Antisocial perd un peu son sang froid

Publié paru le 31 jan­vier 2019

image_pdfimage_print

Antisocial perd un peu son sang froid

Par Alexandre Hugues

 

Pourquoi les oreilles du psy­cha­na­lyste tel une prin­cesse aux petits pois,
pour­tant exer­cées au pire, seraient-elles écor­chées par la satu­ra­tion et la dis­so­nance ?

Serge Cottet (Ouï ! En avant der­rière la musique.)1

 

La ten­sion monte, les poings sont ser­rés, l’air est saturé et l’ambiance élec­trique. Les regards se croisent, on se toise.

Et puis d’un coup, ça part. Les corps tour­billonnent, s’entrechoquent. Pieds à hau­teur de visage et poings qui se déchainent. Les coups pleuvent, non rete­nus. Les corps se cognent au rythme d’un accord, d’une note, d’une pul­sa­tion.

Dans la fosse (le pit), le pogo ou le mosh, par­fois bru­tal, n’est pas un com­bat où la pul­sion à l’œuvre serait de mort. Si d’aucun serait tenté d’attribuer une fonc­tion cathar­tique à cette explo­si­vité, les corps en mou­ve­ment appa­raissent d’abord mus par une pul­sion de vie dans son sens freu­dien de liai­son.

Il faut s’être retrouvé en pre­mière ligne d’un Braveheart2 pour mesu­rer la chose. Formant deux camps oppo­sés, le public fait place vide devant la scène en se fai­sant face. Chacun connait la par­ti­tion. L’impatience tré­pi­gnante se trans­forme en deux foules qui se ruent l’une vers l’autre au moment pré­cis du cli­max d’agressivité du mor­ceau joué.

Ce qui se pro­duit là n’est ni un duel, ni un ersatz de retour à une viri­lité guer­rière refou­lée : c’est une danse. Erratique mais pas sans codes, elle fait lien parce que qui­conque tré­buche et tombe est immé­dia­te­ment remis sur pied. Elle fait lien parce qu’elle pro­duit dans l’après-coup une forme de fra­ter­nité où s’engage alors la parole retrou­vée.

Dans son texte d’orientation, J.-A. Miller indique qu’il « laisse en blanc la vio­lence chez l’enfant consi­dé­rée comme un sin­thome »3. À l’approche de la JIE5 nous pou­vons en effet indi­quer qu’il existe des moda­li­tés de vio­lences sin­tho­ma­tiques pour des sujets.

Les inépui­sables variantes de la scène Métal attirent tou­jours de jeunes metal­heads, pas­sion­nés et sou­vent musi­ciens eux-mêmes.

Les ico­no­gra­phies et les écri­tures du Métal, par­fois ultra­vio­lentes, sont très proches du réel et en cela ne cherchent pas à se ran­ger du côté du beau, ce qu’indiquait Serge Cottet dans son texte « Musique contem­po­raine : la fuite du son » : « Si dans l’art, jusqu’à aujourd’hui, Lacan assigne comme fonc­tion à la beauté cette “bar­rière extrême à inter­dire l’accès à une hor­reur fon­da­men­tale”4, le voile est arra­ché ; l’objet serait main­te­nant dénudé, désen­clavé de toute cha­suble idéale, un déchet. »5

Si dans ces condi­tions la vio­lence ne dérape pas, c’est peut-être que l’axe ima­gi­naire n’est pas de mise, l’identification se fai­sant plu­tôt vers le groupe sur scène qu’entre petits autres qui s’entrechoquent. Et à cela s’ajoute un usage impor­tant des sem­blants.

Il est alors pos­sible de bien « cogner sur l’autre »6, condi­tion pour que l’antisocial perde un peu son sang-froid7 en deve­nant dan­seur vers un sys­tème dis­cor­dant8. Tout lien social, même celui qui se veut « anti »implique une perte de jouis­sance.

Alexandre Hugues

Notes   [ + ]

1. Cottet S., « Ouï ! En avant der­rière la musique », La cause du désir, Hors-série, numéro numé­rique, Navarin édi­teur, p. 64.
2. En réfé­rence au film, mou­ve­ment aussi appelé Wall of death.
3. Miller J.-A., « Enfants vio­lents », Après l’enfance, Paris, Navarin, coll. La petite Girafe, 2017, p. 207.
4. Lacan J., « Kant avec Sade », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 776.
5. Cottet S., « Ouï ! En avant der­rière la musique », op. cit., p. 57.
6. Dupont L., « Cogner sur l’autre », Droit de cité du symp­tôme, Quarto, n° 117, 2017.
7. Référence à Trust, cf. Leduc C., « Anti-social, tu perds ton sang froid ! », argu­ment pour la 5e Journée de l’IE.
8. Meshuggah - Dancers to a dis­cor­dant sys­tem- Album obZen- 2008. www.youtube.com/watch?v=uq2HNLTxaZc

image_pdfimage_print

Travaux pré­pa­ra­toires JIE5

5e jour­née d’é­tude

ENFANTS

vio­lents

Rechercher dans le zap­peur jie5

Affiche de la jie5

Étude et recherche

Agenda

novembre 2020
Pas d’é­vé­ne­ment actuel­le­ment pro­grammé.

Atelier d’é­tude 2020–2021

Zappeur

Zapresse