Lettre ouverte au Youtubeur « Le roi des rats »

Publié paru le 12 mars 2019

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Lettre ouverte au Youtubeur « Le roi des rats »

Par Nicole Borie

« Les opi­nions, sont comme le nuage de sau­te­relles obs­cur­cis­sant le ciel […] Quand elles partent, le vacarme assour­dis­sant qu’aucune parole ne pou­vait per­cer fait place à un grand silence – et c’est alors que les choses deviennent réel­le­ment dangereuses. » 

Patrick Boucheron et Mathieu Riboulet 

 

Cher « Le roi des rats »,

Alors que je cher­chais à com­prendre com­ment le Momo chal­lenge avait pris le relais du Blue Whale Challenge, je vous ai ren­con­tré sur YouTube. En effet, je ne trou­vais rien dans mes réfé­rences cou­tu­mières, Le Monde ou Libération. En 2017, cha­cun de ces jour­naux avait édité un article sur la rumeur de la Baleine bleue, articles sur les­quels je m’étais appuyée pour com­prendre ce phé­no­mène inquié­tant. Je me suis alors mise à sur­fer sur YouTube et je fais main­te­nant par­tie de vos 800.000 fol­lo­wers.

Vos vidéos concernent sou­vent les usages d’Internet et des réseaux sociaux par les plus jeunes et vous enquê­tez sur les façons dont les enfants et les ado­les­cents uti­lisent la toile.

En regar­dant vos vidéos durant deux heures, j’ai plus appris sur le fonc­tion­ne­ment et la régu­la­tion des réseaux sociaux que lors de ma recherche en 2017. Vos sujets très docu­men­tés et bien construits sont aussi péda­go­giques pour votre géné­ra­tion que pour celles qui vous précèdent.

Vous inter­ro­gez l’engouement pour cer­tains sites qui visent de très jeunes ado­les­centes et vous avez su dénon­cer fake news, trolls et, plus pré­ci­sé­ment, un cer­tain nombre de sites mas­quant des visées pédophiles.

Je ne peux que convier mes col­lègues à regar­der vos vidéos, qui nous apprennent les méandres de la toile lar­ge­ment mécon­nus de nous.

Selon la très belle expres­sion de Patrick Boucheron, dans son livre écrit avec Mathieu Riboulet : « Ce n’est pas qu’internet est sans scru­pule, c’est que, créant de l’irréversible, il est sans remords pos­sible. »[1]

Internet est un symp­tôme de notre époque. Il nous donne dans l’immédiat ce que nous vou­lons savoir. Il répond à toute heure et à n’importe quelle ques­tion de connais­sance ou d’actualité et, très vite, si l’on cherche plus pré­ci­sé­ment, il se répète, il est sans limite et sans honte. Il pro­duit sans fin des infor­ma­tions sans en pres­crire l’usage. C’était déjà un reproche fait à la télé­vi­sion à sa naissance.

L’impression d’impuissance que pro­duit la pra­tique inten­sive des écrans est par­ti­cu­lière. L’incompréhension entre géné­ra­tions est main­te­nant mar­quée par nos addic­tions géné­ra­tion­nelles et s’écrit avec les dif­fé­rences d’usage d’internet et des réseaux sociaux.

Les adultes sup­posent trop sou­vent une « débi­lité » dans la façon dont les enfants s’accrochent à leurs écrans, mais l’incompréhension est encore plus pal­pable sur le ter­rain de l’usage.

Toutes les ques­tions que se posent les enfants, ils peuvent les adres­ser sur Internet et en plus par­ta­ger les réponses avec d’autres qui se posent des ques­tions simi­laires. Ainsi les autres ne répondent plus vrai­ment à par­tir d’un savoir-socle mais d’une expé­rience per­son­nelle. Pour les enfants, l’interdiction d’accès par leurs parents aux écrans sont autant de cou­pures d’avec leur monde. Il y a, sur cette ques­tion de l’interdit, un puis­sant mal­en­tendu qui a tou­jours existé entre les géné­ra­tions, mais qu’internet décuple[2]. L’adolescent y fait ses pre­miers essais, ses pre­mières ren­contres. Dans les rap­ports entre les ado­les­cents, les enjeux se font main­te­nant sur Internet.

Évidemment, j’ai des ques­tions à vous poser.

L’usage des réseaux sociaux par les plus jeunes peut-il trou­ver de façon interne une régu­la­tion ? Il me semble que vous par­ti­ci­pez à cette régu­la­tion, mais com­ment s’organise-t-elle ?

Je ne sais pas ce qui vous a poussé à vous inté­res­ser aux dan­gers d’internet pour les plus jeunes, mais cela me fait réflé­chir à l’au-delà de l’interdiction à laquelle nous confronte ce nou­veau monde. Vous met­tez l’accent sur le vrai et le faux : les usages des réseaux sociaux nous obligent en effet à revoir cette ques­tion que vos sujets traitent de façon récur­rente. Avez-vous des retours sur l’impact de vos vidéos sur les plus jeunes ?

Ce sont des ques­tions que vous nous aidez à conce­voir pour notre champ.

La der­nière vidéo pos­tée par « Le roi des rats » date du 1er février. Elle a demandé cinq mois de tra­vail. Elle s’intitule : « repor­tage : Quand les you­tu­beurs abusent de leur noto­riété sur leurs jeunes abon­nées » Elle a déjà été vue 1 227 000 fois !

Mais j’incite mes col­lègues à regar­der également :

– « La dan­ge­reuse mode des chal­lenges » : plus de 900 000 vues.

– « Les dan­gers d’in­ter­net chez les jeunes » : 1 431 703 vues.

– « ins­ta­gram : Arnaque et culte du corps par­fait » : 1 034 848 vues.

[1] Boucheron P. et Riboulet M., Prendre dates, Paris, Verdier, 2015, p. 39.

[2] Leduc C., « Addictifs ou inven­tifs », Être parents au xxè siècle, s/dir Myriam Cherrel, Paris, éd. Michèle, 2017, p. 227.

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