Capharnaüm, né révolté

Publié paru le 7 mars 2019

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Capharnaüm, né révolté

Par Adeline Suanez

Capharnaüm[1], de Nadine Labaki raconte l’histoire de Zain, 12 ans, né au Liban. Le film pré­cise les condi­tions de l’émergence de la vio­lence de Zain, ponc­tuée de pas­sages à l’acte qui l’ont amené en pri­son. Le spec­ta­teur devient le témoin de l’élaboration d’une ques­tion pour Zain, comme un envers de sa vio­lence, au-delà de l’acte.

Zain est cou­pable d’un crime, mais c’est en tant que plai­gnant qu’il prend parole dans un second pro­cès : il porte plainte contre ses parents pour l’avoir mis au monde. Zain inter­roge le désir de l’Autre dans un Che vuoi ver­ti­gi­neux. Zain inter­roge sa rai­son d’être au monde, car si sa plainte accuse un autre, elle inter­roge sur­tout son être. Zain, insulté, rejeté, incarne réel­le­ment le rejet-on d’un homme et d’une femme, c’est le point d’où s’origine sa révolte vio­lente. La révolte pourrait-elle se lire comme une ten­ta­tive de s’extirper de cette place d’objet, comme un acte por­teur d’espoir ?

Pour Jacques-Alain Miller, la révolte dans « son essence est un “non” ins­tan­tané »[2], une réponse sans média­tion, faite à l’insupportable ren­con­tré. Elle s’adresse à un autre « qui vous domine, vous dépos­sède, vous prive de ce qui vous revient de droit. »[3].

Toute la vie de Zain tient, au départ, au seul pro­jet de sau­ver sa sœur du mariage forcé qui l’attend. Le lien fra­ter­nel a une valeur pour Zain.

Le départ de sa sœur, ven­due, signe le ratage de ce mon­tage et la perte réelle de sa par­te­naire et de sa place auprès d’elle. C’est le pre­mier point qui pré­ci­pite les pas­sages à l’acte de Zain.

Au sacri­fice fait de sa sœur, Zain se sauve, part errer dans un Liban ravagé ; cette fuite est un pas­sage à l’acte et signe plu­tôt une iden­ti­fi­ca­tion à l’objet rejeté. Selon J.-A. Miller, l’acte de révolte fait retour sur le sujet. Le départ de Zain, s’il est un non ins­tan­tané, révèle aussi, par l’errance qui va suivre que la pul­sion de mort est à l’œuvre. Zain avance alors sur un fil tendu entre vie et mort. Son acte est déses­péré et « ne spé­cule pas sur l’avenir »

Un coup de cou­teau à l’homme qui a épousé sa sœur, est la conclu­sion mor­bide d’un moment où Zain apprend, dans un tor­rent d’insultes, que sa nais­sance n’a jamais été décla­rée et que sa sœur tant aimée, est décé­dée. L’acte est immé­diat, et cette fois, il s’adresse à un Autre. Zain est condamné et entre en pri­son. C’est là que son nom sera pro­noncé pour la pre­mière fois. On lui fait des papiers.

Zain trouve sa voix, en pri­son et il peut for­mu­ler sa plainte. Il pro­voque cet impro­bable pro­cès fait à ses parents et y énonce sa ver­ti­gi­neuse ques­tion. Ses parents sont enten­dus et nomment cha­cun un impos­sible, un insup­por­table. Dans le tri­bu­nal, Zain, per­met l’énonciation de véri­tés plu­rielles et tente de remettre de l’ordre dans ce Capharnaüm en y fai­sant réson­ner sa ques­tion. Une ques­tion qui ne trouve de réponse que du sujet lui-même.

[1] Capharnaüm, film de Nadine Labaki, Liban, 2018.

[2] Miller J‑A., « Comment se révol­ter ? », La Cause freu­dienne, n° 75, 2010, p. 213.

[3] Op. cit.,p. 216.

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