Édito n°7 : Mini vio­lence, maxi effets

Publié paru le 24 décembre 2018

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Édito n°7 : Mini vio­lence, maxi effets

Par Maryse Roy & Angèle Terrier

Il y a une cer­taine vio­lence du sym­bo­lique condui­sant les pro­fes­sion­nels à hési­ter, à bon escient, à épin­gler le tout-petit du signi­fiant « violent », comme en témoigne l’enquête que le Zappeur a menée auprès des pro­fes­sion­nels de crèches et d’écoles mater­nelles dont vous lirez le compte-rendu dans ce numéro. Mais à les entendre, l’on apprend aus­si­tôt que ces ins­ti­tu­tions sont le théâtre de l’agressivité consti­tu­tive du sujet et du lien social. Et l’on constate qu’ils ne manquent pas d’idées pour inven­ter à chaque fois des réponses sur mesure aux pro­blèmes que peuvent poser l’agressivité d’un enfant ou de ses parents. La ques­tion est par­fois sen­sible pour des parents qui craignent que leur enfant soit épin­glé sous le signi­fiant « d’enfant violent ». Vous lirez com­ment les pro­fes­sion­nels tem­pèrent l’ardeur de quelques parents à tra­duire des évé­ne­ments qui sur­viennent dans la cour de récréa­tion dans des termes qui risquent de stig­ma­ti­ser des enfants. Dans les crèches, il arrive que les pro­fes­sion­nels ren­contrent des parents dému­nis face aux com­por­te­ments de leur enfant. Il s’agit pour eux de décom­plé­ter le trop de conseils qu’ils ont reçus, par­fois avant même la nais­sance de leur enfant, et qui, loin de les aider, les déso­riente sou­vent. Vous lirez com­ment, dans une école, une conver­sa­tion pro­po­sée aux enfants par une psy­cho­logue a per­mis de dége­ler des signi­fi­ca­tions et d’offrir d’autres issues à la vio­lence.

Le signi­fiant et ses ver­tus iden­ti­fi­ca­toires est aussi ce qui per­met d’extraire le tout-petit de la vio­lence de l’imaginaire, comme le montre remar­qua­ble­ment la petite Eléa à tra­vers le texte de Morgane Léger. L’énoncé « moi fille », qui sur­git suite à une inter­ven­tion éclai­rée de la pra­ti­cienne qui s’occupe d’elle, per­met un fran­chis­se­ment struc­tu­ral et rompt avec l’agitation tran­si­ti­viste de cette petite fille.

Ces pro­fes­sion­nels de la petite enfance font l’expérience de la radi­ca­lité pul­sion­nelle du tout-petit, là où pour lui le refou­le­ment n’a pas encore opéré, là où la jouis­sance n’est pas encore domp­tée par la loi du désir1. S’orienter de ce réel pour tis­ser avec les parents une trame sym­bo­lique en défaut face à l’énigme qu’est par­fois pour eux leur tout-petit, est le point que nous trans­met Véronique Lecrénais-Paoli dans les « Scènes de crèche » qu’elle a pré­le­vées.

La mor­sure qui tranche dans le réel est l’acmé de la vio­lence de la pul­sion. L’enfant qui mord met les adultes en dif­fi­culté et est un motif récur­rent de consul­ta­tion comme en rend compte Beatriz Gonzalez-Renou dans les ensei­gne­ments qu’elle tire de la cli­nique des enfants « mor­deurs en série ».

Pour ter­mi­ner, Florence Hautecœur nous donne l’écho d’un roman de la der­nière ren­trée lit­té­raire qui traite du ravage que peut pro­vo­quer pour une femme l’arrivée d’un enfant quand ce réel la plonge dans une soli­tude radi­cale.

Maryse Roy & Angèle Terrier

Notes   [ + ]

1. Cf. Miller J.-A., « Enfants vio­lents », Après l’enfance, Paris, Navarin, coll. La petite Girafe, 2017, p. 198.

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