Courts-circuits et cir­cuits du coup

Publié paru le 22 sep­tembre 2018

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Courts-circuits et cir­cuits du coup

Par Thomas Roïc

Le coup frappe le com­père ou per­cute la vitre, un autre dis­loque tout ce qui peut l’être dans la pièce. Le pre­mier vise à anéan­tir le double spé­cu­laire quand le second cherche à frac­tu­rer l’unité de l’objet qui finira frac­tionné selon le plus petit déno­mi­na­teur com­mun. Chacune de ces situa­tions laisse la place à un apai­se­ment où le sujet retrouve l’idée du poids de son corps, éva­poré l’instant d’avant sui­vant des coor­don­nées très pré­cises : le sur­gis­se­ment d’un regard, d’une voix, etc.

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Ce cir­cuit de la vio­lence qui se répète est sou­vent ce qui a amené les parents ou la per­sonne en charge de l’enfant à frap­per à la porte de l’institution pour trou­ver une autre issue pos­sible à ce qui fait désordre, une autre « solu­tion » face à ce déchaî­ne­ment de la pul­sion de mort qui met les pairs comme les ins­tances tra­di­tion­nelles (écoles, familles) dans l’impasse. Car cette violence-là, au contraire de celle qui peut par exemple ani­mer un groupe ou une bande, ne fait lien avec per­sonne et laisse l’enfant tota­le­ment isolé. Il y a alors urgence.

Si le sur­gis­se­ment de la vio­lence signe l’échec de cette « tra­duc­tion constante »1, comme l’a for­ma­lisé Éric Laurent, constam­ment recher­chée et sans cesse réin­ven­tée dans les lieux orien­tés par la psy­cha­na­lyse laca­nienne, force est de consta­ter que ce mode d’agir appa­raît pour cer­tains sujets comme la condi­tion néces­saire d’une pos­sible reprise de cette tra­duc­tion qui s’est trou­vée abo­lie par le sur­gis­se­ment d’une insulte, la place d’un autre enfant ou un réel énig­ma­tique venu affec­ter son corps. Par la trace que le coup laisse dans le monde ou sur la peau s’opère une rature qui se répète pour que tran­si­toi­re­ment quelque chose puisse être extrait – l’apaisement du sujet en témoigne – et qu’une parole ou un trait vienne, l’espace d’un ins­tant, redou­bler cette rature.

Avec le risque que le pas­sage à l’acte violent puisse prendre, évé­ne­ment après évé­ne­ment, l’aspect d’une nomi­na­tion – la fille qui se coupe ou celle qui cogne – qui n’ouvre pas sur un symp­tôme mais qui res­ti­tue, une fois l’acte posé, la place du sujet dans le monde, là où l’angoisse l’avait pré­cé­dem­ment recou­vert

L’enjeu sera dès lors de des­ser­rer cette nomi­na­tion qui peut rapi­de­ment prendre les contours, par l’entremise de l’Autre social qui stig­ma­tise et épingle le phé­no­mène, d’une iden­ti­fi­ca­tion. Il s’agit donc de ne pas viser le phé­no­mène comme tel, mais de repé­rer fine­ment les coor­don­nées qui pré­sident au pas­sage à l’acte, cir­cons­tances sus­cep­tibles d’être recueillies dans la conver­sa­tion, et de per­mettre au sujet d’esquisser alors un pas de côté et de trou­ver l’appui d’un autre registre pour évi­ter ce court cir­cuit pul­sion­nel.

Aménagements

Se des­sinent ici les contours de ce qui fait cette fois vio­lence à l’enfant : quelle trace lan­ga­gière ou forme gram­ma­ti­cale le tra­verse ou quelle sen­sa­tion pro­duit le vacille­ment de son être ? Pour l’un, c’est le sur­gis­se­ment du corps de l’autre sur le seuil de la pièce qui pro­duit la cer­ti­tude que son ric­tus le désigne et voile simul­ta­né­ment l’insulte qui le vise. « Il m’a cho­qué violent, dit-il ensuite. Ça a été vu. J’avais pas de mot à dire. » Pour l’autre, c’est la crainte de l’envahissement de son corps par les matières fécales qui donne la for­mule aux coups qui viennent de sur­gir. Gage pour le cli­ni­cien d’aménager avec le sujet un espace pour le cou­per de l’acéphale de la pul­sion et du ravage de la langue qui se brise en mots tor­dus et l’isole ; et de trou­ver une trame pour faire réson­ner l’équivoque ou le déploie­ment de la langue plu­tôt que de lais­ser au coup le soin de pro­duire un vide ; non pas du côté de l’interprétation des pas­sages à l’acte mais plu­tôt en l’accompagnant dans la construc­tion de récep­tacles don­nant à la jouis­sance des contours, pour ten­ter de faire l’économie de la vio­lence.

Gages pour le cli­ni­cien d’aménager avec le sujet un espace pour le cou­per de l’acéphale de la pul­sion et du ravage de la langue qui se brise en mots tor­dus et l’isole, de trou­ver une trame pour faire réson­ner l’équivoque ou le déploie­ment de la langue plu­tôt que de lais­ser au coup le soin de pro­duire un vide. Non pas du côté de l’interprétation des pas­sages à l’acte mais plu­tôt en l’accompagnant dans la construc­tion de récep­tacles don­nant à la jouis­sance des contours, pour ten­ter de faire l’économie de la vio­lence.

Celle-ci peut alors quit­ter les mains du sujet pour être, par exemple, trans­po­sée en un inté­rêt pour les caram­bo­lages de voi­tures qui se fra­cassent bord à bord. Pour un autre, ce sera la construc­tion d’un nou­veau cir­cuit pul­sion­nel, usant des res­sources du monde vir­tuel, qui donne au corps la forme d’une ville ima­gi­naire dont il faut s’assurer de la conti­nuité des fron­tières et du trou que désor­mais elles enserrent.

Thomas Roïc

Notes   [ + ]

1. Laurent É., « Les trai­te­ments psy­cha­na­ly­tiques des psy­choses », Les feuillets du Courtil, n° 21, 2003, p.17.

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