« Pour rap­pe­ler des choses de pre­mière évi­dence, la vio­lence est bien ce qui est essen­tiel dans l’agression, au moins sur le plan humain. Ce n’est pas la parole, c’est même exac­te­ment le contraire. Ce qui peut se pro­duire dans une rela­tion inter­hu­maine, c’est la vio­lence ou la parole. Si la vio­lence se dis­tingue dans son essence de la parole, la ques­tion peut se poser de savoir dans quelle mesure la vio­lence comme telle – pour la dis­tin­guer de l’usage que nous fai­sons du terme d’agressivité – peut être refou­lée, puisque nous avons posé comme prin­cipe que ne sau­rait être en prin­cipe refoulé que ce qui se révèle avoir accédé à la struc­ture de la parole, c’est-à-dire à une arti­cu­la­tion signi­fiante. Si ce qui est de l’ordre de l’agressivité arrive à être sym­bo­lisé et pris dans le méca­nisme de ce qui est refou­le­ment, incons­cience, de ce qui est ana­ly­sable, et même, disons-le de façon géné­rale, de ce qui est inter­pré­table, c’est par le biais du meurtre du sem­blable qui est latent dans la rela­tion ima­gi­naire. », p. 459–460.

♠ Le Séminaire, livre VII, L’éthique de la psy­cha­na­lyse, Paris, Seuil, 1986.
« Le miroir, à l’occasion, peut impli­quer les méca­nismes du nar­cis­sisme, et nom­mé­ment la dimi­nu­tion des­truc­tive, agres­sive que nous retrou­ve­rons par la suite. », p. 181.

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil-Champ freu­dien, 2004.
« La colère, vous ai-je dit, c’est ce qui se passe chez les sujets, quand les petites che­villes ne rentrent pas dans les petits trous. Cela veut dire quoi ? Quand au niveau de l’Autre, du signi­fiant, c’est-à-dire tou­jours, plus au moins, de la foi, de la bonne foi, on ne joue pas le jeu. Eh bien, c’est cela qui sus­cite la colère. », p.23.

« Les deux condi­tions essen­tielles de ce qui s’appelle, à pro­pre­ment par­ler, pas­sage à l’acte sont ici réa­li­sées. La pre­mière, c’est l’identification abso­lue du sujet à ce a à quoi il se réduit. […] La seconde, c’est la confron­ta­tion du désir et de la loi », p. 131.

« Ce lais­ser tom­ber est le cor­ré­lat essen­tiel du pas­sage à l’acte. Encore faut-il pré­ci­ser de quel côté il est vu, ce lais­ser tom­ber. Il est vu jus­te­ment du côté du sujet. Si vous vou­lez vous réfé­rer à la for­mule du fan­tasme, le pas­sage à l’acte est du côté du sujet en tant que celui-ci appa­raît effacé au maxi­mum par la barre. Le moment du pas­sage à l’acte est celui du plus grand embar­ras du sujet, avec l’addition com­por­te­men­tale de l’émotion comme désordre du mou­ve­ment. C’est alors que, de là où il est […], il se pré­ci­pite et bas­cule hors de la scène. Ceci est la struc­ture même du pas­sage à l’acte. […] Le sujet va dans la direc­tion de s’évader de la scène. C’est ce qui nous per­met de recon­naître le pas­sage à l’acte dans sa valeur propre, et d’en dis­tin­guer ce qui est tout autre, vous le ver­rez, à savoir l’acting-out. », p. 136–137.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation laca­nienne. Extimité », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 13 novembre 1985, inédit.
« C’est un point tour­nant, puisque c’est dans Le trans­fert que l’on trouve une dis­tri­bu­tion des sémi­naires à venir, en par­ti­cu­lier L’angoisse et L’identification, qui forment un contraste par rap­port à L’éthique qui s’annonce comme tra­gique et comme une re-formulation de la pul­sion de mort, à savoir comme l’entreprise de pen­ser la psy­cha­na­lyse à par­tir de la pul­sion de mort et par le biais de la loi morale en tant qu’elle com­porte pré­ci­sé­ment le rejet de tout patho­lo­gique, de tout pathos, rejet qui peut aller jusqu’à coû­ter la vie au sujet. Lacan a effec­tué là un fran­chis­se­ment dont il n’est pas sûr qu’il ait été réitéré. La pos­ture est là héroïque. Le héros sopho­cléen n’est, au terme, que le déchet de sa propre aven­ture. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Extimité », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 20 novembre 1985, inédit.
« Ce das Ding reste le point-pivot de L’éthique et du Transfert, sémi­naires qui ont ça d’étonnant qu’ils sont presque com­plè­te­ment sans mathèmes. Ils n’ont pas de mathèmes et ils disent quelque chose d’originel, quelque chose qui est comme d’avant le signi­fiant et qui se trouve comme hors signi­fié. C’est comme ça que Lacan défi­nit das Ding. Hors signi­fié, ça veut dire qu’on ne l’a pas encore fait signi­fier. C’est comme ce à quoi le sujet a rap­port avant tout refou­le­ment. C’est ce par rap­port à quoi le refou­le­ment est déjà une éla­bo­ra­tion. C’est le terme par rap­port à quoi il y a une défense pri­maire – le refou­le­ment appa­rais­sant, lui, comme une défense beau­coup plus éla­bo­rée. C’est comme une réa­lité muette par rap­port à quoi le sujet se consti­tue dans un rap­port pathé­tique d’affect pri­maire. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Extimité », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 27 novembre 1985, inédit.
« Il ne suf­fit pas de mettre en cause la haine de l’Autre, puisque, jus­te­ment, ça pose­rait la ques­tion de savoir pour­quoi cet Autre est Autre. Dans la haine de l’Autre, il est cer­tain qu’il y a quelque chose de plus que l’agressivité. Il y a une constante de cette agres­si­vité qui mérite le nom de haine, et qui vise le réel dans l’Autre. Qu’est-ce qui fait que cet Autre est Autre pour qu’on puisse le haïr, pour qu’on puisse le haïr dans son être ? Eh bien, c’est la haine de la jouis­sance de l’Autre. C’est même là la forme la plus géné­rale qu’on peut don­ner à ce racisme moderne tel que nous le véri­fions. C’est la haine de la façon par­ti­cu­lière dont l’Autre jouit. Ça fait que le voi­sin a ten­dance à vous déran­ger parce qu’il ne fait pas la fête comme vous. S’il ne fait pas la fête comme vous, ça veut dire qu’il jouit autre­ment que vous. C’est ce à quoi vous êtes into­lé­rant. On veut bien recon­naître son pro­chain dans l’Autre, mais à condi­tion qu’il ne soit pas votre voi­sin. On veut bien l’aimer comme soi-même, mais sur­tout quand il est loin, quand il est séparé. Et quand cet Autre, il se rap­proche, il faut vrai­ment être opti­miste comme un géné­ti­cien pour croire que ça pro­duit un effet de soli­da­rité, pour croire que ça conduit tout de suite à se recon­naître en lui. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Silet », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 30 novembre 1994, inédit.
« Le résul­tat de vou­loir opé­rer par la parole au niveau où il y a jouis­sance, c’est alors l’apparition du déchaî­ne­ment de l’agressivité – d’où le déve­lop­pe­ment théo­rique sur la place cen­trale de l’agressivité chez l’être humain. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Donc », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 26 jan­vier 1994, inédit.
« On écrit cela pour résu­mer la construc­tion de Lacan selon laquelle, aux ori­gines du moi, il y a la mort […]. Cette mort, bien entendu, ce n’est pas la mort bio­lo­gique. C’est exac­te­ment la mort sui­cide. Et c’est pour­quoi Lacan peut lier les deux adjec­tifs : nar­cis­sique et sui­ci­daire. Se frap­per soi-même dans l’Autre, cette agres­sion qui part du nar­cis­sisme du “moi égale moi”, c’est exac­te­ment sui­ci­daire puisqu’en le mécon­nais­sant c’est soi-même que le sujet frappe. C’est pour­quoi Lacan peut lier l’image à ce qu’il appelle la ten­dance sui­cide. L’affinité du moi avec la posi­tion de vic­time, ça veut dire que le nar­cis­sisme est habité par l’attrait du sui­cide. D’ailleurs, l’histoire de Narcisse est là pour faire preuve. »

♠ « L’orientation laca­nienne. L’expérience du réel dans la cure ana­ly­tique », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 10 février 1999, inédit.
« On ima­gine le sujet, à un moment, rece­vant ou don­nant une claque, et se remé­mo­rant que cette gifle a déjà̀ eu une fonc­tion dans la geste fami­liale qui a pu lui être contée. C’est l’exemple que Lacan prend, en disant qu’au départ cette gifle a pu n’être qu’une vio­lence pas­sion­nelle et au fur et à mesure qu’elle se trans­met à tra­vers les géné­ra­tions, et on le sup­pose racon­tée, elle prend fonc­tion de signi­fiant. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Pièces déta­chées », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 9 mars 2005, inédit.
« L’universel bureau­cra­tique obtenu par le bench­mar­king s’opposera tou­jours à la sin­gu­la­rité de la rela­tion thé­ra­peu­tique sou­te­nue par un savoir psy­chia­trique, psy­cha­na­ly­tique ou psy­cho­thé­ra­pique, fondé par sa prag­ma­tique propre. Plus on trai­tera la souf­france psy­chique par les pro­to­coles géné­ra­li­sés, plus l’unicité irrup­tive du pas­sage à l’acte se mani­fes­tera. »

♠ « DSK, entre Éros et Thanatos », Le Point, Paris, n°2018, mai 2011.
« Un lap­sus, ça fait rire, […] l’effet de vérité est fugi­tif : il désar­çonne le sujet, le des­ti­tue un ins­tant de son image publique, le ridi­cu­lise, mais il s’évapore aus­si­tôt. Maintenant, ima­gi­nez que ce mot […] ne s’exprime pas dans le registre de la parole sous la forme de lap­sus ; sup­po­sez qu’il soit doté d’une force injonc­tive et qu’il embraie direc­te­ment sur le corps. Le sujet se trouve alors dans la néces­sité d’obéir à un com­man­de­ment aussi muet qu’irrécusable, à une exi­gence abso­lue de satis­fac­tion immé­diate. Un impé­ra­tif de jouis­sance impose sa loi, qui n’admet aucune déli­bé­ra­tion : le pas­sage à l’acte se déclenche. Là, le rire se fige. », p. 48.

 



Auteurs du Champ freu­dien

Biagi-Chai F.

♠ « Juger les fous, un cas de par­ri­cide para­dig­ma­tique », Mental, n°21, sep­tembre 2008.
« Pour le psy­cha­na­lyste, le pas­sage à l’acte ne se mesure pas en termes de “gra­vité”, il ne s’agit pas de degrés, il s’agit de plans dif­fé­rents, celui de la parole et du lan­gage et celui qui lui est anti­no­mique, ins­crit dans l’échec de la fonc­tion sym­bo­lique : le pas­sage à l’acte. », p. 143.

Deltombe H.

♠ « Violence », Les enjeux de l’adolescence, Paris, Michèle, 2011.
« Aussi la psy­cha­na­lyse est-elle le mode de dia­logue lui per­met­tant de deve­nir sujet, en fai­sant pas­ser la vio­lence pul­sion­nelle qu’il éprouve dans les défi­lés du signi­fiant. », p. 153.

Laurent É.

♠ « L’orientation laca­nienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comi­tés d’éthique », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 5 mars 1997, inédit.
« Et l’identification, son pou­voir, la ten­sion féconde qu’elle intro­duit entre le sujet et l’Autre, n’apparaît nulle part plus en valeur que dans la psy­chose où dans le pas­sage à l’acte, le sujet porte son coup, contre ce qui lui appa­raît comme le désordre et, par là, se frappe lui-même par voie de contre­coup social. La réver­sion iden­ti­fi­ca­toire se pré­sente là en son maxi­mum. »

Lacadée P., Lauret V.

♠ « L’offre inté­griste : du vacarme au bas­cu­le­ment, conver­sa­tion avec Valérie Lauret », Horizon, Paris, L’envers de Paris, n°62, novembre 2017.
« Ces déci­sions inco­hé­rentes mul­ti­plient les rup­tures et ren­forcent le sen­ti­ment qu’ont les jeunes de ne pas être enten­dus. Faute de l’être, ils hurlent : “Vous ne com­pre­nez rien, au moins, eux, ce sont mes frères. C’est trop tard, vous nous avez trop menti”. […] Son grand cri venait dire un grand stop aux déci­sions prises pour lui mais sans lui, et face à ce chaos, la recherche témé­raire et déter­mi­née d’un lien, l’expression d’un besoin de se re-lier (reli­gieu­se­ment) à soi-même ou au moins à un autre. Ce que j’ai entendu de Rayan comme de bien trop de jeunes dans mon cabi­net, c’est qu’ils ne demandent qu’une seule chose : un lien, un lieu et une place, la place recou­vrant alors, sans doute, un lieu et un lien qui tiennent le coup. », p. 78.

Lacadée P.

♠ « Le pas­sage à l’acte chez les ado­les­cents », La Cause freu­dienne, n° 65, mars 2007.
« En revanche, de nos jours, quand cer­tains jeunes pensent à l’insulte, ils la vivent comme vraie, puisqu’ils la pensent. Ils la tiennent alors pour authen­tique, et sans rete­nue la disent. Vous sai­sis­sez là, grâce à Musil, la logique de l’insulte qui illustre à mer­veille ce moment de désar­roi, propre à l’adolescence, qui vise le corps, en tant que sa jouis­sance se noue ou pas aux mots. Le terme désar­roi, qui n’est pas là par hasard, vient du vieux fran­çais “désar­royé” qui veut dire sans Autre. Voilà le moment si sin­gu­lier où l’adolescent est en dif­fi­culté pour tra­duire en mots son excé­dent de sen­sua­lité. », p. 225.

Naveau P.

♠ « L’extraction de l’objet a et le pas­sage à l’acte », La Cause freu­dienne, n°63, juin 2006.
« En pre­nant appui sur les cas pré­sen­tés […], la thèse sui­vante peut être sou­te­nue : dans la psy­chose, l’objet a n’est pas extrait du champ de la réa­lité. Cette non-extraction de l’objet a appelle le pas­sage à l’acte afin que se réa­lise, par ce biais-là, une sorte d’extraction for­cée. », p. 75.



Post-freudiens

Friedlander K.

♠ La délin­quance juvé­nile. Études psy­cha­na­ly­tiques, Paris, puf, 1951.
« Le pre­mier pro­grès réa­lisé par Billy se mani­feste au moment où l’enfant arrive à com­prendre que son agres­si­vité est une défense contre sa peur d’être faible et d’avoir une atti­tude fémi­nine. L’analyse de son fan­tasme de bataille pro­voque, à un moment donné, une dimi­nu­tion de son angoisse et ouvre la voie menant à de nou­veaux pro­grès de la libido, le sujet évo­luant du stade sadique anal au stade phal­lique. », p. 214.

Donald W. Winnicott

♠ « Concepts actuels du déve­lop­pe­ment de l’adolescent : leurs consé­quences quant à l’éducation », Jeu et réa­lité, Paris, Gallimard, nrf, 1975.
« L’adolescent, gar­çon ou fille, qui est tou­jours engagé dans le pro­ces­sus de crois­sance, ne peut pas encore assu­mer la res­pon­sa­bi­lité de la cruauté et de la souf­france, de tuer et d’être tué, ce qu’offre la scène du monde. C’est ce qui sauve à ce stade l’individu de la réac­tion extrême contre l’agressivité per­son­nelle latente, à savoir le sui­cide (l’acceptation patho­lo­gique de la res­pon­sa­bi­lité pour tout le mal qui existe, ou qu’on peut ima­gi­ner). », p. 204.

♠ « L’agressivité et ses racines », Agressivité, culpa­bi­lité et répa­ra­tion, Paris, Payot, 1984.
« D’autres que moi ont déjà sou­li­gné la rela­tion entre l’abandon de la mas­tur­ba­tion et l’apparition d’un com­por­te­ment anti­so­cial […]. La mas­tur­ba­tion et la mise en scène des fan­tasmes sont des solu­tions de rechange, mais elles sont toutes deux vouées à l’échec car il n’est de véri­table lien que celui qui unit la réa­lité interne et les expé­riences pul­sion­nelles ori­gi­naires à par­tir des­quelles elle s’est construite. », p. 23.

« Dès que l’enfant peut uti­li­ser une chose pour en “repré­sen­ter” une autre, la vio­lence des conflits liés à une réa­lité pénible s’apaise. », p. 33.

« Un lap­sus, ça fait rire, […] l’effet de vérité est fugi­tif : il désar­çonne le sujet, le des­ti­tue un ins­tant de son image publique, le ridi­cu­lise, mais il s’évapore aus­si­tôt. Maintenant, ima­gi­nez que ce mot […] ne s’exprime pas dans le registre de la parole sous la forme de lap­sus ; sup­po­sez qu’il soit doté d’une force injonc­tive et qu’il embraie direc­te­ment sur le corps. Le sujet se trouve alors dans la néces­sité d’obéir à un com­man­de­ment aussi muet qu’irrécusable, à une exi­gence abso­lue de satis­fac­tion immé­diate. Un impé­ra­tif de jouis­sance impose sa loi, qui n’admet aucune déli­bé­ra­tion : le pas­sage à l’acte se déclenche. Là, le rire se fige. », p. 48.


Les amis du Champ freu­dien

Bonnett P.

♠ Ce qui n’a pas de nom, Paris, Métailié, 2017.
« Daniel sem­blait alors triste, instable, en colère, per­turbé. Pensant qu’il tra­ver­sait une crise de voca­tion, nous lui avions sug­géré d’aller cher­cher de l’aide auprès d’un psy­cho­logue, Daniel accepta et entama une thé­ra­pie. Mais deux ou trois mois plus tard, atterré, il entra dans notre chambre, s’assit au bord du lit et nous raconta que son psy­cho­logue lui avait demandé de “tuer le père”, et d’autres for­mules du même aca­bit. Il me rend fou, disait-il, je ne veux plus y aller », p. 49.

Edouard L.

♠ Qui a tué mon père ?, Paris, Seuil, 2018.
« Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu pour avoir une famille comme ça, entre l’autre là – c’est de moi qu’il parle – entre l’autre, là, en plus d’un alcoo­lique qui n’est pas foutu de faire autre chose que boire, boire, boire, regarde-le, il pointe du doigt mon frère, le raté. Et c’est là, quand le mot raté sur­git, que mon grand frère se lève et qu’il saute sur mon père. Il le frappe pour le faire taire. Il claque le corps de mon père contre le mur, de toute sa masse, de tout son poids, et puis les cris de dou­leur, les insultes, les cris de dou­leur. Mon père ne fait rien, il ne veut pas frap­per son fils, il le laisse faire. Je sen­tais les larmes tièdes de ma mère qui tom­baient sur mon crâne, je pen­sais : c’est bien fait pour elle, bien fait pour elle – elle conti­nuait d’essayer de me cacher les yeux mais je contem­plais la scène entre ses doigts, je regar­dais les taches de sang pourpre sur les pavés jaunes. J’ai failli être celui qui allait te tuer. », p. 62.

Humbert F.

 L’origine de la vio­lence, Paris, Le Passage, 2009.
« La vio­lence ne m’a jamais quitté. Je suis l’homme le plus gen­til du monde. […] En plu­sieurs années d’enseignement, je crois ne m’être jamais mis en colère. […] Dans la vie cou­rante, je suis calme, presque lym­pha­tique […]. Mais l’envers du décor, c’est l’autre homme. Celui qu’un mot agresse, qu’une élé­va­tion de la voix inquiète, met sur ses gardes, comme un ani­mal. […] Celui qui sen­tira la vio­lence mon­ter en lui comme une furie. […] Celui qui a tel­le­ment honte de cette vio­lence qu’il tâche de l’engloutir au plus pro­fond de lui-même, jusqu’à en être miné, jusqu’à en inves­tir chaque phrase de ce tra­vail de l’inconscient qu’est l’écriture. Je parle tou­jours de la vio­lence, j’écris tou­jours la vio­lence. […] Je suis inca­pable de décrire autre chose que cela : la vio­lence. La vio­lence qu’on s’inflige à soi ou qu’on inflige à autrui. La seule vérité qui vibre avec sin­cé­rité en moi – et donc ma seule ligne convain­cante d’écriture – est le mur­mure enfan­tin de la vio­lence, suin­tant de mes pre­mières années comme une eau empoi­son­née. », p. 169–171.

King S.

♠ « Guns », América, France, Le Un, 2018.
« Mon livre n’a pas brisé Cox, Pierce, Carnéal ou Loukaitis et ne les a pas non plus trans­for­més en tueurs : ils ont trouvé quelque chose en lui qui leur a parlé parce qu’ils étaient déjà bri­sés. J’ai néan­moins consi­déré « Rage » comme un pos­sible accé­lé­ra­teur, c’est pour­quoi je l’ai retiré de la vente. On ne laisse pas un jer­ry­can d’essence à por­tée d’un enfant animé de ten­dances pyro­manes. », p. 72.

Sigmund Freud

♠ « Pulsions et des­tins des pul­sions », Métapsychologie, Paris, Gallimard, Folio, Essai, 1991.
« Nous avons en effet toutes les rai­sons d’admettre que les sen­sa­tions de dou­leur, comme d’autres sen­sa­tions de déplai­sir, débordent sur le domaine de l’excitation sexuelle et pro­voquent un état de plai­sir ; voilà pour­quoi on peut aussi consen­tir au déplai­sir de la dou­leur. Une fois qu’éprouver de la dou­leur est devenu un but maso­chiste, le but sadique, infli­ger des dou­leurs, peut aussi appa­raître, rétro­ac­ti­ve­ment : alors, pro­vo­quant ces dou­leurs pour d’autres, on jouit soi-même de façon maso­chiste dans l’identification avec l’objet souf­frant. Naturellement, on jouit, dans les deux cas, non de la dou­leur elle-même, mais de l’excitation sexuelle qui l’accompagne, ce qui est par­ti­cu­liè­re­ment com­mode dans la posi­tion de sadique. », p. 27–28.

« La trans­for­ma­tion de la pul­sion en son contraire (maté­riel) ne s’observe que dans un cas, celui de la trans­po­si­tion de l’amour en haine. Amour et haine se diri­geant très sou­vent vers le même objet, cette coexis­tence four­nit aussi l’exemple le plus impor­tant d’une ambi­va­lence du sen­ti­ment. », p. 33.

« Nous res­sen­tons la “répul­sion” de l’objet et nous le haïs­sons ; cette haine peut ensuite aller jusqu’à une pro­pen­sion à l’agression contre l’objet, une inten­tion de l’anéantir. », p. 40.

« Le pre­mier but que nous recon­nais­sons, c’est incor­po­rer ou dévo­rer, un type d’amour, qui est com­pa­tible avec la sup­pres­sion de l’existence de l’objet dans son indi­vi­dua­lité et qui peut donc être qua­li­fié d’ambivalent. […] La haine en tant que rela­tion à l’objet est plus ancienne que l’amour », p. 41.

♠ Malaise dans la civi­li­sa­tion, Paris, Points, Essai, 2010.
« L’une des exi­gences dites idéales de la société civi­li­sée […] c’est celle qui dit : Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même. […] En revanche, si je suis censé l’aimer de ce grand amour uni­ver­sel, uni­que­ment parce qu’il est lui aussi un être de cette terre comme l’insecte, le ver de terre, la cou­leuvre à col­lier, alors je crains que ne puisse lui échoir qu’une maigre por­tion d’amour, cer­tai­ne­ment pas autant que je suis en droit, selon ce que juge la rai­son, d’en gar­der pour moi-même. […] Cet étran­ger, non seule­ment ne vaut pas d’être aimé, de façon géné­rale, mais je dois hon­nê­te­ment avouer qu’il mérite davan­tage mon hos­ti­lité et même ma haine. », p. 115–116.

« Du fait de cette hos­ti­lité pri­maire des êtres humains les uns envers les autres, la société civi­li­sée est constam­ment mena­cée de se désa­gré­ger. L’intérêt de la com­mu­nauté de tra­vail ne la main­tien­drait pas sou­dée, les pas­sions ins­tinc­tives sont plus fortes que les inté­rêts rai­son­nables. La civi­li­sa­tion doit tout mettre en œuvre pour dres­ser des bar­rières devant les ins­tincts agres­sifs des hommes, pour en réduire les mani­fes­ta­tions par des dis­po­si­tifs psy­chiques qui réagissent contre. », p. 120.

« Car les braves gens n’aiment pas que l’on évoque la ten­dance innée de l’être humain au “mal”, à l’agressivité, à la des­truc­tion et, du coup, aussi à la cruauté. », p. 132.

Jacques Lacan

♠ « L’agressivité en psy­cha­na­lyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Ces ima­gos seraient les vec­teurs élec­tifs des inten­tions agres­sives », p. 104.

« Ainsi l’agressivité qui se mani­feste dans les reta­lia­tions de tapes et de coups ne peut seule­ment être tenue pour une mani­fes­ta­tion ludique d’exercice des forces et de leur mise en jeu pour le repé­rage du corps. Elle doit être com­prise dans un ordre de coor­di­na­tion plus ample : celui qui subor­don­nera les fonc­tions de pos­tures toniques et de ten­sion végé­ta­tive à une rela­ti­vité sociale dont un Wallon a remar­qua­ble­ment sou­li­gné la pré­va­lence dans la consti­tu­tion expres­sive des émo­tions humaines. », p. 112.

« C’est cette cap­ta­tion par l’imago de la forme humaine, plus qu’une Einfühlung dont tout démontre l’absence dans la prime enfance, qui entre six mois et deux ans et demi domine toute la dia­lec­tique du com­por­te­ment de l’enfant en pré­sence de son sem­blable. Durant toute cette période on enre­gis­trera les réac­tions émo­tion­nelles et les témoi­gnages arti­cu­lés d’un tran­si­ti­visme nor­mal. L’enfant qui bat dit avoir été battu, celui qui voit tom­ber pleure. », p. 113.

« L’expérience sub­jec­tive doit être habi­li­tée de plein droit à recon­naître le nœud cen­tral de l’agressivité ambi­va­lente, que notre moment cultu­rel nous donne sous l’espèce domi­nante du res­sen­ti­ment, jusque dans ses plus archaïques aspects chez l’enfant. Ainsi pour avoir vécu à un moment sem­blable et n’avoir pas eu à souf­frir de cette résis­tance beha­viou­riste au sens qui nous est propre, saint Augustin devance-t-il la psy­cha­na­lyse en nous don­nant une image exem­plaire d’un tel com­por­te­ment en ces termes : “Vidi ego et exper­tus sum zelan­tem par­vu­lum : non­dum loque­ba­tur et intue­ba­tur pal­li­dus amaru aspectu conlac­ta­neum suum”, “J’ai vu de mes yeux et j’ai bien connu un tout petit en proie à la jalou­sie. Il ne par­lait pas encore, et déjà il contem­plait, tout pâle et d’un regard empoi­sonné, son frère de lait”. Ainsi noue-t-il impé­ris­sa­ble­ment, avec l’étape infans (d’avant la parole) du pre­mier âge, la situa­tion d’absorption spec­ta­cu­laire : il contem­plait, la réac­tion émo­tion­nelle : tout pâle, et cette réac­ti­va­tion des images de la frus­tra­tion pri­mor­diale : et d’un regard empoi­sonné, qui sont les coor­don­nées psy­chiques et soma­tiques de l’agressivité ori­gi­nelle. », p. 114.

♠ « L’étourdit », Autres écrits, Paris Seuil, 2001.
« Et puisque l’insulte, si elle s’avère par l’ὲπος, être du dia­logue le pre­mier comme le der­nier (confé­ro­mère), le juge­ment de même, jusqu’au “der­nier”, reste fan­tasme, et pour le dire, ne touche au réel qu’à perdre toute signi­fi­ca­tion. », p. 487.

♠ Le Séminaire, livre III, Les psy­choses, Paris, Seuil, 1981.
« Quand vous don­nez une gifle à un enfant, eh bien ! ça se com­prend, il pleure – sans que per­sonne réflé­chisse que ce n’est pas du tout obligé, qu’il pleure. Je me sou­viens du petit gar­çon qui, quand il rece­vait une gifle, deman­dait – C’est une caresse ou une claque ? Si on lui disait que c’était une claque, il pleu­rait, ça fai­sait par­tie des conven­tions, de la règle du moment, et si c’était une caresse, il était enchanté. Ça n’épuise d’ailleurs pas la ques­tion. Quand on reçoit une gifle, il y a bien d’autres façons de répondre que de pleu­rer, on peut la rendre, et aussi tendre l’autre joue, on peut aussi dire – Frappe, mais écoute. », p. 14–15.

« Ce qui se passe entre de jeunes enfants com­porte ce tran­si­ti­visme fon­da­men­tal qui s’exprime dans le fait qu’un enfant qui en a battu un autre peut dire − l’autre m’a battu. Non pas qu’il mente − il est l’autre, lit­té­ra­le­ment. […] Ce qui fait que le monde humain est un monde cou­vert d’objets est fondé sur ceci, que l’objet d’intérêt humain, c’est l’objet du désir de l’autre. », p. 50.

« La connais­sance dite para­noïaque est une connais­sance ins­tau­rée dans la riva­lité de la jalou­sie, au cours de cette iden­ti­fi­ca­tion pre­mière que j’ai essayé de défi­nir à par­tir du stade du miroir. Cette base riva­li­taire et concur­ren­tielle au fon­de­ment de l’objet, est pré­ci­sé­ment ce qui est sur­monté dans la parole, pour autant qu’elle inté­resse le tiers. La parole est tou­jours pacte, accord, on s’entend, on est d’accord − ceci est à toi, ceci est à moi, ceci est ceci, ceci est cela. Mais le carac­tère agres­sif de la concur­rence pri­mi­tive laisse sa marque dans toute espèce de dis­cours sur le petit autre, sur l’Autre en tant que tiers, sur l’objet. Le témoi­gnage, ce n’est pas pour rien que ça s’appelle en latin tes­tis, et qu’on témoigne tou­jours sur ses couilles. Dans tout ce qui est de l’ordre du témoi­gnage, il y a tou­jours enga­ge­ment du sujet, et, lutte vir­tuelle à quoi l’organisme est tou­jours latent. », p. 50.

« Cela n’a pas à nous éton­ner dès lors que nous avons saisi l’importance pour l’homme de son image spé­cu­laire. Cette image est fonc­tion­nel­le­ment essen­tielle chez l’homme, pour autant qu’elle lui donne le com­plé­ment ortho­pé­dique de cette insuf­fi­sance native, de ce décon­cert, ou désac­cord consti­tu­tif, lié à sa pré­ma­tu­ra­tion à la nais­sance. Son uni­fi­ca­tion ne sera jamais com­plète parce qu’elle s’est faite pré­ci­sé­ment par une voie alié­nante, sous la forme d’une image étran­gère, qui consti­tue une fonc­tion psy­chique ori­gi­nale. La ten­sion agres­sive de ce moi ou l’autre est abso­lu­ment inté­grée à toute espèce de fonc­tion­ne­ment ima­gi­naire chez l’homme. », p. 110.

♠ Le Séminaire, livre IV, La rela­tion d’objet, Paris, Seuil, 1994.
« En effet, l’agressivité dont il s’agit est du type de celles qui entrent en jeu dans la rela­tion spé­cu­laire, dont le ou moi ou l’autre est tou­jours le res­sort fon­da­men­tal. », p. 207.

♠ Le Séminaire, livre IX, L’identification, leçon du 30 mai 1962, inédit.
« “L’impuissance du fan­tasme sadique” chez le névrosé repose toute entière sur ceci : c’est qu’en effet il y a bien visée des­truc­tive dans le fan­tasme de l’obsessionnel, mais cette visée des­truc­tive, comme je viens de l’analyser, a le sens, non pas de la des­truc­tion de l’autre, objet du désir, mais de la des­truc­tion de l’image de l’autre au sens où ici je vous la situe, à savoir que jus­te­ment elle n’est pas l’image de l’autre, parce que l’autre, a objet du désir – comme je vous le mon­tre­rai la pro­chaine fois – n’a pas d’image spé­cu­laire. »

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004.
« Par contre, la dimen­sion de l’agressivité entre en jeu pour remettre en ques­tion ce qu’elle vise par sa nature, à savoir la rela­tion à l’image spé­cu­laire. C’est dans la mesure où le sujet épuise contre cette image ses rages, que se pro­duit cette suc­ces­sion des demandes qui va à une demande tou­jours plus ori­gi­nelle, his­to­ri­que­ment par­lant, et que se module la régres­sion comme telle. », p. 65–66.

« Le désir sadique, avec tout ce qu’il com­porte d’énigme, n’est arti­cu­lable qu’à par­tir de la schize, la dis­so­cia­tion, qu’il vise à intro­duire chez le sujet, l’autre, en lui impo­sant, jusqu’à une cer­taine limite, ce qui ne sau­rait être toléré – à la limite exacte où appa­raît chez ce sujet une divi­sion, une béance, entre son exis­tence de sujet et ce qu’il subit, ce dont il peut pâtir, dans son corps. Ce n’est pas tel­le­ment la souf­france de l’autre qui est cher­chée dans l’intention sadique, c’est son angoisse. », p. 123.

« L’acting out est essen­tiel­le­ment quelque chose, dans la conduite du sujet, qui se montre. L’accent démons­tra­tif de tout acting out, son orien­ta­tion vers l’Autre, doit être relevé. », p. 145.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation laca­nienne. De la nature des sem­blants », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université de Paris VIII, cours du 20 mai 1992.
« À cet égard, on peut dire que l’essentiel de la cli­nique laca­nienne – au moins la cli­nique qui entoure cet écrit sur la psy­chose – est une cli­nique de l’enfant trom­peur, une cli­nique qui se répar­tit selon les modes de trom­pe­rie dont l’enfant peut jouer et dont il est joué au regard de ce désir inas­sou­vis­sable. Par exemple, le sujet comme enfant peut être ramené à cette image phal­lique, confondu avec elle, ou encore en défi­cit par rap­port à elle, ou encore confondu avec la mère. »

♠ « L’orientation laca­nienne. De la nature des sem­blants », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université de Paris VIII, cours du 27 mai 1992.
« Si Lacan se réfère à ce On bat un enfant, c’est pour nous indi­quer ce qu’il en est de l’image, à savoir que le fan­tasme, où l’image est si mani­feste, conserve la trace des élé­ments signi­fiants de la parole arti­cu­lée, et que la valo­ri­sa­tion de l’image est comme le témoin – c’est son terme – pri­vi­lé­gié d’une arti­cu­la­tion incons­ciente. Si la dimen­sion ima­gi­naire est pré­va­lente dans le fan­tasme, si elle est pré­va­lente dans la per­ver­sion, c’est en tant qu’elle est sur le che­min du rap­port du sujet à l’Autre. En quelque sorte, ce que nous avons avec le fan­tasme, c’est un élé­ment ima­gi­naire d’autant plus pré­valent qu’à la fois il obs­cur­cit et est comme la réduc­tion de toute une arti­cu­la­tion incons­ciente. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Donc. La logique de la cure », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 26 jan­vier 1994, inédit.
« La loi du cœur, quand elle débouche sur le délire de la pré­somp­tion, ne se satis­fait pas de ce cercle mais le rompt par la vio­lence. C’est là que ce schéma per­met de situer l’acte dans la folie, la vertu en quelque sorte réso­lu­toire de l’acte qui tient à ce que, exer­çant cette vio­lence contre l’ordre, le moi se frappe lui-même. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Donc. La logique de la cure », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 2 février 1994, inédit.
« Si Lacan a uti­lisé le terme d’agressivité dans son titre, c’est que le concept était alors à la mode. L’agressivité, en 1948, c’était la toute der­nière façon, venue des États-Unis, avec laquelle les héri­tiers de Freud arri­vaient à appa­reiller cette pul­sion de mort que Freud leur avait lais­sée et dont ils ne savaient pas trop quoi faire. Ils ont donc trouvé quoi en faire en la retra­dui­sant comme agres­si­vité. Là, Lacan déve­loppe à nou­veau ce qui est le résul­tat de son abord de la psy­chose deux ans aupa­ra­vant, à savoir la struc­ture para­noïaque du moi. Il consi­dère que l’agressivité du moi, avec l’ambivalence qui la carac­té­rise entre le moi et l’autre − frap­per l’autre pour finir par se frap­per soi-même dans le mou­ve­ment même où l’on frappe l’autre −, est le “nœud cen­tral” − c’est son expres­sion − qu’il s’agit de dévoi­ler dans l’expérience ana­ly­tique. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Silet », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 8 mars 1995, inédit.
« La jouis­sance ne se situe qu’à par­tir de l’Autre. [Lacan] oppose le mode de jouis­sance de l’Autre et notre mode de jouis­sance − par quoi il faut entendre, selon le contexte, le mode contem­po­rain de jouis­sance −, et il donne des pré­ci­sions sur ce “notre mode de jouis­sance” en le qua­li­fiant de pré­caire et comme “ne se situant plus que du plus-de-jouir”. […] Pour pou­voir situer notre mode de jouis­sance par rap­port à l’Autre, encore faut-il en être séparé. Or, ce qui serait peut-être un trait de l’univers contem­po­rain, c’est que l’Autre dis­pa­raît. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Silet », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 14 juin 1995, inédit.
« La résis­tance […] Lacan la situe essen­tiel­le­ment, dit-il, non pas au niveau de l’action, mais au niveau de l’objet. Et il ajoute – pro­po­si­tion d’un grand ave­nir qui nous laisse encore à médi­ter : l’objet appa­raît “sous le signe du rien”. C’est ce qui pour­rait nous intro­duire à une cli­nique de l’anorexie, l’enfant met­tant en échec sa dépen­dance à l’endroit de l’Autre en se nour­ris­sant, non pas de quelque chose, non pas même du sein en tant qu’objet par­tiel de l’objet sym­bo­lique mater­nel, mais de cet objet comme annulé, se nour­ris­sant de rien comme objet. »

« C’est là ce qu’introduit ce Séminaire iv concer­nant la pul­sion, à savoir que dans tous les cas, la pul­sion doit être pen­sée à par­tir de l’amour, en tant que l’amour − rela­tion sym­bo­lique − intro­duit l’objet rien. »

♠ « L’orientation laca­nienne. La fuite du sens », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 20 mars 1996, inédit.
« Si vous inter­pré­tez au niveau ima­gi­naire, vous faites alors se déchaî­ner des effets d’agressivité, on vous répond, ça finit très mal, et c’est alors un “ne faites sur­tout pas ça !” L’interprétation sym­bo­lique, elle, apporte la paix. »

♠ « Une lec­ture du sémi­naire d’un Autre à l’autre », La Cause freu­dienne, n°67, sep­tembre 2007.
« Faire de la lutte à mort de pur pres­tige le pari de sa vie. », p. 127.

« Dans le mythe hégé­lien, les deux sem­blables s’affrontent, se font la guerre, essayent l’un l’autre de se sup­pri­mer, cha­cun fai­sant à l’endroit de l’autre les mêmes mou­ve­ments que l’autre fait à son endroit, jusqu’à ce que l’un cède à l’autre pour pro­té­ger sa vie. Donc c’est une lutte qui n’a pas un enjeu maté­riel, c’est une lutte pour savoir qui s’affirme comme tel et qui s’affirme dans le risque de sa vie, et qui lâche. », p. 128.



Auteurs du Champ freu­dien

Bonnaud H.

♠ Le corps pris au mot, Paris, Navarin, 2015.
« Celui-ci devient en effet violent, envers l’autre ou envers lui-même, quand il ne peut répondre avec des mots à ce qu’il res­sent comme une bles­sure qui l’humilie, un évé­ne­ment qui vient inter­rompre le dérou­le­ment nor­mal de sa vie, telle une insulte, un reproche, une injus­tice ou un drame de la jalou­sie. […] Pour ce faire, il faut au moins être deux. Celui qui agresse, et celui qui se sent agressé, le méca­nisme psy­chique étant impli­qué est celui de la pro­jec­tion. Victime et bour­reau sont noués par une rela­tion ima­gi­naire où l’un et l’autre cherchent à se défendre contre la vio­lence dont ils se sentent tous deux vic­times de la part de l’autre. Ne pou­vant assu­mer la res­pon­sa­bi­lité de leur acte, ils la pro­jettent sur l’autre. », p. 101.

Charpentier-Libert A.

♠ « Les exclus de la ségré­ga­tion », Horizon. Visages de la ségré­ga­tion, n°62, Paris, Envers de Paris, 2017.
« Trouver une place aujourd’hui à l’hôpital psy­chia­trique relève de la gageure pour la plu­part des patients. Pour cer­tains, c’est presque impos­sible : c’est le cas des ado­les­cents vio­lents. […] S’il est essen­tiel, comme Lacan l’a ensei­gné, que le diag­nos­tic ne soit pas une façon d’épingler les patients comme de “bizarres coléo­ptères”, nier ou igno­rer la folie conduit en revanche l’hôpital à ne rien vou­loir savoir de la souf­france de ces jeunes et à se déchar­ger de sa res­pon­sa­bi­lité d’accueillir et de soi­gner. », p. 87.

« La vio­lence de ces ado­les­cents s’exerce sur les autres par les coups, les insultes, la des­truc­tion, mani­fes­tant une cou­pure bru­tale d’avec le lien social. Il y a comme une ten­ta­tive de se sépa­rer dans le réel d’un Autre qui, non entamé par le sym­bo­lique, est alors vécu comme une menace directe. Cette exclu­sion struc­tu­relle du lien social entraîne une intime soli­tude dont on peut voir l’écho dans leur absence d’intérêt. […] J.-A. Miller nous explique que c’est la pul­sion de mort qui sur­git dans la vio­lence de ces ado­les­cents. Il ne s’agit là ni de haine ni d’amour qui serait adressé à l’autre. La pul­sion de mort appa­raît ici à l’état brut : elle se passe d’artifices. », p. 87.

De Bortoli L.

♠ « Sur le double et son étran­geté », Horizon, Paris, L’envers de Paris, n°61, 2016.
« Selon cette expé­rience, dans un tout pre­mier temps, l’enfant, alors qu’il est tenu par un Autre adulte devant le miroir, sus­pend son mou­ve­ment quand il aper­çoit l’image de son reflet, reflet qu’il prend pour un alter ego ; c’est un moment de riva­lité ima­gi­naire. Lacan invoque là le tran­chant mor­tel du miroir. Le sujet est dépos­sédé de cette image idéale, qui uni­fie son corps, mais reste néan­moins étran­gère à son être au pro­fit d’un “autre”, qui vient com­plé­ter l’Autre. À ce phé­no­mène d’intrusion et d’inquiétante étran­geté, vite occulté, suc­cède un second temps […], pen­dant lequel l’enfant se retourne vers l’adulte qui le tient et qui lui confirme par la parole de recon­nais­sance, le sta­tut de l’image. […] Le sujet éprouve alors une jubi­la­tion, signant l’investissement libi­di­nal de son image nar­cis­sique. Son moi image est alors che­villé à son corps dans une mécon­nais­sance de la déchi­rure inau­gu­rale de son être. », p. 82.

Lacadée Ph.

♠ La vie éprise de parole, Paris, Édition Michèle, 2013.
« L’insulte est, pour celui qui la pro­fère, une façon de trai­ter, dans l’urgence, le réel intru­sif de l’Autre, que ce réel se mani­feste sur le mode de l’en-trop – l’insulte tente alors d’opérer une sépa­ra­tion de cet en-trop – ou sur le mode de l’en-moins lors de la ren­contre d’un trou dans le savoir ou d’un lais­ser tom­ber. », p. 190.

♠ « La moder­nité iro­nique et la cité de Dieu », La Cause freu­dienne, n°64, octobre 2006.
« L’enfant de la ban­lieue […] est proche de cet enfant déchet qui trouve là la cer­ti­tude de son être. Il se tient là, assuré de sa jouis­sance, usant d’une langue codée qui vient pour lui faire auto­rité. Il a déjà été séparé de cette rou­tine qui aurait pu faire de sa vie un dérou­le­ment heu­reux, s’il avait consenti à en pas­ser par un nouage du signi­fiant et du signi­fié, usant alors du savoir dont l’Autre serait por­teur », p. 40.

Zuliani É.

♠ « Les insur­rec­tions du désir », Malappris, n°10, Publication en ligne du blog Désir ou Dressage, 14 sep­tembre 2017.
« Les per­sonnes qui s’occupent des indo­ciles les accueillent, leur parlent et ainsi éta­blissent des rela­tions. Elles entrent en dia­logue avec eux pour leur deman­der les rai­sons des actes qu’ils ont com­mis, les y rendre sen­sibles ainsi qu’aux pers­pec­tives qui s’ouvrent à eux. On recon­naît, ainsi, qu’ils peuvent en répondre au nom d’un désir qui les concerne. Retenons le terme éta­bli : une ins­ti­tu­tion n’est rien d’autre que le résul­tat d’une action qui éta­blit, ins­ti­tue. Un lien social, très curieux par­fois, s’établit et crée de petits frag­ments de dis­cours. On confronte le sujet en prio­rité à l’établissement d’un lien social, plu­tôt qu’à un Autre qui n’existe pas, qui serait mâtiné de père (la loi) ou teinté de mère (la répa­ra­tion). […] De petits frag­ments de dis­cours est le nom du cadre dont nous par­lons dans nos ins­ti­tu­tions. Les êtres humains sont ainsi faits que pour éta­blir des choses dans leur monde, ils parlent, c’est-à-dire ils tissent des signi­fi­ca­tions, s’inscrivent dans des liens de dis­cours pour pou­voir par­ler avec d’autres, par­ta­ger des signi­fi­ca­tions com­munes. Pour les jeunes dont nous nous occu­pons, ces liens ne sont pas éta­blis à l’avance. Mais une fois qu’ils le sont, ils leur per­mettent de dire leurs inten­tions et de répondre de ce qu’ils disent et font. »



Post-freudiens

Aichhorn A.

♠ Jeunes en souf­france. Psychanalyse et édu­ca­tion spé­cia­li­sée, Nîmes, éd. Champ social, 2005.
« La psy­cha­na­lyse offre à l’éducateur de nou­veaux aper­çus psy­cho­lo­giques inap­pré­ciables pour l’accomplissement de sa tâche. Elle lui apprend à recon­naître le jeu de forces qui trouve son expres­sion dans le com­por­te­ment déviant, elle ouvre les yeux sur les motifs incons­cients de l’état caren­tiel, et lui per­met de trou­ver des voies sus­cep­tibles d’amener le sujet déviant à s’intégrer lui-même à nou­veau dans la société. », p. 9.

Mélanie Klein

♠ La psy­cha­na­lyse des enfants, Paris, puf, 2013.
« Outre ces jeux, elle se mit à cou­per du papier et à faire des décou­pages. Elle me dit un jour qu’elle fai­sait du “hachis” et que le sang sor­tait du papier ; sur ce, elle fris­sonna et déclara qu’elle ne se sen­tait pas bien. Une fois, elle parla d’une “salade d’yeux”, et une autre fois dit qu’elle décou­pait son nez en “franges”. Elle renou­ve­lait par ce moyen le sou­hait de m’arracher le nez d’un coup de dent, qu’elle avait exprimé dès sa pre­mière séance et qu’à plu­sieurs reprises elle tenta même de réa­li­ser. […] Son ana­lyse, comme celle d’autres enfants, prouva que le décou­page a de mul­tiples déter­mi­nants. Ce jeu offrait une issue à ses pul­sions sadiques et can­ni­bales et repré­sen­tait en même temps la des­truc­tion des organes géni­taux de ses parents ou du corps entier de sa mère. Mais il expri­mait du même coup ses ten­dances réac­tion­nelles, car, en décou­pant un objet comme un joli tapis, elle recréait ce qu’elle avait détruit. », p. 49–50.

« En réa­lité, je devais feindre d’agir comme elle avait sou­haité faire à l’égard de sa mère, lorsqu’elle avait assisté aux rap­ports sexuels de ses parents. Ces pul­sions et ces fan­tasmes sadiques étaient à la base de l’angoisse pro­fonde que lui ins­pi­rait sa mère. Elle exprima à plu­sieurs reprises sa peur d’une “voleuse”, qui la “vide­rait de tout son inté­rieur”. », p. 51.

« Ce retrait mar­qué du réel, accen­tué par des fan­tasmes de méga­lo­ma­nie, pro­ve­nait en par­tie de la crainte que lui ins­pi­rait ses parents et plus par­ti­cu­liè­re­ment sa mère. C’était pour apai­ser cette peur qu’Erna en venait à s’imaginer sous les traits d’une puis­sante et cruelle domi­na­trice à l’égard de sa mère ; de ce fait, son sadisme se trou­vait consi­dé­ra­ble­ment ren­forcé », p. 56.

« La rigueur et la cruauté de son sur­moi se tra­his­saient à maints détails de ses jeux et de ses fan­tasmes qui oscil­laient sans cesse de la mère qui punis­sait à l’enfant qui se révol­tait. Il fal­lut une ana­lyse très pous­sée pour élu­ci­der ces fan­tasmes, iden­tiques aux idées déli­rantes des adultes para­noïaques. », p. 56.

« En étu­diant le cas d’Erna, j’ai pu véri­fier la pré­sence incon­tes­table des phé­no­mènes que nous savons être à l’origine du délire de per­sé­cu­tion, soit la trans­for­ma­tion en haine de l’amour pour le parent du même sexe, et l’importance excep­tion­nelle du méca­nisme de pro­jec­tion. La suite de l’analyse révéla pour­tant que, par-delà l’attitude homo­sexuelle d’Erna, et beau­coup plus pro­fon­dé­ment encore, se dis­si­mu­lait une haine vio­lente de la mère remon­tant aux débuts de l’Œdipe et au sadisme oral. Cette haine donna lieu à une extrême angoisse qui, à son tour, eut une part pré­pon­dé­rante dans l’élaboration des moindres détails de ses fan­tasmes de per­sé­cu­tion. Il se pré­senta alors une nou­velle série de fan­tasmes sadiques qui dépas­sèrent en sadisme tout ce que j’avais pu ren­con­trer jusqu’ici dans cette ana­lyse. […] À la racine de sa haine je décou­vris l’envie orale sus­ci­tée par les satis­fac­tions géni­tales et orales qu’elle attri­buait à ses parents pen­dant leurs rap­ports sexuels. », p. 57–58.

Donald W. Winnicott

♠ « Concepts actuels du déve­lop­pe­ment de l’adolescent : leurs consé­quences quant à l’éducation », Jeu et réa­lité, Paris, Gallimard, nrf, 1975.
« Si votre enfant par­vient à se trou­ver lui-même, il ne se conten­tera pas de trou­ver quelque chose, il vou­dra trou­ver le tout de lui-même, ce qui com­porte l’agressivité et les élé­ments des­truc­tifs qui sont en lui aussi bien que les élé­ments mar­qués du label amour. », p. 197.

♠ « L’agressivité et ses racines », Agressivité, culpa­bi­lité et répa­ra­tion, Paris, Payot, 1984.
« Dans [la] forme d’agressivité [engen­drée par la peur, c’est-à-dire la mise en scène d’un monde interne épou­van­table], l’individu cherche à ce qu’on exerce sur lui un contrôle effi­cace. Pour empê­cher des débor­de­ments d’agressivité, les adultes doivent faire preuve d’une auto­rité sûre, qui per­met à l’enfant de mettre en scène cer­tains élé­ments mau­vais et d’en jouir sans dan­ger. Lorsqu’on s’occupe d’adolescents, il est très impor­tant de dimi­nuer pro­gres­si­ve­ment cette auto­rité. », p. 25.

« Il ne faut pas cher­cher à gué­rir l’agressivité mature [chez les gar­çons à l’adolescence] : il faut consta­ter sa pré­sence et l’accepter. Si elle devient incon­trô­lable, mieux vaut s’écarter et lais­ser la jus­tice s’en occu­per. Actuellement, la jus­tice apprend à res­pec­ter l’agressivité des ado­les­cents et, en temps de guerre, la nation compte sur cette agres­si­vité. », p. 25–26.

« Ces pre­miers coups de pied ou de poing amènent le nour­ris­son à décou­vrir le monde qui n’est pas son self et marquent le début de sa rela­tion avec les objets externes. On nom­mera bien­tôt com­por­te­ment agres­sif ce qui, au départ, est une simple impul­sion le pous­sant à bou­ger et à explo­rer. Ainsi, il y a tou­jours un lien entre l’agressivité et le moment où l’enfant dis­tingue le self de ce qui n’est pas le self. », p. 30.

« Nous consta­tons tous les jours qu’aimer et faire mal sont indis­so­ciables. Ceux d’entre nous qui s’occupent d’enfants se rendent compte que les enfants aiment ce qu’ils blessent. Faire mal fait par­tie de la vie de l’enfant, et il s’agit de savoir com­ment votre enfant va apprendre à uti­li­ser ses forces agres­sives pour vivre, aimer, jouer et (plus tard) tra­vailler. », p. 36.


Les amis du Champ freu­dien

Bauman Z et Leoncini T.

♠ Les enfants de la société liquide, Paris, Fayard, 2018.
« Le phé­no­mène que vous pro­po­sez d’explorer est le retour de la vio­lence, de la coer­ci­tion, de l’oppression comme mode de réso­lu­tion des conflits, au détri­ment d’un débat et d’un dia­logue visant à une com­pré­hen­sion mutuelle et à une rené­go­cia­tion du modus vivendi. Je crois que la nou­velle tech­no­lo­gie des médias de com­mu­ni­ca­tion a joué, joue et conti­nuera de jouer, dans un ave­nir pré­vi­sible, un rôle impor­tant dans cette évo­lu­tion : elle n’en est pas la cause, mais une des condi­tions essen­tielles de pos­si­bi­lité. », p. 46–47.

« Il suf­fit de pen­ser aux innom­brables cas de cyber-harcèlement et de dif­fa­ma­tion – autant d’exemples très concrets. Tout ce qui se trouve sur le web a mani­fes­te­ment un trait dis­tinc­tif et uni­ver­sel : l’effacement de la sphère publique au détri­ment de la sphère pri­vée. Et c’est jus­te­ment cet élé­ment qui enlève du poids au sens poli­tique du citoyen. », p. 70.

Deligny F.

♠ Graine de cra­pule, Paris, Édition du Scarabée, 1943.
« Tu n’obtiendras rien de la contrainte. Tu pour­ras à la rigueur les contraindre à l’immobilité et au silence et, ce résul­tat dure­ment acquis, tu seras bien avancé. », p.13.

Sigmund Freud

♠ Trois essais sur la théo­rie de la sexua­lité, Paris, Gallimard, 1962.
« Le sadisme, il est aisé d’en retrou­ver les ori­gines dans la vie nor­male. La sexua­lité de la plu­part des hommes contient des élé­ments d’agression, soit une ten­dance à vou­loir maî­tri­ser l’objet sexuel, ten­dance que la bio­lo­gie pour­rait expli­quer par la néces­sité pour l’homme d’employer, s’il veut vaincre la résis­tance de l’objet, d’autres moyens que la séduc­tion. Le sadisme ne serait pas autre chose qu’un déve­lop­pe­ment exces­sif de la com­po­sante agres­sive de la pul­sion sexuelle qui serait deve­nue indé­pen­dante et qui aurait conquis le rôle prin­ci­pal. Le terme de sadisme, dans le lan­gage cou­rant, n’a pas un sens très défini ; il com­prend aussi bien les cas carac­té­ri­sés par le besoin de se mon­trer violent, ou même sim­ple­ment d’être par­tie active, jusqu’au cas patho­lo­giques dans les­quels la satis­fac­tion est condi­tion­née par l’assujettissement de l’objet sexuel et les mau­vais trai­te­ments qui lui sont appli­qués. […] On constate sou­vent que le maso­chisme n’est pas autre chose qu’une conti­nua­tion du sadisme, qui se retourne contre le sujet, lequel prend pour ainsi dire la place de son objet sexuel », p. 43–44.

« La trans­for­ma­tion de la sexua­lité infan­tile […] repré­sente un des buts de l’éducation, idéal que l’individu n’atteint qu’imparfaitement, et dont sou­vent il s’écarte consi­dé­ra­ble­ment. Il arrive par­fois qu’un frag­ment de la vie sexuelle qui a échappé à la subli­ma­tion fasse irrup­tion. », p. 71.

♠ Pourquoi la guerre ?, Paris, Petite biblio­thèque Payot, 2005.
« Avec une petite dépense de spé­cu­la­tion, nous en sommes arri­vés à conce­voir que cette pul­sion agit au sein de tout être vivant et qu’elle tend à le vouer à la ruine, à rame­ner la vie à l’état de matière inani­mée. Un tel pen­chant méri­tait véri­ta­ble­ment l’appellation d’instinct de mort, tan­dis que les pul­sions éro­tiques repré­sentent les efforts vers la vie. », p. 57.

♠ Malaise dans la civi­li­sa­tion, Paris, Points, Essai, 2010.
« Tout de même, il n’était pas facile de mettre en lumière l’action de cette pul­sion de mort, une fois admise. Les mani­fes­ta­tions de l’éros étaient pas­sa­ble­ment fla­grantes et tapa­geuses ; on pou­vait sup­po­ser que la pul­sion de mort tra­vaillait sans mot dire à détruire l’être vivant de l’intérieur, mais natu­rel­le­ment ce n’était pas là une preuve. L’idée qui per­mit d’avancer fut qu’une part de la pul­sion se tour­nait contre le monde exté­rieur et se mani­fes­tait alors comme pul­sion d’agression et de des­truc­tion. La pul­sion se trou­ve­rait ainsi elle-même contrainte de ser­vir l’éros, l’être vivant anéan­tis­sant alors autre chose, d’animé ou d’inanimé, au lieu de son propre Soi. Inversement, la res­tric­tion de l’agression vers l’extérieur devrait néces­sai­re­ment accroître l’autodestruction, tou­jours active de toute façon. », p. 130–131.

« Contre l’autorité qui empêche l’enfant d’avoir ses pre­mières satis­fac­tions, qui sont aussi de la plus grande impor­tance, a dû néces­sai­re­ment se déve­lop­per chez lui une consi­dé­rable quan­tité d’agressivité, de quelque sorte qu’aient été les renon­ce­ments pul­sion­nels exi­gés. Immanquablement, l’enfant a dû renon­cer à satis­faire cette agres­si­vité ven­ge­resse. Il se tire de cette situa­tion éco­no­mique dif­fi­cile en ayant recours à des méca­nismes connus, en inté­grant en lui par iden­ti­fi­ca­tion cette auto­rité inat­ta­quable, qui devient dès lors le sur­moi et entre en pos­ses­sion de toute l’agressivité qu’on aurait, en tant qu’enfant, exer­cée contre elle. », p. 147.

♠ « Théorie des pul­sions », Abrégé de psy­cha­na­lyse, Paris, puf, 1975.
« Nous avons résolu de n’admettre l’existence que de deux pul­sions fon­da­men­tales : l’Éros et la pul­sion de des­truc­tion (les pul­sions, oppo­sées l’une à l’autre, de conser­va­tion de soi et de conser­va­tion de l’espèce, ainsi que l’autre oppo­si­tion entre amour du moi et amour d’objet, entrent encore dans le cadre de l’Éros). Le but de l’Éros est d’établir de tou­jours plus grandes uni­tés, donc de conser­ver : c’est la liai­son. Le but de l’autre pul­sion, au contraire, est de bri­ser les rap­ports, donc de détruire les choses. […] et c’est pour­quoi nous l’appelons aussi la pul­sion de mort. », p. 8.

♠ « Développement de la fonc­tion sexuelle », Abrégé de psy­cha­na­lyse, Paris, puf, 1975.
« Dès cette phase orale, avec l’apparition des pre­mières dents, cer­taines ten­dances sadiques sur­gis­se­ment iso­lé­ment. Elles sont bien plus mar­quées dans la deuxième phase, celle que nous appe­lons sadique-anale parce qu’alors la satis­fac­tion est recher­chée dans l’agression et la fonc­tion excré­men­tielle. Si nous nous arro­geons le droit de rap­por­ter les ten­dances agres­sives à la libido, c’est parce que nous pen­sons que le sadisme est une union pul­sion­nelle entre les ten­dances pure­ment libi­di­nales et d’autres pure­ment des­truc­tives, union qui dès lors per­sis­tera à jamais. », p. 13–14.

Jacques Lacan

♠  Le Séminaire, livre III, Les psy­choses, Paris, Seuil, 1981.
« La scène est la sui­vante. En jouant avec son cou­teau, il s’était coupé le doigt, qui ne tenait plus que par un tout petit bout de peau. Le sujet raconte cet épi­sode dans un style cal­qué sur le vécu. Il semble que tout repé­rage tem­po­rel ait dis­paru. Il s’est assis ensuite sur un banc, à côté de sa nour­rice, qui est jus­te­ment la confi­dente de ses pre­mières expé­riences, et il n’a pas osé lui en par­ler. Combien signi­fi­ca­tive cette sus­pen­sion de toute pos­si­bi­lité de par­ler – et à la per­sonne pré­ci­sé­ment à qui il par­lait de tout, et spé­cia­le­ment de choses de cet ordre. Il y a là un abîme, une plon­gée tem­po­relle, une cou­pure d’expérience, à la suite de quoi il res­sort qu’il n’a rien du tout, tout est fini, n’en par­lons plus. La rela­tion que Freud éta­blit entre ce phé­no­mène et ce très spé­cial ne rien savoir de la chose, même au sens du refoulé exprimé dans son texte, se tra­duit par ceci – ce qui est refusé dans l’ordre sym­bo­lique, resur­git dans le réel. Il y a une rela­tion étroite entre, d’un côté, la déné­ga­tion et la réap­pa­ri­tion dans l’ordre pure­ment intel­lec­tuel de ce qui n’est pas inté­gré par le sujet, et de l’autre, la Verwerfung et l’hallucination, c’est-à-dire la réap­pa­ri­tion dans le réel de ce qui est refusé par le sujet. Il y a là une gamme, un éven­tail de rela­tions. », p. 22.

♠  Le Séminaire, livre IV, La rela­tion d’objet, Paris, Seuil, 1994.
« S’il y a jus­te­ment quelque chose dont Mme Mélanie Klein nous donne l’idée […], c’est bien que la situa­tion pre­mière est chao­tique, véri­ta­ble­ment anar­chique. Ce qui est carac­té­ris­tique à l’origine, c’est le bruit et la fureur des pul­sions, et il s’agit jus­te­ment de savoir com­ment quelque chose comme un ordre peut s’établir à par­tir de là. », p. 65.

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004.
« En revanche, ce que j’ai dit de l’affect, c’est qu’il n’est pas refoulé. Cela, Freud le dit comme moi. Il est désar­rimé, il s’en va à la dérive. On le retrouve déplacé, fou, inversé, méta­bo­lisé, mais il n’est pas refoulé. Ce qui est refoulé, ce sont les signi­fiants qui l’amarrent. », p. 23.

« La colère, vous ai-je dit, c’est ce qui se passe chez les sujets, quand les petites che­villes ne rentrent pas dans les petits trous. Cela veut dire quoi ? Quand au niveau de l’Autre, du signi­fiant, c’est-à-dire tou­jours, plus ou moins, de la foi, de la bonne foi, on ne joue pas le jeu. Eh bien, c’est cela qui sus­cite la colère. », p. 23–24.

« Le désir sadique, avec tout ce qu’il com­porte d’énigme, n’est arti­cu­lable qu’à par­tir de la schize, la dis­so­cia­tion, qu’il vise à intro­duire chez le sujet, l’autre, en lui impo­sant, jusqu’à une cer­taine limite, ce qui ne sau­rait être toléré – à la limite exacte où appa­raît chez ce sujet une divi­sion, une béance, entre son exis­tence de sujet et ce qu’il subit, ce dont il peut pâtir, dans son corps. Ce n’est pas tel­le­ment la souf­france de l’autre qui est cher­chée dans l’intention sadique, c’est son angoisse. », p. 123.

« Le trait nou­veau que j’entends appor­ter est ceci, qui carac­té­rise le désir sadique. Dans l’accomplissement de son acte, de son rite […], ce que l’agent du désir sadique ne sait pas, c’est ce qu’il cherche, et ce qu’il cherche, c’est à se faire appa­raître lui-même […] comme pur objet, fétiche noir. », p. 124.

« Le sujet va dans la direc­tion de s’évader de la scène. C’est ce qui nous per­met de recon­naître le pas­sage à l’acte dans sa valeur propre, et d’en dis­tin­guer ce qui est tout autre, vous le ver­rez, à savoir l’acting out. », p. 137.

♠ Le Séminaire, livre VII, L’éthique de la psy­cha­na­lyse, Paris, Seuil, 1986.
« La colère est essen­tiel­le­ment liée à ce qu’exprime cette for­mule de Péguy, qui l’a dit dans une cir­cons­tance humo­ris­tique – c’est quand les petites che­villes ne vont pas dans les petits trous. Réfléchissez à ça, et voyez si ça peut vous ser­vir. Ça a toutes sortes d’applications pos­sibles, jusques et y com­pris d’y voir l’indice d’une ébauche pos­sible d’organisation sym­bo­lique du monde chez les rares espèces ani­males où on peut effec­ti­ve­ment consta­ter quelque chose qui res­semble à la colère. Car il est assez sur­pre­nant que la colère soit remar­qua­ble­ment absente du règne ani­mal dans l’ensemble de son éten­due. », p. 123–124.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 17 décembre 1974, Ornicar ?, n°2, mars 1975.
« Cela jus­ti­fie que, si nous cher­chons de quoi peut être bor­dée cette jouis­sance de l’autre corps en tant qu’elle fait sûre­ment trou, ce que nous trou­vons, c’est l’angoisse. », p. 104.

« L’angoisse, qu’est-ce que c’est ? C’est ce qui, de l’intérieur du corps, ex-siste quand quelque chose l’éveille, le tour­mente. Voyez le petit Hans. S’il se rue dans la pho­bie, c’est pour don­ner corps à l’embarras qu’il a du phal­lus, de cette jouis­sance phal­lique venue s’associer à son corps. », p. 104.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 14 jan­vier 1975, Ornicar ?, n°3, mai 1975.
« L’être qui parle est tou­jours quelque part, mal situé, entre deux et trois dimen­sions. », p. 99.

♠ Le Séminaire, livre XXIII, Le sin­thome, Paris, Seuil, 2005.
« À pro­pos de Tennyson, de Byron, de choses se réfé­rant à des poètes, il s’est trouvé des cama­rades pour le fice­ler à une bar­rière en fil de fer bar­belé, et lui don­ner, à lui, James Joyce, une raclée. Le cama­rade qui diri­geait toute l’aventure était un nommé Héron, terme qui n’est pas indif­fé­rent, puisque c’est l’érôn. Ce Héron l’a donc battu pen­dant un cer­tain temps, aidé de quelques autres cama­rades. Après l’aventure, Joyce s’interroge sur ce qui a fait que, passé la chose, il ne lui en vou­lait pas. Il s’exprime alors d’une façon très per­ti­nente, comme on peut l’attendre de lui, je veux dire qu’il méta­pho­rise son rap­port à son corps. Il constate que toute l’affaire s’est éva­cuée, comme une pelure, dit-il. […] Qui est-ce qui sait ce qui se passe dans son corps ? », p. 148.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation laca­nienne. Extimité », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 20 novembre 1985, inédit.
« Hors signi­fié, ça veut dire qu’on ne l’a pas encore fait signi­fier. C’est comme ce à quoi le sujet a rap­port avant tout refou­le­ment. C’est ce par rap­port à quoi le refou­le­ment est déjà une éla­bo­ra­tion. C’est le terme par rap­port à quoi il y a une défense pri­maire – le refou­le­ment appa­rais­sant, lui, comme une défense beau­coup plus éla­bo­rée. C’est comme une réa­lité muette par rap­port à quoi le sujet se consti­tue dans un rap­port pathé­tique d’affect pri­maire. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Illuminations pro­fanes » ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VII, cours du 22 mars 2006, inédit.
« Lacan essaye de cer­ner […] com­ment le sujet sur­git non pas du signi­fiant mais com­ment il sur­git du rap­port indi­cible à la jouis­sance […] et il s’agit en quelque sorte d’approcher le sujet au-delà même du refou­le­ment, c’est-à-dire dans sa posi­tion de défense, dans une orien­ta­tion qui est préa­lable aux construc­tions du refou­le­ment. Par là, on est dans les sou­bas­se­ments de l’être du sujet, si l’on veut. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Le lieu et le lien », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 14 mars 2001, inédit.
« Je trouve très impor­tant de rap­pe­ler que la théo­rie de l’angoisse s’est cor­ré­lée dans la ten­sion entre le désir et l’acte, et non par l’incertitude quant à l’action. Au moment où le sujet va pas­ser à l’acte, il y a la dimen­sion d’angoisse qui pré­cède. Et en effet, l’angoisse indique quelque chose du lieu de l’acte. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Le lieu et le lien », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 28 mars 2001, inédit.
« Cette volonté autre c’est celle que Freud a nom­mée pul­sion, et qu’il est arrivé à Lacan de théo­ri­ser comme une demande, et qu’il a poussé jusqu’à nom­mer, fina­le­ment d’une façon plus claire, volonté de jouis­sance. C’est le nom laca­nien de la pul­sion. […] le sujet fait l’expérience la plus déran­geante de ce qu’il est assu­jetti à une volonté autre que la sienne. On peut dire qu’à cet égard, ce qu’on appelle l’inconscient, mais dont on ne fait pas si faci­le­ment l’expérience, l’esquisse seule­ment. Certes, c’est le sens de l’association libre, c’est le sens de cette expé­rience qui consiste à mettre entre paren­thèses toute autre volonté que celle de dire pour s’éprouver assu­jetti. À cet égard, on peut dire, sans doute, que c’est une expé­rience de la refente, sans qu’elle pré­sen­ti­fie avec le même accent la volonté autre. Les rêves déjà esquissent ce “c’est plus fort que moi”. »

♠ « DSK entre Éros et Thanatos », Le Point, n°248, mai 2011.
« Maintenant, ima­gi­nez que ce mot de “fel­la­tion”, qui appar­tient à un dis­cours second, ne s’exprime pas dans le registre de la parole sous la forme de lap­sus ; sup­po­sez qu’il soit doté d’une force injonc­tive et qu’il embraie direc­te­ment sur le corps. Le sujet se trouve alors dans la néces­sité d’obéir à un com­man­de­ment aussi muet qu’irrécusable, à une exi­gence abso­lue de satis­fac­tion immé­diate. Un impé­ra­tif de jouis­sance impose sa loi, qui n’admet aucune déli­bé­ra­tion : le pas­sage à l’acte se déclenche. », p. 6.

« Les pri­sons sont pleines de ces mal­heu­reux chez qui l’exigence incon­di­tion­nelle de la pul­sion n’est pas tam­pon­née, tem­pé­rée, frei­née, répar­tie, cana­li­sée par des dépla­ce­ments, des subli­ma­tions, des figures diverses de rhé­to­rique, méta­phores, méto­ny­mies, tout ce sys­tème d’écluses et de digues qui consti­tue l’architecture d’une belle et bonne névrose. », p. 49.


Les auteurs du Champ freu­dien

Laurent É.

♠ « L’orientation laca­nienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comi­tés d’éthique », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 4 décembre 1996, inédit.
« Et Lacan concluait : “Mouvement qui donne la forme logique de toute assi­mi­la­tion ‘humaine’, en tant pré­ci­sé­ment qu’elle se pose comme assi­mi­la­tion d’une bar­ba­rie”. Car en effet cette bar­ba­rie, elle est pré­sente dès le départ. Dans cette com­mu­nauté d’adolescents, ce qui rôde c’est la sexua­lité, mena­çante, pré­sence d’une nature, c’est une chose féroce, pré­sen­tée comme ce qui peut l’empoigner, Törless, le lacé­rer, ses yeux d’abord. D’emblée, dès la tren­tième page, Törless s’installe dans une sorte de ten­sion éro­tique avec l’Autre, avec son cama­rade. […] s’il y a vrai­ment quelque chose entre lui et son copain, Beineberg, quelque chose entre guille­mets, c’est à ce moment-là que Törless brûle de cou­vrir d’insultes son cama­rade. Il y a ce lien dès qu’on approche de la sexua­lité, où cette signi­fi­ca­tion ne s’aborde que par la forme limite du lan­gage, l’injure, l’insulte, l’humiliation, la ter­reur. »

Lacadée Ph.

♠  La vraie vie à l’école, Paris, Michèle, 2013.
« Le moi se struc­ture dans une expé­rience de riva­lité qui lui donne sa charge d’agressivité poten­tielle. Le moi est donc une sorte de bombe à retar­de­ment qui ne demande qu’à explo­ser lorsque se repré­sen­te­ront les cir­cons­tances de sa consti­tu­tion. », p. 118.

♠  « Le pas­sage à l’acte chez les ado­les­cents », La Cause freu­dienne, n°65, mars 2007.
« En grand cli­ni­cien, Freud rap­pelle que le sujet a le droit de s’attarder dans ce stade même fâcheux du déve­lop­pe­ment, car au cœur de l’être humain existe une zone, que Lacan a appe­lée la jouis­sance, et qui fait que par­fois le sujet ne veut pas for­cé­ment son propre bien. Il peut aussi vou­loir consciem­ment ou pas se nuire à lui-même. La cli­nique de l’acte sui­ci­daire est sans doute celle qui illustre le mieux ce para­doxe. Il y aurait donc, pour tout sujet, d’une part une ten­sion entre l’idéal du moi, qui lui dirait com­ment faire avec sa vie, et d’autre part cette zone obs­cure qui gîte au cœur de l’être et qui concerne sa part pul­sion­nelle. Cette tache noire au cœur de l’être humain concerne cette part de souf­france bizarre, qui jus­te­ment fait tache dans son exis­tence, et qui est, à l’adolescence, d’une éton­nante actua­lité parce que cette tache cor­res­pond à quelque chose de nou­veau, qui sur­git là sou­vent de façon contin­gente. L’adolescent est tra­vaillé par ses pul­sions sexuelles, qui peuvent occu­per toute la scène de sa vie, et dont il peut avoir honte », p. 222.

« L’adolescent est avant tout sur­pris par le sur­gis­se­ment de la dimen­sion du corps. La psy­cha­na­lyse est certes une expé­rience de parole, mais seule­ment en tant que la parole est sup­por­tée par un corps. Et, comme le disait très bien Lacan, un corps ça se jouit. À l’adolescence, le corps s’éprouve par le sujet d’une façon nou­velle. », p. 224.

« La der­nière phrase de ce poème, “moi pressé de trou­ver le lieu et la for­mule”, me paraît para­dig­ma­tique de ce qui est en jeu dans ce moment de l’adolescence. Par quoi est-ce que le sujet est pressé ? Il est pressé par la pul­sion, c’est-à-dire quelque chose qui gît en lui, qui l’agite, voire l’agit. », p. 225.

♠ « Voile de vio­lence », La Cause freu­dienne, n°77, jan­vier 2011.
« Lacan parle de ten­dance agres­sive […]. La ten­dance, ici, ne désigne pas tant ce que le sujet n’arrive pas à dire du fait de sa dif­fi­culté à trou­ver les mots, mais ce qui l’agite dans son corps, ce qui se passe en lui au niveau pul­sion­nel – c’est-à-dire sa jouis­sance. C’est là qu’entrent en jeu les objets pul­sion­nels qui sou­tiennent la demande – l’objet oral et l’objet anal – et le désir – la voix et le regard. Là où manquent les signi­fiants de l’Autre pour le dire, ces objets déclenchent la cli­nique dif­fé­ren­tielle de l’agressivité. », p. 47.

« Je viens pour dire que la vio­lence, pour tout être humain, concerne le ça freu­dien, soit un réel en jeu qu’il s’agit, non pas de vou­loir éra­di­quer, mais de situer à sa juste place afin d’y convo­quer le voile – soit les sem­blants néces­saires pour la main­te­nir dans une mesure vivable par tous. », p. 48.


Post-freudiens

Donald W. Winnicott

♠ « Concepts actuels du déve­lop­pe­ment de l’adolescent : leurs consé­quences quant à l’éducation », Jeu et réa­lité, Paris, Gallimard, nrf, 1975.
« Si, dans le fan­tasme de la pre­mière crois­sance, il y a la mort, dans celui de l’adolescence, il y a le meurtre. […] Dans le fan­tasme incons­cient, gran­dir est, par nature, un acte agres­sif. », p. 199.

« Si l’enfant doit deve­nir adulte, ce pas­sage s’accomplira alors sur le corps mort d’un adulte. (Le lec­teur sait, je le tiens pour acquis, que je me réfère au fan­tasme incons­cient) », p. 200.

« L’agressivité et ses racines », Agressivité, culpa­bi­lité et répa­ra­tion, Paris, Payot, 1984.

« Si l’on tient compte de ce qu’un nour­ris­son est capable de sup­por­ter, on com­prend aisé­ment qu’un petit enfant vit l’amour et la haine avec autant de vio­lence qu’un adulte. », p. 14.

« L’agressivité […] est aussi une des sources prin­ci­pales d’énergie chez l’individu. », p. 28.


Les amis du Champ freu­dien

Le Breton D.

Corps et ado­les­cence, Bruxelles, Éditions Fabert, 2016.

« L’anorexie est une lutte farouche contre la sexua­tion qui arrache au neutre et contraint à deve­nir femme (ou homme). Elle est même une pas­sion de la dés­in­car­na­tion. Tentative d’arrêter le temps du corps, de reprendre la maî­trise de soi. […] Son corps est en trop et pré­tend la fixer à une fémi­nité qui la limite de façon insup­por­table ou qu’elle récuse sans pour autant aspi­rer à la mas­cu­li­nité. Elle sou­haite plu­tôt ne jamais gran­dir. Elle vou­drait que son esprit se détache enfin de son corps et ne plus être que cette force aérienne qui n’est rat­ta­chée à rien. », p. 39–40.

Russell B.

♠ « Les désar­rois de l’élève Törless », L’ange sur le toit, Paris, Acte Sud, 2000.
« La vio­lence pro­voque une lumière blanche et de la cha­leur à l’intérieur de la tête, et cela aussi bien chez celui qui bat l’autre que chez celui qui est battu. Il n’y a jamais d’obscurité ni de froid. Cela se pro­duit à l’instant du contact violent, avant qu’on res­sente de la dou­leur, voire de la peur ou de la culpa­bi­lité. De sorte que la dou­leur, la peur et la culpa­bi­lité en viennent à être consi­dé­rées comme le prix qu’on doit payer après-coup pour cette extra­or­di­naire immo­la­tion. C’est comme si la vio­lence était un cadeau sans prix. En plus de la lumière et la cha­leur, ce cadeau sus­cite de superbes rêves de ven­geance qui durent pen­dant des dizaines de géné­ra­tions de pères et d’enfants, de maris et de femmes. C’est un cadeau qui forme et qui ali­mente des fan­tasmes où on est aussi grand qu’un gla­cier, aussi dur que du fer, aussi rapide que la lumière et aussi impré­vi­sible qu’un vol­can.

Lorsqu’un homme fort vous frappe à la tête, vous lance un grand coup dans les côtes et vous jette au sol, vous décou­vrez ins­tan­ta­né­ment que vous êtes déjà à moi­tié dans un récit qui décrit votre retour à ce moment, une nar­ra­tion dont la fonc­tion pre­mière est d’effectuer un ren­ver­se­ment : de trans­for­mer l’enfant en homme, le faible en fort, le méchant en bon. Écoute-moi : vous êtes pris au piège du récit, et, pour expri­mer ce ren­ver­se­ment, il n’y a pas d’autres mots dis­po­nibles que ceux qui ont pré­sidé au début du récit, à l’ouverture du drame. », p. 174–175.

Ferrante E.

♠ L’amie pro­di­gieuse, Paris, Gallimard, Folio, 2011.
« Je ne suis pas nos­tal­gique de notre enfance : elle était pleine de vio­lence. Il nous arri­vait toutes sortes d’histoires, chez nous et à l’extérieur, jour après jour ; mais je ne crois pas avoir jamais pensé que la vie qui nous était échue fût par­ti­cu­liè­re­ment mau­vaise. C’était la vie, un point c’est tout et nous gran­dis­sions avec l’obligation de la rendre dif­fi­cile aux autres avant que les autres nous la rendent dif­fi­cile. », p. 39.

Sigmund Freud

♠ « Lettre à Arthur Schnitzler », 14 mai 1922, Correspondance (1873–1939), Paris, Gallimard, 1966.
« Dans un petit livre écrit en 1920, Au-delà du prin­cipe de plai­sir, j’ai essayé de mon­trer qu’Éros et la pul­sion de mort sont les forces ori­gi­naires dont le jeu opposé domine toutes les énigmes de l’existence. », p. 371.

♠ « Théorie des pul­sions », Abrégé de psy­cha­na­lyse, Paris, puf, 1975.
« Voici com­ment nous nous repré­sen­tons l’état ini­tial : toute l’énergie dis­po­nible de l’Éros, que nous appel­le­rons désor­mais libido, se trouve dans le moi-ça encore indif­fé­ren­cié et sert à neu­tra­li­ser les ten­dances des­truc­trices qui y sont éga­le­ment pré­sentes (pour dési­gner l’énergie de la pul­sion de des­truc­tion nous ne dis­po­sons pas d’un terme ana­logue de celui de “libido”) […]. Aussi long­temps que cette pul­sion agit inté­rieu­re­ment en tant que pul­sion de mort, elle reste muette, et elle ne se mani­feste à nous qu’au moment où, en tant que pul­sion de des­truc­tion, elle se tourne vers l’extérieur. […] Refréner son agres­si­vité, en effet, est en géné­ral mal­sain et patho­gène. On observe sou­vent la trans­for­ma­tion d’une agres­si­vité entra­vée en auto-destruction chez un sujet qui retourne son agres­si­vité contre lui-même. », p. 9–10.

♠ Pourquoi la guerre ?, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2005.
« D’ailleurs ainsi que vous le mar­quez vous-même, il ne s’agit pas de sup­pri­mer le pen­chant humain à l’agression : on peut s’efforcer de le cana­li­ser, de telle sorte qu’il ne trouve pas son mode d’expression dans la guerre. », p. 59.

« Si la pro­gres­sion à la guerre est un pro­duit de la pul­sion des­truc­trice, il y a donc lieu de faire appel à son adver­saire, l’Eros. Tout ce qui engendre, parmi les hommes, des liens de sen­ti­ment doit réagir contre la guerre. », p. 59.

Jacques Lacan

♠ « D’une ques­tion pré­li­mi­naire à tout trai­te­ment pos­sible de la psy­chose », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« C’était la fille qui, lors de notre exa­men, nous pro­dui­sit pour preuve des injures aux­quelles toutes deux étaient en butte de la part de leurs voi­sins, un fait concer­nant l’ami de la voi­sine qui était cen­sée les har­ce­ler de ses assauts, après qu’elles eussent dû mettre fin avec elle à une inti­mité d’abord com­plai­sam­ment accueillie. Cet homme […] avait à l’entendre, lancé à son adresse en la croi­sant dans le cou­loir de l’immeuble, le terme mal­son­nant de : “Truie !” Sur quoi nous […] lui deman­dâmes tout uni­ment ce qui en elle-même avait pu se pro­fé­rer l’instant d’avant. Non sans suc­cès : car elle nous concéda d’un sou­rire avoir en effet mur­muré à la vue de l’homme, ces mots dont à l’en croire, il n’avait pas à prendre ombrage : “je viens de chez le char­cu­tier…” Qui visaient-ils ? Elle était bien en peine de le dire, nous met­tant en droit de l’y aider. […] Nous ne pour­rons négli­ger le fait entre autres que la malade avait pris congé le plus sou­dain de son mari et de sa belle-famille et donné ainsi à un mariage réprouvé par sa mère un dénoue­ment resté depuis sans épi­logue, à par­tir de la convic­tion qu’elle avait acquise que ces pay­sans ne se pro­po­saient rien de moins, pour en finir avec cette propre à rien de cita­dine, que de la dépe­cer congrû­ment. […] À notre fin pré­sente, il suf­fit que la malade ait avoué que la phrase était allu­sive, sans qu’elle puisse pour autant mon­trer rien que per­plexité quant à sai­sir sur qui des copré­sents ou de l’absente por­tait l’allusion, car il appa­rait que le je, comme sujet de la phrase en style direct, lais­sait en sus­pens […] la dési­gna­tion du sujet par­lant, aussi long­temps que l’allusion […] res­tait elle-même oscil­lante. Cette incer­ti­tude pris fin […] avec l’apposition du mot “truie” […]. C’est ainsi que le dis­cours vint à réa­li­ser son inten­tion de rejet dans l’hallucination. Au lieu où l’objet indi­cible est rejeté dans le réel, un mot se fait entendre, pour ce que, venant à la place de ce qui n’a pas de nom, il n’a pu suivre l’intention du sujet. », p. 534–535.

♠ Le Séminaire, livre VI, Le désir et son inter­pré­ta­tion, Paris, La Martinière/Champ freu­dien, 2013.
« Ce que l’on appelle en cette occa­sion [le rap­port du sujet avec le nou­veau venu dans la constel­la­tion fami­liale] une agres­sion n’est pas une agres­sion, c’est un sou­hait de mort. Si incons­cient que nous le sup­po­sions, c’est quelque chose qui s’articule Qu’il meure ! – et cela ne se conçoit que dans le registre de l’articulation, c’est-à-dire là où les signi­fiants existent. Le sem­blable rival est agressé en termes de signi­fiants arti­cu­lés, si pri­mi­tifs que nous les sup­po­sions, alors que l’animal, quand il se livre sur les petits sem­blables à des agres­sions, il les mor­dille, il les pousse, voire il les rejette hors de l’enceinte où accé­der à la nour­ri­ture. Que la riva­lité pri­mi­tive passe dans l’inconscient est lié au fait d’une arti­cu­la­tion, si rudi­men­taire que nous la sup­po­sions, dont la nature n’est pas essen­tiel­le­ment dif­fé­rente de celle de l’articulation par­lée Qu’il meure ! C’est parce qu’il s’agit ici d’articulations que ce Qu’il meure ! peut res­ter en des­sous du Qu’il est beau ! ou du Je l’aime, qui est l’autre dis­cours qui se super­pose au pré­cé­dent. Dans l’intervalle de ces deux dis­cours, se situe ce à quoi nous avons à faire comme le désir. », p. 561.

♠ Le Séminaire, livre VII, L’éthique de la psy­cha­na­lyse, Paris, Seuil, 1986.
« Il en résulte que, si nous conti­nuons de suivre Freud dans un texte comme le Malaise dans la civi­li­sa­tion, nous devons for­mu­ler ceci, que la jouis­sance est un mal. Freud là-dessus nous guide par la main – elle est un mal parce qu’elle com­porte le mal du pro­chain. […] Cela a un nom – c’est ce que l’on appelle l’au-delà du prin­cipe du plai­sir. Et cela a des effets qui ne sont pas méta­phy­siques, et à balan­cer entre un sûre­ment pas et un peut-être. Ceux qui pré­fèrent les contes de fées font la sourde oreille quand on leur parle de la ten­dance native de l’homme à la méchan­ceté, à l’agression, à la des­truc­tion, et donc aussi à la cruauté. Et ce n’est pas tout, page 47 du texte fran­çais – L’homme essaie de satis­faire son besoin d’agression aux dépens de son pro­chain, d’exploiter son tra­vail sans dédom­ma­ge­ment, de l’utiliser sexuel­le­ment sans son consen­te­ment, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infli­ger des souf­frances, de le mar­ty­ri­ser et de le tuer. Si je ne vous avais pas dit d’abord l’ouvrage d’où j’extrais ce texte, j’aurais pu vous le faire pas­ser pour un texte de Sade. », p. 217.

« Il est de la nature du bien d’être altruiste. Mais ce n’est pas là l’amour du pro­chain. Freud le fait sen­tir, sans l’articuler plei­ne­ment. Nous allons essayer, sans rien for­cer, de le faire à sa place. Nous pou­vons nous fon­der sur ceci, qu’à chaque fois que Freud s’arrête, comme hor­ri­fié, devant la consé­quence du com­man­de­ment de l’amour du pro­chain, ce qui sur­git, c’est la pré­sence de cette méchan­ceté fon­cière qui habite en ce pro­chain. Mais dès lors elle habite aussi en moi-même. Et qu’est-ce qui m’est plus pro­chain que ce cœur en moi-même qui est celui de ma jouis­sance, dont je n’ose appro­cher ? Car dès que j’en approche – c’est là le sens du Malaise dans la civi­li­sa­tion – sur­git cette inson­dable agres­si­vité devant quoi je recule, que je retourne contre moi, et qui vient, à la place même de la Loi éva­nouie, don­ner son poids à ce qui m’empêche de fran­chir une cer­taine fron­tière à la limite de la Chose. », p. 219.

« La pul­sion comme telle, et pour autant qu’elle est alors pul­sion de des­truc­tion, doit être au-delà de la ten­dance au retour à l’inanimé. Que peut-elle bien être ? – si ce n’est une volonté de des­truc­tion directe […]. Ne met­tez pas du tout d’accent sur le terme volonté. Quel que soit l’intérêt en écho qu’a pu éveiller chez Freud la lec­ture de Schopenhauer, il ne s’agit de rien qui soit de l’ordre d’une Wille fon­da­men­tale, et c’est seule­ment pour faire sen­tir la dif­fé­rence de registre d’avec la ten­dance à l’équilibre que je suis en train de l’appeler ainsi pour l’instant. Volonté de des­truc­tion. Volonté de recom­men­cer à nou­veaux frais. Volonté d’Autre chose, pour autant que tout peut être mis en cause à par­tir de la fonc­tion du signi­fiant. Si tout ce qui est imma­nent ou impli­cite dans la chaîne des évé­ne­ments natu­rels peut être consi­déré comme sou­mis à une pul­sion dite de mort, ce n’est que pour autant qu’il y a la chaîne signi­fiante. Il est en effet exi­gible en ce point de la pen­sée de Freud que ce dont il s’agit soit arti­culé comme pul­sion de des­truc­tion, pour autant qu’elle met en cause tout ce qui existe. Mais elle est éga­le­ment volonté de créa­tion à par­tir de rien, volonté de recom­men­ce­ment. Cette dimen­sion est intro­duite dès lors qu’est iso­lable la chaîne his­to­rique, et que l’histoire se pré­sente comme quelque chose de mémo­rable et de mémo­risé au sens freu­dien, quelque chose qui est enre­gis­tré dans la chaîne signi­fiante et sus­pendu à son exis­tence. […] Comme dans Sade, la notion de la pul­sion de mort est une subli­ma­tion créa­tion­niste, liée à cet élé­ment struc­tu­ral qui fait que, dès lors que nous avons affaire à quoi que ce soit dans le monde qui se pré­sente sous la forme de la chaîne signi­fiante, il y a quelque part, mais assu­ré­ment hors du monde de la nature, l’au-delà de cette chaîne, l’ex nihilo sur lequel elle se fonde et s’articule comme telle. », p. 251–252.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 8 avril 1975, Ornicar ?, n°5, déc-janv. 75/76.
« On n’y peut rien, le par­lêtre n’aspire qu’au bien, d’où il s’enfonce tou­jours dans le pire. », p. 43.

« Le nœud bor­ro­méen met à notre por­tée ceci, cru­cial pour notre pra­tique, que nous n’avons aucun besoin de micro­scope pour qu’apparaisse la rai­son de cette vérité pre­mière, à savoir que l’amour est hai­na­mo­ra­tion et non pas velle bonum ali­cui comme l’énonce Saint Augustin. », p. 49.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation laca­nienne. Le ban­quet des ana­lystes », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 6 mai 1989, inédit.
« Lacan dit très bien que l’insulte est le pre­mier mot et le der­nier mot du dia­logue. C’est dans l’insulte que le lan­gage porte à consé­quence. C’est l’insulte qui vous fait réagir. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Le ban­quet des ana­lystes », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 13 décembre 1989, inédit.
« Voilà donc l’histoire d’une insulte où tout est fait pour mon­trer que ce cochon de Morin est au fond un mal­adroit [et que] cette insulte […] poin­çonne et marque l’être de Morin jusqu’à la mort. […] L’insulte incarne le tu es cela, qui est cela même qu’à la fin de l’analyse, selon Lacan, le sujet ren­contre à la limite exta­tique du lan­gage. D’une façon géné­rale, le cela du tu es cela est plu­tôt dépré­cia­tif. À charge pour l’analyste, à l’occasion, de faire de cette dépré­cia­tion même le prin­cipe de la louange. Maupassant ne nous dit pas que ce cochon de Morin est devenu fou et pour­tant il en connais­sait un bout là- des­sus. […] C’est là qu’on sai­sit la place, tout à fait cen­trale dans la psy­chose, chez Lacan, de l’insulte. C’est bien là que dans son écrit sur le trai­te­ment de la psy­chose, il met en épingle une insulte qui a beau­coup affaire avec celle-là, à savoir l’hallucination d’une per­sonne de s’être enten­due appe­ler truie par le voi­sin. »

« Évidemment, l’insulte, c’est lié à un affect. L’insulte vient quand il n’y a plus de mots pour le dire, quand on ne peut plus rai­son­ner et qu’on étouffe, qu’on étouffe de colère. »

« Un mot tout de même sur l’insulte dans la psy­chose. Je vous ren­voie aux Écrits, pages 534–535, ainsi qu’au déve­lop­pe­ment du Séminaire III sur le sujet, où Lacan pose très pré­ci­sé­ment que dans cette insulte un mot se fait entendre qui vient à la place de l’objet indi­cible. […] Ces insultes le sujet les entend comme venant du réel, comme venant à la place du signi­fiant du Nom-du-père qu’il n’y a pas dans l’Autre. De telle sorte que Lacan carac­té­rise très exac­te­ment la for­clu­sion comme un trou “qui n’a pas besoin d’être inef­fable pour être”. Au contraire, le trou de la for­clu­sion du Nom-du-père, c’est un trou qui parle. C’est un trou qui parle et qui du coup a des effets sur le tout, sur le tout du signi­fiant. […] C’est ainsi qu’à par­tir de la for­clu­sion du Nom-du-père, n’importe quoi de la langue peut venir à faire dans le réel insulte pour le sujet. »

« Le névrosé, il cherche son insulte. Il cherche cette insulte dans l’analyse, alors que le psy­cho­tique l’a au départ. Qu’est ce qui empêche le névrosé de connaître ce signi­fiant qu’il cherche ? Ce signi­fiant qui sera pris dans la for­mule tu es cela. Ce qui empêche le névrosé de connaître ce signi­fiant, c’est pré­ci­sé­ment que lui il a le Nom-du-père, c’est-à-dire S(A). C’est le Nom-du-père comme signi­fiant de l’Autre qui empêche le névrosé de connaître son nom d’insulte. […] C’est pour­quoi le névrosé, lui, il part à la recherche de son épi­thète. […] C’est-à-dire de ce qui fonc­tion­nera comme le signi­fiant de l’objet a, c’est-à-dire comme un signi­fiant absolu, c’est-à-dire comme un signifiant-maître tout seul. […] C’est bien au regard du nom absolu qu’ont chance de se pro­duire les chutes d’identification. »

« L’insulte, en effet, est au-delà de l’identification. Ça nous per­met de sai­sir en quoi le Nom-du-Père est ce qui pare à l’insulte. Le Nom-du-Père, c’est ce qui fait qu’on ne s’insulte pas ».

♠ « L’orientation laca­nienne. Le ban­quet des ana­lystes », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 13 mai 1989, inédit.

« Au fond, la for­mule de l’insulte, elle vient bien au moment où, dans la défaillance de l’Autre comme lieu du signi­fiant, qui s’écrit A barré, l’être du sujet comme petit a émerge. C’est alors que du fond de la langue sur­git un signi­fiant qui vient épin­gler pré­ci­sé­ment le moment de l’indicible. C’est pour­quoi cette épi­thète figée vise à dire ce qui est le propre du sujet. C’est pour­quoi la haine est une des voies vers l’être. »

♠ « Rien n’est plus humain que le crime », Mental, n°21, sep­tembre 2008.
« Il y a un tuer de l’être humain qui est légal. La civi­li­sa­tion sup­pose un droit de tuer l’être humain. Tuer léga­le­ment sup­pose d’ajouter quelques mots au tuer sau­vage, un enca­dre­ment ins­ti­tu­tion­nel, un réseau signi­fiant, qui trans­forme le tuer, la signi­fi­ca­tion même de l’action mor­ti­fère. Si l’on donne la bonne forme, si l’on intro­duit les bons sem­blants, tuer n’est plus un assas­si­nat, mais un acte légal. Les signi­fiants, les mots, le cadre, le rituel trans­forment l’action mor­ti­fère. », p. 11.

« Un droit ins­piré par la psy­cha­na­lyse pren­drait en compte la dis­tinc­tion entre le vrai et le réel, et que le vrai n’arrive jamais à recou­vrir le réel. […] Ce droit pren­drait aussi en compte que le sujet consti­tue une dis­con­ti­nuité dans la cau­sa­lité objec­tive, et que l’on ne peut jamais recons­ti­tuer tota­le­ment la cau­sa­lité objec­tive d’un acte sub­jec­tif. Les tenants de ce droit devraient savoir faire avec l’opacité qui reste. », p. 13.


Les auteurs du Champ freu­dien

Cottet S.

♠  « Graines de vio­lence », La Cause freu­dienne, n°62, mars 2006.
« S’il y a vio­lence, celle-ci est rela­tive à l’angoisse et ne peut en aucun cas être assi­mi­lée à une déviance. », p. 15.

Lacadée Ph.

♠  La vraie vie à l’école, Paris, Michèle, 2013.
« Il y a dès lors une façon éthique d’y faire avec la vio­lence qui ne consiste pas à en avoir peur, à l’ignorer, à vou­loir l’éradiquer coûte que coûte et par tous les moyens, mais à tis­ser, au cas par cas et sur mesure, le voile qui per­mette à cha­cun d’entendre que l’agressivité est néces­saire à la construc­tion d’un sujet. », p. 116.


Post-freudiens

Friedlander K.

♠  La délin­quance juvé­nile, Paris, puf, 1951.
« Si la société ne punit pas les actes anti­so­ciaux, le pou­voir du sur­moi se trouve affai­bli et le risque de voir nos propres pul­sions res­sur­gir et se mani­fes­ter par des actes appa­raît. La peur est intense, non du fait des sanc­tions graves qu’entraîne l’acte anti­so­cial, mais parce qu’elle res­sus­cite les vieilles idées infan­tiles de talion. Le dan­ger alors n’était pas de perdre la liberté, mais de subir des dom­mages cor­po­rels. C’est pour­quoi le risque réel ne jus­ti­fie pas l’intensité de la crainte. En exi­geant le châ­ti­ment du cri­mi­nel, le public n’obéit pas seule­ment à la vieille loi du talion mais satis­fait aussi un besoin inté­rieur, celui d’éviter la perte de son équi­libre psy­chique. Si nous vou­lons réa­li­ser quelque pro­grès dans le trai­te­ment des cri­mi­nels, il faut nous rendre compte de la force des liens incons­cients qui empêchent tout assou­plis­se­ment des rap­ports entre crime et sanc­tion. Nous devons savoir que le “bon sens” ne consti­tue pas à lui tout seul une arme effi­cace contre ces ten­dances incons­cientes. », p. 188.


Les amis du Champ

Humbert F.

♠  L’origine de la vio­lence, Paris, Le Passage, 2009.
« Un jeu de cartes à double face. Car le rap­port à la vio­lence, et c’est ce qui fait sa per­ver­sité, est presque tou­jours double : la vio­lence subie, la vio­lence exer­cée. C’est cette dua­lité de la vio­lence qui m’a frappé durant mes années d’enseignement en ban­lieue. Parfois, lorsque je repense à cette période d’errance, je songe, avec un peu de déri­sion heu­reu­se­ment, au désert et à la falaise d’Azazel. C’est en effet là, selon le Lévitique, que lors du Yom Kippour, le grand prêtre, après avoir apposé ses mains sur deux boucs pour les char­ger de tous les péchés de l’année, envoie le second bouc, le bouc émis­saire, le pre­mier ayant été sacri­fié sur place. Et c’est du haut de la falaise d’Azazel que la bête est jetée. », p. 175.

Boyd D.

♠  C’est com­pli­qué. Les vies numé­riques des ado­les­cents, Caen, C&F édi­tions, 2016.
« La per­sis­tance et la visi­bi­lité du har­cè­le­ment au sein des espaces publics en réseau ajoute une dimen­sion nou­velle au dérou­le­ment et à la com­pré­hen­sion du phé­no­mène. D’une part, les inter­ac­tions cruelles entre ado­les­cents laissent des traces visibles sur le net, ce qui per­met à d’autres d’en prendre connais­sance. S’il en découle une par­ti­ci­pa­tion qui ren­force les attaques, cette visi­bi­lité ampli­fiée rend encore plus dou­lou­reuse le har­cè­le­ment. Cela conduit les gens à pen­ser que la tech­no­lo­gie, par nature, rend le har­cè­le­ment plus néfaste et pré­ju­di­ciable, non­obs­tant le fait que les ado­les­cents expliquent sys­té­ma­ti­que­ment que c’est le har­cè­le­ment direct à l’école qui leur cause le plus grand stress. », p. 255.

Sigmund Freud

♠ Le mot d’esprit et sa rela­tion à l’inconscient, Paris, Gallimard, 1988.
« Dès lors, on peut enfin tou­cher du doigt ce que le mot d’esprit réa­lise quand il est au ser­vice de sa ten­dance. Il rend pos­sible la satis­fac­tion d’une pul­sion (de la pul­sion lubrique et hos­tile) en s’opposant à un obs­tacle qui lui barre la route, il contourne cet obs­tacle et puise ainsi du plai­sir à une source de plai­sir qui était deve­nue inac­ces­sible du fait de l’obstacle. », p. 195.

♠ « Sur les types d’entrée dans la névrose », Névrose, psy­chose et per­ver­sion, Paris, PUF, 1992.
« Lorsque ces ten­dances, qui sont incon­ci­liables avec l’état actuel de l’individualité, ont acquis suf­fi­sam­ment d’intensité, un conflit est inévi­table entre elles et l’autre par­tie de la per­son­na­lité qui est res­tée en rela­tion avec la réa­lité. Ce conflit est résolu par des for­ma­tions de symp­tôme et débouche sur une mala­die mani­feste. Le fait que l’ensemble du pro­ces­sus est parti de la frus­tra­tion réelle trouve son reflet dans ce résul­tat que les symp­tômes qui per­mettent de retrou­ver le sol de la réa­lité repré­sentent des satis­fac­tions sub­sti­tu­tives. », p. 176–177.

♠ Totem et Tabou, Paris, Seuil, coll. Points, 2010.
« Le rap­port de l’enfant avec l’animal res­semble beau­coup à celui du pri­mi­tif avec l’animal. […] La pho­bie frappe en géné­ral des ani­maux pour les­quels l’enfant avait mani­festé jusque-là un inté­rêt par­ti­cu­liè­re­ment vif. […] Il s’agit de che­vaux, de chiens, de chats […]. Parfois des ani­maux que l’enfant n’a connu que dans les livres d’images ou de récit de conte qui deviennent l’objet d’une angoisse absurde et exces­sive qui se mani­feste dans ces pho­bies ; […] “De telles pho­bies peuvent presque tou­jours être démas­quées dans l’analyse comme un dépla­ce­ment de l’angoisse de l’un des parents sur les ani­maux.” », p. 242–245.

« J’ai com­mu­ni­qué “L’analyse de la pho­bie d’un gar­çon de cinq ans”[…]. C’était une angoisse des che­vaux, à la suite de laquelle l’enfant refu­sait de sor­tir dans la rue. Il mani­fes­tait une crainte que le che­val ne rentre dans la pièce pour le mordre. Il s’avéra que cela devait être une puni­tion pour son désir que le che­val tombe (meure). Après qu’on eût ôté au jeune gar­çon sa peur du père en le tran­quilli­sant, il appa­rut qu’il lut­tait contre des désirs dont le contenu était l’absence du père (son départ en voyage, sa mort). Il res­sen­tait le père, et le fai­sait savoir on ne peut plus net­te­ment, comme un concur­rent qui lui dis­pu­tait les faveurs de la mère, sur laquelle étaient diri­gés, dans d’obscurs pres­sen­ti­ments, ses désirs sexuels nais­sants. », p. 245.

« La haine résul­tant de la riva­lité auprès de la mère ne peut s’étendre sans inhi­bi­tion dans la vie psy­chique de l’enfant, elle se heurte à la ten­dresse et à l’admiration éprou­vées depuis tou­jours pour cette même per­sonne, l’enfant se trouve dans une posi­tion équi­voque –ambi­va­lente – vis-à-vis du père et se pro­cure un sou­la­ge­ment dans ce conflit d’ambivalence en dépla­çant ses sen­ti­ments d’hostilité sur un sub­sti­tut du père. », p. 246.

Jacques Lacan

♠ Le Séminaire, livre III, Les psy­choses, Paris, Seuil, 1981.
« Le com­plexe d’Œdipe veut dire que la rela­tion ima­gi­naire, conflic­tuelle, inces­tueuse en elle-même, est vouée au conflit et à la ruine. Pour que l’être humain puisse éta­blir la rela­tion la plus natu­relle, celle du mâle à la femelle, il faut qu’intervienne un tiers, qui soit l’image de quelque chose de réussi, le modèle d’une har­mo­nie. Ce n’est pas assez dire il y faut une loi, une chaîne, un ordre sym­bo­lique, l’intervention de l’ordre de la parole, c’est-à-dire du père. Non pas le père natu­rel, mais de ce qui s’appelle le père. L’ordre qui empêche la col­li­sion et l’éclatement de la situa­tion dans l’ensemble est fondé sur l’existence de ce nom du père. », p. 111.

« On sait bien pour­tant que l’agression peut être pro­vo­quée par tout autre sen­ti­ment, et qu’il n’est pas du tout exclu qu’un sen­ti­ment d’amour, par exemple, soit au prin­cipe d’une réac­tion d’agression. Quant à dire qu’une réac­tion comme celle d’ironie est, de par sa nature, agres­sive, cela ne me paraît pas com­pa­tible avec ce que tout le monde sait, à savoir que, loin d’être une réac­tion agres­sive, l’ironie est avant tout une façon de ques­tion­ner, un mode de ques­tion. S’il y a un élé­ment agres­sif, il est struc­tu­ra­le­ment secon­daire par rap­port à l’élément de ques­tion. », p. 30.

« Freud parle dans cette lettre des dif­fé­rentes formes de défense. C’est un mot trop usé dans notre usage pour que nous ne nous deman­dions pas en effet – qui se défend ? qu’est-ce qu’on défend ? contre quoi se défend-on ? La défense en psy­cha­na­lyse porte contre un mirage, un néant, un vide, et non contre tout ce qui existe et pèse dans la vie. Cette der­nière énigme est voi­lée par le phé­no­mène lui-même au moment pré­cis où nous le sai­sis­sons. », p. 244.

♠ Le Séminaire, livre VI, Le désir et son inter­pré­ta­tion, Paris, La Martinière/Champ Freudien, 2013.
« Et c’est une pre­mière dif­fé­rence dans “la fibre”, avec la situa­tion, la construc­tion, avec la fabu­la­tion fon­da­men­tale, pre­mière, du drame d’Œdipe. Œdipe, lui, ne sait pas. Quand il sait tout, le drame se déchaîne, qui va jusqu’à son auto-châtiment, c’est-à-dire la liqui­da­tion par lui-même d’une situa­tion. Mais le crime œdi­pien est com­mis par Œdipe dans l’inconscience. Dans Hamlet, le crime œdi­pien est su, et il est su de de celui qui en est la vic­time, et qui vient sur­gir pour le por­ter à la connais­sance du sujet. », p. 288–289.

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004.
« Qu’est-ce que ça a d’original, cet acting out, et cette démons­tra­tion de ce désir inconnu ? Le symp­tôme, c’est pareil. L’acting out, c’est un symp­tôme. Le symp­tôme se montre comme autre, lui aussi. La preuve, c’est qu’il doit être inter­prété. Bon, alors met­tons bien les points sur les i. Vous savez qu’il ne peut pas l’être, inter­prété, direc­te­ment, le symp­tôme, qu’il y faut le trans­fert, c’est-à-dire l’introduction de l’Autre. », p. 147.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 21 jan­vier 1975, Ornicar ?, n°3, mars 1975.
« De l’inconscient tout Un, en tant qu’il sus-tend le signi­fiant en quoi l’inconscient consiste, est sus­cep­tible de s’écrire d’une lettre. Sans doute y faudrait-il conven­tion. Mais l’étrange est que c’est cela même que le symp­tôme opère sau­va­ge­ment. Ce qui ne cesse pas de s’écrire dans le symp­tôme relève de là. », p. 107.

♠ Le Séminaire, livre XXII, « RSI », leçon du 18 février 1975, Ornicar ?, n°4, mars 1975.
« Il y a cohé­rence, consis­tance entre le symp­tôme et l’inconscient. Je défi­nis le symp­tôme par la façon dont cha­cun jouit de l’inconscient en tant que l’inconscient le déter­mine. », p. 106.

♠ Le Séminaire, livre XXIII, Le sin­thome, Paris, Seuil, 2005.
« Le réel, celui dont il s’agit dans ce qu’on appelle ma pen­sée, est tou­jours un bout, un tro­gnon. C’est certes un tro­gnon autour duquel la pen­sée brode, mais son stig­mate, à ce réel comme tel, c’est de ne se relier à rien. C’est tout du moins ainsi que je conçois le réel. », p. 123.

« Cela vaut la peine qu’on s’y arrête. Que Joyce soit l’écrivain par excel­lence de l’énigme, ne serait-ce pas la consé­quence du rabou­tage si mal fait de cet ego, de fonc­tion énig­ma­tique, de fonc­tion répa­ra­toire ? », p. 153.

Jacques-Alain Miller

♠  « L’orientation laca­nienne. Du symp­tôme au fan­tasme et retour », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 3 novembre 1982, inédit.
« C’est que, volon­tiers, on parle de la souf­france du symp­tôme, de l’embarras que le symp­tôme apporte au sujet comme indi­vidu, dans son com­por­te­ment, dans la réa­li­sa­tion de son but, de ses idéaux, de la souf­france du symp­tôme. Et au fond, les ana­lystes ne nous parlent pas de la souf­france du fan­tasme. Et c’est une remarque qui a d’autant plus de prix qu’on n’en parle jus­te­ment pas, quand il s’agit du fan­tasme maso­chiste, qui est pré­ci­sé­ment un fan­tasme tout à fait essen­tiel dans le registre du fan­tasme, qui a une place tout à fait à part, le fan­tasme maso­chiste, puisque c’est même ce qui fait l’objet de la réflexion de Freud dans le para­digme qu’il nous a laissé sur le fan­tasme, et qui est son texte Un enfant est battu. Je le dis en pas­sant, évi­dem­ment ce serait utile pour ceux qui veulent suivre ce cours à tra­vers ses grandes mani­fes­ta­tions, de consa­crer un petit moment à relire [Un enfant est battu]. En effet, de quoi s’agit-il dans le fan­tasme maso­chiste, sinon, pré­ci­sé­ment, de nous expli­quer en quoi un sujet peut faire de la satis­fac­tion avec de la dou­leur ? Cette défi­ni­tion, tout à fait bateau, évi­dem­ment nous la réveillons un petit peu, quand nous oppo­sons le plai­sir du fan­tasme à la souf­france du symp­tôme. Alors, si je m’occupe de ce binaire symp­tôme et fan­tasme, c’est bien sûr parce que je consi­dère qu’il a été négligé. »

♠  « L’orientation laca­nienne. Du symp­tôme au fan­tasme et retour », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 5 jan­vier 1983, inédit.
« Vous voyez, en effet, se poin­ter là le pas­sage sur Œdipe à Colone, lorsque Lacan dif­fé­ren­cie ce dont on peut rendre compte de l’agressivité à par­tir de la rela­tion duelle, et ce qui consti­tue à pro­pre­ment par­ler le maso­chisme pri­mor­dial. C’est à la fin de la page 271 : “La signi­fi­ca­tion d’Au-delà du prin­cipe du plai­sir, c’est que ça ne suf­fit pas [l’agressivité duelle]. Le maso­chisme n’est pas un sadisme inversé […]. Ce que Freud nous enseigne avec le maso­chisme pri­mor­dial, c’est que le der­nier mot de la vie, lorsqu’elle a été dépos­sé­dée de sa parole, ne peut être que la malé­dic­tion der­nière qui s’exprime au terme d’Œdipe à Colone. La réac­tion thé­ra­peu­tique néga­tive lui est fon­cière.” »

♠ « L’orientation laca­nienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comi­tés d’éthique », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université paris VIII, cours du 23 avril 1997, inédit.
« Dans l’espèce humaine, la néces­sité, le ne cesse pas de s’écrire s’écrit sous la forme du symp­tôme. Il n’est pas de rap­port sus­cep­tible de s’établir entre deux indi­vi­dus de l’espèce qui ne passe par la voie du symp­tôme et ici le symp­tôme, plus qu’obstacle, est média­tion, et c’est ce qui conduit Lacan à iden­ti­fier à l’occasion le par­te­naire et le symp­tôme. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Un effort de poé­sie », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université paris VIII, cours du 22 jan­vier 2003, inédit.
« Lacan tire deux consé­quences du pas freu­dien. La pre­mière, c’est ce qui rend pré­caire que quelqu’un s’y connaisse ; la deuxième, c’est ce qui rend faux que per­sonne s’y recon­naisse. Ces consé­quences, arti­cu­lées sur la pra­tique de la psy­cha­na­lyse, qu’aucun sujet ne se recon­naît dans le symp­tôme, que le symp­tôme est une for­ma­tion, il en tire la por­tée pour d’autres dis­cours. Elle ruine les efforts pour construire un sujet de l’histoire à la hau­teur de sa tâche. Celui qui s’y connaî­trait, ce serait qui dans l’histoire ? – ce serait soit le révo­lu­tion­naire pro­fes­sion­nel, le diplômé de Sciences poli­tiques, le membre du Parti, quelque forme qu’il prenne, y com­pris celle du phi­lo­sophe poli­tique ou celle du sage. »

♠ « Notice de fil en aiguille », Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sin­thome, Paris, Seuil, 2005.
« Le sin­thome roule est le sin­thome dénudé dans sa struc­ture et dans son réel, le mala­quin est le sin­thome élevé au sem­blant, devenu man­ne­quin, et voilé par les subli­ma­tions dis­po­nibles au maga­sin des acces­soires : l’être et sa splen­deur, le vrai, le bon, le beau, etc. Le moyen élé­va­toire de la subli­ma­tion comme opé­ra­tion ascen­sion­nelle était sou­vent nommé par Lacan du terme hégé­lien bien connu d’Aufhebung. Il lui donne dans son écrit “Joyce le Symptôme” le nom plus expres­sif d’“escabeau” (A. É., p. 565–570). L’escabeau met l’accent sur le corps. De même, Lacan désigne le sin­thome comme “évé­ne­ment de corps” (ibid., p. 569), alors qu’il défi­nis­sait le symp­tôme freu­dien comme “vérité” (É., p. 234–235). Joyce, “héré­tique”, par­ti­san du sinthome-va-comme-je-te-pousse, “fait déchoir le sin­thome de son mada­qui­nisme” (p. 14). Mais cela ne l’empêche pas de vou­loir se his­ser avec son sin­thome sur “l’SK beau” de l’œuvre d’art. », p. 209.

« Non, la sagesse du sin­thome n’est pas la rési­gna­tion au manque, ni le retour à zéro, ni l’homéostase de l’existence stable de l’universel sous la férule du prin­cipe de plai­sir. Ni le Livre de la Sagesse, ni Hegel, ni Husserl, ni Quine, mais bien plu­tôt Joyce, comme l’avait si bien vu le jeune Derrida. La sagesse joy­cienne est bien plu­tôt une “foli­so­phie” (p. 128). Elle consiste pour cha­cun à se ser­vir de son sin­thome, de la sin­gu­la­rité de son pré­tendu “han­di­cap psy­chique”, pour le meilleur et pour le pire, sans en apla­tir le relief sous un com­mon sense. », p. 243.

♠ « L’orientation laca­nienne. Illuminations pro­fanes », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris viii, cours du 5 avril 2006, inédit.
« Le désir a besoin de masques, […] parce que s’il les perd, il ne reste que la pure dou­leur d’exister. […] Quels sont les masques de la demande ? C’est, disons, l’identification, les idéaux, qui dépendent d’elle, dans la mesure où la demande emprunte son moyen d’expression au champ de l’Autre. […] Alors que le désir dans sa forme pure, c’est la déré­lic­tion, c’est le sujet laissé tombé, pure souf­france. »


Les auteurs du Champ freu­dien

Deltombe H.

 ♠ « Violences », Les enjeux de l’adolescence, Paris, Michèle, 2011.
« Dans la névrose, le sujet par­vient à réduire la place de l’objet pour entrer dans un pro­ces­sus de sym­bo­li­sa­tion. Il refoule les désirs inter­dits et les symp­tômes sont le moyen de faire valoir la jouis­sance inter­dite, des symp­tômes qui peuvent être déchif­frés par l’inconscient dans le pro­ces­sus ana­ly­tique. », p. 158.

Lacadée Ph.

♠ La vraie vie à l’école, Paris, Michèle, 2013.
« La vio­lence, pour tout être humain, concerne le ça freu­dien, soit un réel en jeu qu’il s’agit non pas de vou­loir éra­di­quer, mais de situer à sa juste place afin d’y convo­quer le voile, soit les sem­blants néces­saires pour la main­te­nir dans une mesure vivable pour tous. », p. 120.

Laurent É.

♠ « L’orientation laca­nienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comi­tés d’éthique », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 4 décembre 1996, inédit.
« C’est la solu­tion que trouve Törless, il y a un envers du monde, c’est incom­men­su­rable, il y a un point, si on veut c’est comme le point d’inflexion du plan pro­jec­tif, ça fait tou­jours fêlure, ça vous fait bas­cu­ler d’un côté ou de l’autre, on ne peut pas s’en sor­tir par la com­pa­rai­son. Cette solu­tion, c’est l’envers de la psy­cha­na­lyse, c’est un oubli de soi, c’est l’oubli de soi que construit l’œuvre même, la dis­tance qu’a réussi à prendre Musil à l’égard de ce qu’il a tra­versé. Ce n’est pas la voie psy­cha­na­ly­tique, mais c’est ce qu’il a trouvé et qu’il a laissé en effet à l’égard du lan­gage, et à l’égard de l’Autre, dans cette posi­tion de satire, je le disais, qui annonce la pre­mière par­tie de L’homme sans qua­li­tés. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Un effort de poé­sie », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 22 jan­vier 2003, inédit.
« L’orientation sur le partenaire-symptôme per­met aussi de pro­po­ser autre chose. Un mode de jouir suf­fi­sam­ment hors-corps pour ne pas s’identifier dans un repli com­mu­nau­taire et nar­cis­sique. Un symp­tôme tel qu’on ne cher­che­rait pas à ce que son corps s’y iden­ti­fie, parce ce que la seule façon de s’y recon­naître dans un symp­tôme, c’est d’utiliser l’image du corps, le i(a), parce que là on s’y recon­naît. C’est la mau­vaise iden­ti­fi­ca­tion au symp­tôme, l’identification com­mu­nau­ta­risme. La pers­pec­tive que pro­pose l’enseignement de Lacan, c’est une autre iden­ti­fi­ca­tion au symp­tôme, un mode suf­fi­sam­ment hors-corps donc qui ferait consi­dé­rer le symp­tôme comme une voie vers le réel sans pour autant y croire. »

Leguil C.

♠ « Présentation », Cf. Freud S., Totem et Tabou (1912–1913), Paris, Points, 2010.
« Pourquoi Freud l’inventeur de la psy­cha­na­lyse s’intéresse-t-il lui aussi à l’homme de l’état de nature, à cet homme qui n’aurait pas encore été déformé par la civi­li­sa­tion ? […] Est-ce que parce que, en écou­tant les paroles de ses patients qui souffrent de ne pas savoir ce qu’ils dési­rent, il per­çoit, comme l’auteur du Discours sur l’origine de l’inégalité, que “l’état de réflexion est un état contre nature et que l’homme qui médite est un ani­mal dépravé” ? Découvrant que c’est la morale civi­li­sée qui pro­duit les conflits psy­chiques pous­sant les indi­vi­dus à se réfu­gier dans la névrose, […] Freud ne croit pas qu’on puisse trou­ver le bon­heur en échap­pant à la civi­li­sa­tion. Néanmoins, il y a bien une filia­tion sou­ter­raine de Rousseau à Freud. Les res­tric­tions que les hommes se sont impo­sées dans la civi­li­sa­tion les auraient ren­dus malades. Leurs rumi­na­tions et leurs obses­sions les empê­che­raient d’agir. Les symp­tômes des névro­sés sont à la fois de leur propre ouvrage et celui de leur époque. […] Mais l’objectif de Freud est nou­veau. Il s’agit de prou­ver l’existence de l’inconscient et de ses lois, si étranges du point de vue de la conscience. Il entend avan­cer dans le com­bat contre l’obscurantisme en mon­trant à ses contem­po­rains que l’être humain est aussi démuni face à son propre fonc­tion­ne­ment psy­chique qu’il l’est face à celui d’un étran­ger qui parle une langue qu’il ne connaît pas. », p. 14–16.

« Totem et Tabou, […] c’est l’effort de Freud pour éta­blir des concor­dances entre la vie psy­chique des sau­vages et celle des névro­sés. Quelque chose de la vie psy­chiques des peuples pri­mi­tifs fait écho à celle des névro­sés, comme si les névro­sés, à tra­vers leurs symp­tômes, retrou­vaient un rap­port au monde qui était celui des pre­miers hommes. […] Le point de vue de Freud n’est pas com­pa­ra­tif : il ne cherche pas à intro­duire une mesure qui inter­prè­te­rait la névrose comme une régres­sion à un degré anté­rieur de civi­li­sa­tion. La concor­dance que Freud met en lumière est plu­tôt à l’honneur des sau­vages, qui nous per­mettent de sai­sir le sens des symp­tômes des névro­sés. […] Ainsi la vie psy­chique des sau­vages nous offre-t-elle en quelque sorte le spec­tacle de l’inconscient à ciel ouvert. », p. 17.


Posts-freudiens

Friedlander K.

♠  La délin­quance juvé­nile. Études psy­cha­na­ly­tiques, Paris, PUF, 1951.
« L’enfant réagit par de l’agressivité aux frus­tra­tions qu’on lui impose et l’adulte agit de la même façon. Chez celui dont le niveau moral est très élevé, cette agres­si­vité ne pou­vant trou­ver de débou­ché au dehors se retourne contre lui-même. De la même façon que pour les sen­ti­ments agres­sifs de la phase œdi­pienne, ces ten­dances hos­tiles s’ajoutent à la conscience morale et la contraignent à redou­bler de rigueur à l’égard du moi. Certaines per­sonnes d’une mora­lité très stricte souffrent d’un intense sen­ti­ment de culpa­bi­lité parce qu’elles renoncent, bien plus que d’autres, à leurs besoins ins­tinc­tuels. », p. 46.


Les amis du Champ freu­dien

Dolan X.

♠ « J’ai tout le temps peur de mou­rir ou ne plus pou­voir m’exprimer », 08 octobre 2014, www.telerama.fr/cinema/xavier-dolan-il-faut-voir-grand-s-adresser-au-plus-de-monde-possible, 116365.php
« Je me pro­jette dans tous mes per­son­nages, à chaque film. Là, ce ne sont pas les condi­tions réelles de l’adolescence que j’ai vécue – ma mère est fonc­tion­naire de l’Éducation natio­nale, mon père, sal­tim­banque ; on n’était ni riches ni pauvres. Mais il s’agit bien de la colère, de la très grande vio­lence que je porte en moi. Et que j’ai réussi, heu­reu­se­ment, ces der­nières années, à cana­li­ser à tra­vers le cinéma. »

Sigmund Freud

♠  « Remarques sur un cas de névrose de contrainte. L’homme aux rats », Cinq psy­cha­na­lyses, Paris, puf, 1954.
« Lorsqu’il était très petit […], il avait com­mis quelque méfait que son père avait puni par des coups. Le petit se serait alors mis dans une rage ter­rible et aurait inju­rié son père pen­dant que celui-ci le châ­tiait. Mais ne connais­sant pas encore de jurons, l’enfant lui aurait crié toutes sortes de noms d’objets, tels que : “Toi lampe ! Toi ser­viette ! Toi assiette ! etc.” Le père, bou­le­versé par cette explo­sion intem­pes­tive, s’arrêta net et s’exclama : “ce petit-là devien­dra ou bien un grand homme ou bien un grand cri­mi­nel.” Il estime que l’impression faite par cette scène, aussi bien sur lui que sur le père, a eu un effet durable. Le père ne l’a plus jamais rossé ; mais lui-même fait déri­ver de cette expé­rience vécue une par­tie de la modi­fi­ca­tion de son carac­tère. C’est par angoisse devant l’intensité de sa fureur qu’il est devenu lâche. », p. 233.

♠ Le malaise dans la civi­li­sa­tion, Paris, Points, 2010.
« Ce qui s’agite, dans une société humaine, en fait d’élans vers la liberté, peut être une révolte contre une injus­tice exis­tante et favo­ri­ser ainsi une nou­velle évo­lu­tion de la civi­li­sa­tion, res­ter conci­liable avec elle. », p. 94.

♠ Pourquoi la guerre ?, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 2005.
« Le droit de la com­mu­nauté sera, dès lors, l’expression de ses inéga­li­tés de pou­voirs […]. À par­tir de ce moment-là, l’ordre légal se trouve exposé à des per­tur­ba­tions de deux pro­ve­nances : tout d’abord de l’un ou de l’autre des sei­gneurs pour s’élever au-dessus des res­tric­tions appli­quées à tous ses égaux, pour reve­nir, par consé­quent, du règne du droit au règne de la vio­lence ; en second lieu, les efforts constant des sujets pour élar­gir leur pou­voir et voir ces modi­fi­ca­tions recon­nues dans la loi, donc pour récla­mer, au contraire, le pas­sage du droit inégal au droit égal pour tous. […] Le droit peut alors s’adapter insen­si­ble­ment à ces nou­velles condi­tions ou, ce qui est le plus fré­quent, la classe diri­geante n’est pas dis­po­sée à tenir compte de ce chan­ge­ment : c’est l’insurrection, la guerre civile, d’où la sup­pres­sion momen­ta­née du droit, et de nou­veaux coups de force, à l’issue des­quels s’instaure un nou­veau régime de droit. », p. 47–48.

Jacques Lacan

♠ « Propos sur la cau­sa­lité psy­chique », Écrits, Paris, Seuil, 1966.
« Cette mécon­nais­sance se révèle dans la révolte, par où le fou veut impo­ser la loi de son cœur à ce qui lui appa­raît comme le désordre du monde, entre­prise “insen­sée” – mais non pas en ce qu’elle est un défaut d’adaptation à la vie, for­mule qu’on entend cou­ram­ment dans nos milieux, encore que la moindre réflexion sur notre expé­rience doive nous en démon­trer la désho­no­rante ina­nité –, entre­prise insen­sée, dis-je donc, en ceci plu­tôt que le sujet ne recon­naît pas dans ce désordre du monde la mani­fes­ta­tion même de son être actuel, et que ce qu’il res­sent comme loi de son cœur, n’est que l’image inver­sée, autant que vir­tuelle, de ce même être. Il le mécon­naît donc dou­ble­ment, et pré­ci­sé­ment pour en dédou­bler l’actualité et la vir­tua­lité. Or il ne peut échap­per à cette actua­lité que par cette vir­tua­lité. Son être est donc enfermé dans un cercle, sauf à ce qu’il le rompe par quelque vio­lence où, por­tant son coup contre ce qui lui appa­raît comme le désordre, il se frappe lui-même par voie de contre-coup social. », p. 171–172.

♠  Le Séminaire, livre IX, « L’identification », leçon du 28 mars 1962, inédit.
« Qu’est-ce que veut dire cette sorte de “trans­fert à la mère ” – incar­née dans la Nature – d’une cer­taine et fon­da­men­tale abo­mi­na­tion de tous ses actes ? Est-ce que ceci doit nous dis­si­mu­ler ce dont il s’agit, et qu’on nous dit pour­tant qu’il s’agit, en l’imitant dans ses actes de des­truc­tion, et en les pous­sant jusqu’au der­nier terme par une volonté appli­quée, à la for­cer à recréer autre chose. C’est-à-dire quoi ? Redonner sa place au Créateur. En fin de compte, au der­nier terme, Sade l’a dit sans le savoir, il arti­cule ceci, par son énon­cia­tion : “Je te donne ta réa­lité abo­mi­nable, à toi le Père, en me sub­sti­tuant à toi dans cette action vio­lente contre la mère.” Bien sûr, la res­ti­tu­tion mythique de l’objet au rien ne vise pas seule­ment la vic­time pri­vi­lé­giée, en fin de compte ado­rée comme objet du désir, mais la mul­ti­tude même par mil­lions de tout ce qui est. Rappelez-vous les com­plots anti­so­ciaux des héros de Sade : cette res­ti­tu­tion de l’objet au rien simule essen­tiel­le­ment l’anéantissement de la puis­sance signi­fiante. C’est là l’autre terme contra­dic­toire de ce fon­cier rap­port à l’Autre tel qu’il s’institue dans le désir sadien. Et il est suf­fi­sam­ment indi­qué dans le vœu der­nier tes­ta­men­taire de Sade : en tant qu’il vise pré­ci­sé­ment ce terme que j’ai spé­ci­fié pour vous de “la seconde mort”, la mort de l’être même, en tant que Sade, dans son tes­ta­ment, spé­ci­fie que de sa tombe et inten­tion­nel­le­ment de sa mémoire, mal­gré qu’il soit écri­vain, il ne doit lit­té­ra­le­ment res­ter pas de trace. Et le fourré doit être recons­ti­tué sur la place où il aura été inhumé. Que de lui essen­tiel­le­ment comme sujet, c’est le “pas de trace” qui indique là où il veut s’affirmer, très pré­ci­sé­ment comme ce que j’ai appelé “l’anéantissement de la puis­sance signi­fiante”. »

♠ Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004.
« Quoi qu’il en soit, il est cer­tain que la tra­duc­tion, qui a été admise, de Triebregung par émoi pul­sion­nel, est tout à fait impropre, et jus­te­ment de toute la dis­tance qu’il y a entre l’émotion et l’émoi. L’émoi est trouble, chute de puis­sance, la Regung est sti­mu­la­tion, appel au désordre, voire à l’émeute. », p. 22.

« Nous avons tou­jours affaire à ce petit a qui, lui, n’est pas sur la scène, mais qui ne demande à chaque ins­tant qu’à y mon­ter pour intro­duire son dis­cours dans celui qui conti­nue à se tenir sur la scène, fût-ce à y jeter le désordre, la pagaille en disant Trêve de tra­gé­die, comme aussi bien Trêve de comé­die, encore que ce soit un peu mieux comme ça. », p. 164.

♠ Le Séminaire, livre XVII, L’envers de la psy­cha­na­lyse, Paris, Seuil, 1991.
« À la vérité, c’est assu­ré­ment une occa­sion de remar­quer que ce n’est jamais un excès – en quelque façon que ce soit – par l’excès de quelqu’un d’autre qu’on se montre, au moins appa­rem­ment, excédé́. C’est tou­jours parce que cet excès vient coïn­ci­der avec un excès à vous. C’est parce que moi, j’étais déjà̀ sur ce point dans un cer­tain état qui repré­sen­tait un excès de pré­oc­cu­pa­tion, que sans doute je me suis mani­festé ainsi d’une façon que j’ai trou­vée très vite intem­pes­tive. », p. 10.

Jacques-Alain Miller

♠ « L’orientation laca­nienne. Le ban­quet des ana­lystes », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 15 novembre 1989, inédit.
« Lacan […] n’a fait que tra­duire une phrase de Freud dans son Malaise dans la civi­li­sa­tion, selon laquelle l’effet de la renon­cia­tion pul­sion­nelle sur la conscience, et en par­ti­cu­lier le fait que le sujet aban­donne la satis­fac­tion que lui donne la pul­sion agres­sive, pro­duit que chaque mor­ceau de cette satis­fac­tion est repris par le sur­moi et accroît l’agressivité de celui-ci contre le moi. C’est ce que Lacan tra­duit exac­te­ment en disant qu’on n’est jamais cou­pable que de ce que Freud appelle une renon­cia­tion pul­sion­nelle. C’est la renon­cia­tion pul­sion­nelle elle-même qui para­doxa­le­ment nour­rit la culpa­bi­lité. »

♠ « Clinique iro­nique », La Cause freu­dienne, n°23, février 1993.
« Pour construire cette pers­pec­tive cli­nique, il fau­drait atteindre à l’ironie infer­nale du schi­zo­phrène, celle dont il fait une arme qui, dit Lacan, porte à la racine de toute rela­tion sociale. […] J’ajoute que c’est le seul sujet à ne pas se défendre du réel au moyen du sym­bo­lique […]. L’ironie au contraire n’est pas de l’Autre, elle est du sujet, et elle va contre l’Autre. Que dit l’ironie ? Elle dit que l’Autre n’existe pas. », p. 7.

♠ « L’orientation laca­nienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comi­tés d’éthique », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université paris VIII, cours du 18 décembre 1996, inédit.
« La rous­pé­tance, c’est un terme d’argot bien sûr, qui est attesté depuis les débuts de la IIIe République. Ça désigne une pro­tes­ta­tion contre l’injustice, mais non pas faite dans des formes légales, subli­mées, mais tout de même sous la forme d’une sorte de bavar­dage har­gneux, com­por­tant une dimen­sion de stag­na­tion. Le rous­pé­teur, ça n’est pas le révolté. La rous­pé­tance com­porte une dimen­sion de stag­na­tion, disons d’impuissance à résis­ter à une force supé­rieure qui s’impose. »

♠  « L’orientation laca­nienne. Le lieu et le lien », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 13 juin 2006, inédit.
« Le der­nier ensei­gne­ment de Lacan tend au contraire à assi­mi­ler la psy­cha­na­lyse à la poé­sie, c’est‑à-dire à un jeu sur le sens tou­jours double du signi­fiant Sens propre et sens figuré, sens lexi­cal et sens contex­tuel. C’est ce que la poé­sie exploite pour, comme dit Lacan, faire vio­lence à l’usage com­mun de la langue. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Illuminations pro­fanes », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 1er mars 2006, inédit.
« Comment rendre compte de la révolte [de Mai 68 ?]. La vérité fait la grève, com­ment faut-il l’entendre ? D’habitude, elle fonc­tionne pour cha­cun, le même cha­cun que j’évoquais concer­nant le symp­tôme. Et là […], la vérité s’arrête pour cha­cun et elle passe au col­lec­tif […]. C’est au fond là en effet le grand déver­soir de la vérité avec laquelle on n’a plus le rap­port en quelque sorte symp­to­mal qui était évo­qué. Au contraire, là, l’identification au col­lec­tif de cha­cun, ou l’identification consti­tuante du col­lec­tif libère de ce poids pour cha­cun. […]. C’est, au fond : quelle est la vérité des véri­tés ? C’est que, en société, dans l’ordre qui s’établit d’un Autre avec majus­cule, en société on renonce à la jouis­sance. »

♠ « L’orientation laca­nienne. Le tout der­nier Lacan », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris VIII, cours du 28 mars 2007, inédit.
« Il pense la poé­sie à par­tir d’un sym­bo­lique qui serait inclus dans l’imaginaire et alors : déve­lop­pe­ment sur la vio­lence faite à l’usage de la langue. On sai­sit ici l’opposition qu’il y a entre ce qui est le sens, le sens comme ima­gi­naire, et le sens com­mun, et l’ancrage que la poé­sie lui donne et par-là même le for­çage auquel elle l’oblige en maniant le signi­fiant. Disons qu’il n’est de poé­sie que par la vio­lence faite à l’usage com­mun cou­rant de la langue à par­tir de la mani­pu­la­tion du signi­fiant. Et curieu­se­ment, Lacan peut dire : ça c’est la vérité, ça s’appelle la vérité. »

♠ « Comment se révol­ter ? », La Cause freu­dienne, n° 75, février 2010.
« Cette nota­tion indique que la révolte est dis­jointe du savoir ; elle est sans média­tion. La révolte à pro­pre­ment par­ler ne pense pas et se dis­tingue en cela de la sub­ver­sion, entre­prise de longue haleine qui demande la connais­sance appro­fon­die de l’ordre qu’il s’agit de rui­ner, de ren­ver­ser. », p. 213.


Les auteurs du Champ freu­dien

Zuliani É.

♠ « Les insur­rec­tions du désir », Malappris, n°10, Publication en ligne du blog Désir ou Dressage, 14 sep­tembre 2017.
« En 1946, dans un article sur la psy­chia­trie anglaise et les sol­dats qui pré­sen­taient ce qu’on pour­rait appe­ler aujourd’hui des troubles du com­por­te­ment, le Dr Lacan fait cette remarque : “ce n’est pas d’une trop grande indo­ci­lité que vien­dront les dan­gers de l’avenir humain. […] Par contre le déve­lop­pe­ment qui va croître en ce siècle des moyens d’agir sur le psy­chisme, un manie­ment concerté des images et des pas­sions […] seront l’occasion de nou­veaux abus de pou­voir”. Il offre là une indi­ca­tion au pra­ti­cien du champ psy qui veut s’orienter, en don­nant une dignité à l’indocilité, à la révolte pourrait-on dire – manière de nom­mer le désir – […] Indocile n’est pour­tant pas un diag­nos­tic, mais il per­met d’apercevoir la place impor­tante du non, du refus chez les sujets que nous accueillons. Les psy­cho­logues de l’enfance ont décou­vert que le non struc­ture le sujet, quand il s’énonce sur fond d’un consen­te­ment. Quand devient-il alors patho­lo­gique ? Quand il est radi­cal refus. Même dans ces cas, le non reste l’expression d’une “insur­rec­tion de a” dans le sujet et, à ce titre, c’est d’abord le sujet lui-même qui a affaire à quelque chose qui se refuse en lui. Un désir peut s’en déduire. »


Post-freudiens

Donald W. Winnicott

♠ « Concepts actuels du déve­lop­pe­ment de l’adolescent : leurs consé­quences quant à l’éducation », Jeu et réa­lité, Paris, Gallimard, nrf, 1975.
« Toutefois, les choses sont dif­fé­rentes quand, selon une poli­tique déli­bé­rée, les adultes renoncent à leurs res­pon­sa­bi­li­tés. En effet, on peut esti­mer qu’agir de la sorte, c’est lais­ser tom­ber vos enfants (à un moment cri­tique). À ce jeu de la vie, vous abdi­quez pré­ci­sé­ment au moment où ils viennent pour vous tuer. […] Se rebel­ler n’a plus de sens, l’adolescent qui rem­porte trop tôt la vic­toire est pris à son propre piège. Il doit se trans­for­mer en dic­ta­teur et attendre d’être tué – d’être tué, non par la nou­velle géné­ra­tion de ses propres enfants, mais par celle de ses frères et sœurs. Naturellement, il cherche à exer­cer sur eux un contrôle. C’est là un des nom­breux lieux où la société ignore, à ses risques et périls, la moti­va­tion incons­ciente. », p. 201.

« Il convient de ne pas oublier que la rébel­lion fait par­tie de la liberté que vous avez don­née à votre enfant en l’élevant pour qu’il existe de son plein droit. », p. 200.

♠ « L’agressivité et ses racines », Agressivité, culpa­bi­lité et répa­ra­tion, Paris, Payot, 1984.
« J’opposerai d’abord l’enfant témé­raire et l’enfant crain­tif. L’un exprime ouver­te­ment son agres­si­vité et y trouve un sou­la­ge­ment. L’autre pense que l’agressivité n’est pas en lui ; il croit qu’elle est ailleurs, il en a peur et craint qu’elle ne vienne du monde exté­rieur. », p. 31.

« Si les pro­ces­sus de matu­ra­tion se mettent en place gra­duel­le­ment, le nour­ris­son peut détruire, haïr, don­ner des coups de pieds et hur­ler au lieu d’anéantir le monde de façon magique. C’est ainsi que l’agressivité peut être consi­dé­rée comme un accom­plis­se­ment. Contrairement à la des­truc­tion magique, les idées et les com­por­te­ments agres­sifs prennent une valeur posi­tive et la haine indique que l’enfant se civi­lise. », p. 38.


Les amis du Champ freu­dien

Appanah N.

♠ Tropique de la vio­lence, Paris, Gallimard, 2016.
« Je m’appelle Moïse, j’ai quinze ans et, à l’aube, j’ai tué. Je vou­drais qu’on sache que j’ai à peine appuyé sur la détente, si Marie était là, je le lui aurais dit, à elle, j’aurais dit comme ça j’ai à peine appuyé Mam et le coup est parti et elle m’aurait cru, elle, mais ça fait plus d’une année que Marie n’est plus là. Je suis seul et j’ai tué Bruce, à l’aube dans les bois. Bruce et son corps de sau­vage et son cer­veau de malade et sa langue de ser­pent, Bruce qui me, qui m’avait… Je l’ai tué. », p. 33–34.

« Je me lève et je vais m’asseoir par terre. Peut-être que ça m’a quitté tout ça, le déses­poir, la colère, la vio­lence, ces sen­ti­ments qui rongent de l’intérieur et qui font grat­ter un banc de ciment, balan­cer des grands coups de pied dans la porte, tuer, ou frap­per sa tête contre un mur comme l’a fait le type qui était ici tout à l’heure. », p. 36.

« J’ai pensé à un gar­çon né il y a quinze ans sur une île des Comores et qui aurait pu avoir une autre vie s’il était né avec deux yeux noirs. Je me suis demandé ce qu’il aurait pu faire ce gamin-là pour bri­ser ses chaînes, pour contour­ner son che­min com­mencé dans la vio­lence, l’ignorance et le dégoût. Je me suis demandé si, en réa­lité, il n’était pas foutu d’avance, ce garçon-là, et, avec lui, tous les gar­çons et les filles nés comme lui, au mau­vais endroit, au mau­vais moment. », p. 171–172.

Barthes R.

♠ « Zazie et la lit­té­ra­ture », Paris, Seuil, Essais cri­tiques, 1964, p. 129–135.
« Zazie veut son coca-cola, son blue jean, son métro, elle ne parle que l’impératif ou l’optatif, et c’est pour cela que son lan­gage est à l’abri de toute déri­sion. Et c’est de ce langage-objet que Zazie émerge, de temps à autre, pour fixer de sa clau­sule assas­sine [– mon cul –] le méta­lan­gage des grandes per­sonnes. […] Face à l’impératif […] du langage-objet, son mode prin­ci­piel est l’indicatif, sorte de degré zéro de l’acte des­tiné à repré­sen­ter le réel. », p. 129–135.

Cocteau J.

♠ Les Enfants ter­ribles, Paris, Grasset, 1929.
« Mais, en cin­quième, la force qui s’éveille se trouve encore sou­mise aux ins­tincts téné­breux de l’enfance. Instincts ani­maux, végé­taux, dont il est dif­fi­cile de sur­prendre l’exercice, parce que la mémoire ne les conserve pas plus que le sou­ve­nir de cer­taines dou­leurs et que les enfants se taisent à l’approche des grandes per­sonnes. Ils se taisent, ils reprennent l’allure d’un autre monde. Ces grands comé­diens savent d’un seul coup se héris­ser de pointes comme une bête ou s’armer d’humble dou­ceur comme une plante et ne divulguent jamais les rites obs­curs de leur reli­gion. À peine savons-nous qu’elle exige des ruses, des vic­times, des juge­ments som­maires, des épou­vantes, des sup­plices, des sacri­fices humains. Les détails res­tent dans l’ombre et les fidèles pos­sèdent leur idiome qui empê­che­rait de les com­prendre si d’aventure on les enten­dait sans être vu. », p. 16.

Genet J.

♠ Journal du voleur, Paris, Gallimard, 1949.
« Je nomme vio­lence une audace au repos amou­reuse des périls. On la dis­tingue dans un regard, une démarche, un sou­rire, et c’est en vous qu’elle pro­duit des remous. Elle vous démonte. Cette vio­lence est un calme qui vous agite. », p. 14.

Korczak J.

♠  Le droit de l’enfant au res­pect, Paris, Fabert, 2009.
« Les erreurs et les man­que­ments ne requièrent qu’une com­pré­hen­sion patiente et bien­veillante. Les enfants délin­quants, eux, ont besoin d’amour. Leur révolte pleine de colère est juste. Il faut en vou­loir à la vertu facile, s’allier au vice soli­taire et mau­dit. », p. 49.

Oates J. C.

♠ Confessions d’un gang de filles, Paris, Livre de poche, 2014.
« Parce que tu crois que je suis né comme ça, moi, avec l’envie de taper, de mordre, de ren­trer dedans, moi aussi je vou­drais dire avec une petite voix et le regard au loin quel est mon endroit pré­féré dans ce pays. Moi aussi je vou­drais que quelqu’un me pré­pare un bol de céréales, tu crois que je n’aurais pas aimé qu’on m’emmène pique-niquer près du lac Dziani ou sur l’îlot de sable blanc là-bas, ou nager avec les dau­phins. Voir mon propre pays, tu crois que j’aurais pas aimé ça, moi ? », p. 45.

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