Édito n°8 : Sans l’usage de sem­blants, l’enfant violent se bat

Publié paru le 22 jan­vier 2019

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Édito n°8 : Sans l’usage de sem­blants, l’enfant violent se bat

Par Christine Maugin

En 1919, Freud écrit « Un enfant est battu », texte incon­tour­nable à relire dans le laps de temps qui nous sépare de la 5ème Journée de l’Institut psy­cha­na­ly­tique de l’Enfant, le 16 mars. Pour J.-A. Miller, l’un des apports essen­tiels de ce texte se situe dans le « cor­ré­la­tif du fan­tasme » 1. L’usage du Nom-du-Père, lors de l’opération de la cas­tra­tion, offre au sujet la pos­si­bi­lité du refou­le­ment de la pul­sion, mais il y a un reste : le symp­tôme. Le fan­tasme vien­dra alors mettre le sujet à l’abri du désir de l’Autre et trai­ter le rap­port à l’Autre en jetant un voile sur la cas­tra­tion. Le fan­tasme « un enfant est battu », – et par­ti­cu­liè­re­ment la phase recons­truite lors d’une cure, « je suis bat­tue par le père »2 – est le trai­te­ment de la culpa­bi­lité de s’être éprou­vée comme celui ou celle qui est le plus aimée par le père : face à ce triomphe ima­gi­naire, le sujet plonge dans la culpa­bi­lité de cet amour inces­tueux et éla­bore cette fic­tion d’être battu par le père. On peut alors avan­cer que la vio­lence infli­gée à l’autre n’est pas autre chose que de s’infliger à soi-même son propre châ­ti­ment. Il y a alors à trou­ver la bonne manière de « cogner sur l’Autre » − pour reprendre un des ensei­gne­ments de la passe de Laurent Dupont − en sor­tant de l’axe ima­gi­naire et en usant des sem­blants, ou, comme Alexandre Stevens le pro­pose dans son texte « Un cadre ou un bord »3, bor­der la jouis­sance plu­tôt que de la cadrer en sachant dire que non sans le pro­fé­rer.

Quand le refou­le­ment n’a pas eu lieu, reste alors le sans parole de la pul­sion, son exi­gence de satis­fac­tion qui prend le corps et conduit vers l’acte violent. C’est ce que l’on pourra lire dans les textes de Normand Chabot et Ligia Gorini, qui s’appuient sur les romans : Il faut qu’on parle de Kevin (We need to talk about Kevin) et  Pastorale amé­ri­caine et montrent com­ment, sans l’usage d’un nom-du-père, ni celui des sem­blants, le sujet erre jusqu’à un car­nage de masse pour Kévin et un enga­ge­ment ter­ro­riste pour Merry.

Comme le relate Jean-Robert Rabanel à pro­pos d’un fameux buf­fet de Noël, il reste au sujet à trou­ver une sor­tie, un usage de cette pul­sion en appui sur un autre du trans­fert  qui saura jouer des sem­blants pour ne pas tout satis­faire de la pul­sion.

Lorsque la vio­lence déferle, il y a recours à la parole qui n’est qu’injure, calom­nie, et dont l’envers serait l’aventure amou­reuse comme l’indique Éric Zuliani, repé­rant ainsi que par la rela­tion amou­reuse, un autre dis­cours peut prendre forme, usant des sem­blants pour enser­rer le réel du non rap­port entre les sexes. Il peut y avoir aussi un trai­te­ment de la langue qui, si elle est trop longue et prend corps, peut être le départ d’un tra­vail d’écriture comme le relate Marie-Cécile Marty.

Bonne lec­ture !

Christine Maugin

Notes   [ + ]

1. J.-A. Miller, « L’orientation laca­nienne. La cli­nique laca­nienne », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université́ Paris VIII, cours du 15 décembre 1982, inédit.
2. Freud S., « Un enfant est battu », Névrose, psy­chose et per­ver­sion, Paris, P.U.F., 1978, p. 225.
3. Stevens A., « Devant l’enfant violent : un cadre ou un bord », Le Zappeur, n°6, institut-enfant.fr/2018/12/03/devant-lenfant-violent-un-cadre-ou-un-bord.

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