L’île aux plaisirs !

Publié paru le 24 juillet 2018

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L’île aux plaisirs !

Par Victor Rodriguez

Les gar­çons sau­vages, pre­mier long métrage de Bertrand Mandico, intrigue tout autant qu’il ques­tionne. Logique et rigou­reux, le film déploie une his­toire pas comme les autres que l’on aime ou pas, elle ne nous laisse pas indifférent !

On apprend qu’une bande de jeunes gar­çons ont tué leur pro­fes­seure de Lettres. Sous le charme d’une pul­sion qu’ils inti­tulent « Trevor », cinq gar­çons nom­més Tanguy, Romuald, Hubert, Sloan et Jean-Louis com­mettent l’irréparable au cours d’une per­for­mance théâ­trale débri­dée, avec pour seule ambi­tion d’aller au bout de leur mise en scène des­ti­née à épa­ter leur professeur.

La suite mêle le pré­vi­sible et l’inouï. Jugés cou­pables, ce n’est pour­tant pas la pri­son qui les attend. Les familles confient les gar­çons à un per­son­nage trouble, le Capitaine, qui pro­met en échange d’une forte somme d’argent de les trans­for­mer en êtres dociles et civi­li­sés. Lors de la tra­ver­sée en mer, on com­prend que le Capitaine n’est pas par­ti­san des méthodes d’éducation douces, il est plu­tôt un marin bru­tal et per­vers. La croi­sière fait une escale sur une île mys­té­rieuse et les choses deviennent tout de suite très spé­ciales pour la petite bande de garçons.

À elle toute seule, l’île se pré­tend être un pro­gramme de méta­mor­phose et de trai­te­ment de la vio­lence des gar­çons, effi­cace mais étrange. trange en quoi ? Des herbes hautes fouettent les corps des gar­çons à leur pas­sage, d’énormes bulbes sem­blables à des fesses attirent leurs regards par des mou­ve­ments sug­ges­tifs, des colonnes végé­tales sont pour­vues d’une mul­ti­tude de pénis d’où s’écoule un fluide enivrant, des arbres pro­posent leurs fruits ronds et poi­lus ou encore, des racines offrent leurs ron­deurs aux sexes des gar­çons. La nature vivante devient un par­te­naire sexuel pour cha­cun des pro­ta­go­nistes et les plai­sirs qu’elle pro­cure sont sans limites. En soi, cette expé­rience ravit les gar­çons qui voient là l’occasion ines­pé­rée d’assouvir leurs désirs sexuels.

Le pro­gramme ini­tié semble ne pas fonc­tion­ner, car la vio­lence des gar­çons demeure intacte : sur le voyage du retour, ils pro­fitent d’une erreur du Capitaine pour l’attaquer et lui faire la peau ! Est-ce une pure ven­geance en retour des sévices que le Capitaine leur a infli­gés ou un acte trans­gres­sif fon­da­teur d’un nou­veau rap­port à la loi ? Une fois mort, le Capitaine honni deviendra-t-il ce père tant aimé ? La réponse à ces ques­tions est plus com­pli­quée, car même s’il s’agit bien d’un acte fon­da­teur, il n’ouvre pas sur une issue œdipienne.

De retour sur l’île aux plai­sirs, la petite bande fête comme il se doit la liberté retrou­vée. C’est Romuald le pre­mier qui découvre avec effroi en quoi consiste le trai­te­ment du Capitaine lorsqu’au moment d’uriner son pénis se détache de son corps lais­sant appa­raitre un sexe fémi­nin ! Les autres subi­ront rapi­de­ment le même sort. Les voilà trans­for­més en femmes. Ils découvrent aussi que le Capitaine n’était pas seul. Il fai­sait équipe avec le doc­teur Séverin ! C’est lui qui a mis au point la méthode pour rendre dociles et civi­li­sés les gar­çons vio­lents. Peut-être le doc­teur Séverin a‑t‑il perçu que ces jeunes gar­çons avaient été « assi­gné très tôt à la place du violent »1 et qu’il fal­lait déta­cher ces jeunes gar­çons des signi­fiants « tueurs », « vio­lents » assi­gnés par l’Autre ? Pourtant cette his­toire n’aboutie pas à une réduc­tion (n’ouvre pas vrai­ment à moins de vio­lence pour les jeunes gar­çons deve­nus filles : dans une scène à la fin du film, hors champ, elles ont des rap­ports sexuels avec des marins qu’elles assas­sinent au petit matin. Les mots du doc­teur Séverin peuvent don­ner une idée de ce que le réa­li­sa­teur avance : « je vou­lais qu’on en finisse avec les guerres en fémi­ni­sant le monde ». Le constat d’é­chec de cette croyance enté­rine ce qu’a­van­çait Lacan : la jouis­sance fémi­nine n’a rien à voir avec la dou­ceur, elle est plu­tôt de l’ordre de l’illimité !

Le film de Bertrand Mandico est un très beau conte fan­tas­ma­go­rique qui pose plus de ques­tions qu’il ne donne de réponses. S’il est une cri­tique assu­mée du viri­lisme et de l’éducation auto­ri­taire, il ne fait pas pour autant de la fémi­ni­sa­tion du monde une garan­tie de doci­lité2.

Notes

1 Miller, J.-A., « Enfants vio­lents », La petite Girafe, n° 4, Paris, Navarin, 2017, p. 204.
2 Cf Interview de Bertrand Mandico sur Radio Nova : https://www.youtube.com/watch?v=JFFbvz7i-9c

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