Petite enquête sur la vio­lence à l’école maternelle

Publié paru le 24 décembre 2018

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Petite enquête sur la vio­lence à l’école maternelle

Par Sylvia Fiori & Angèle Terrier

Comment l’expression « enfants vio­lents » résonne-t-elle pour les pro­fes­sion­nels d’école mater­nelle ? Une conver­sa­tion a eu lieu entre des inter­ve­nants d’une ins­ti­tu­tion pari­sienne de la FIPA1, deux direc­trices d’école et deux psy­cho­logues scolaires.

D’emblée, ces pro­fes­sion­nelles nuancent le signi­fiant violent  « Violent, c’est néga­tif, ça stig­ma­tise. On dit plu­tôt qu’ils sont agres­sifs quand ils ont des dif­fi­cul­tés avec le lan­gage… C’est une forme de com­mu­ni­ca­tion nor­male à cet âge-là. » Toutefois, une des direc­trices évoque des enfants en grande dif­fi­culté ayant des gestes très agres­sifs, « avec volonté de faire mal » où une prise en charge par des spé­cia­listes s’impose et où la ten­dance actuelle est sur­tout de vou­loir poser un diagnostic.

Du côté des parents la ques­tion est très sen­sible. Le thème de « l’agressivité dans la cour » revient régu­liè­re­ment à l’ordre du jour des conseils d’école. Ces pro­fes­sion­nelles notent « une tolé­rance zéro » de la part de quelques familles qui s’inquiètent faci­le­ment lorsque leur enfant revient de l’école avec un bleu. « C’est sou­vent un petit acci­dent, une petite bagarre, vite trans­for­més et géné­ra­li­sés à la ques­tion de l’agressivité dans la cour… Le fait est ampli­fié car des parents s’envoient les infor­ma­tions par mails et tout le monde est au cou­rant… leur enfant est vic­time et l’agresseur cou­pable. » Ils sont prompts à en faire le reproche à l’institution sco­laire : « c’est l’école qui apprend à être violent puisqu’on y apprend les gros mots et la bagarre ».

Mais que se passe-t-il du côté des enfants dans la cour de récréation ?

  • Des conflits, bien sûr, sou­vent consé­quences de riva­li­tés pour occu­per la place de celui qui com­mande. Une anec­dote : « Six gar­çons vou­laient jouer ensemble mais cha­cun vou­lait être le chef. Ils ont passé leur temps à se dis­pu­ter cette place et fina­le­ment n’ont pas du tout joué », se sou­vient une directrice.
  • « Des coups, manière mal­adroite de ren­trer en contact par sen­ti­ment de soli­tude ou manque de mots, mais qui fait peur aux autres. » Cela a un effet para­doxal : « l’agressivité rend un enfant soli­taire mais la soli­tude ali­mente son agressivité. »

Comment ces pro­fes­sion­nelles réagissent à ces situa­tions d’agressivité ? Elles arrivent à inven­ter des réponses institutionnelles :

Une direc­trice a vu des familles se mobi­li­ser contre la venue d’un enfant stig­ma­tisé dès la crèche comme étant violent. Elles avaient demandé que leur enfant ne soit pas dans sa classe. « Nous, on mobi­lise tout le monde, ensei­gnants, ani­ma­teurs, etc., pour voir ce qui se passe avec le nou­veau venu à chaque moment de la jour­née pen­dant quelques jours. Après, on essaie de cher­cher des pistes. Certes, il était agité, mais per­sonne n’a noté d’agressivité. » Il a été sur­tout ques­tion de décons­truire l’étiquette d’« enfant violent » et de gagner la confiance de sa famille.

Une psy­cho­logue sco­laire a eu l’idée de mettre en place une conver­sa­tion avec les enfants d’une classe déso­rien­tée par un élève très dif­fi­cile et violent. « La majo­rité des enfants ont pu dire qu’ils avaient peur et com­ment ils fai­saient pour l’éviter… Ils n’étaient plus seuls avec ça. » Mais d’autres ont dit : « moi, je suis copain avec lui », puis « on pour­rait lui pro­po­ser de jouer avec nous au lieu de se bagar­rer ». « Ce fut un moment très fédé­ra­teur. Cela a per­mis de chan­ger le regard des enfants sur ce cama­rade et à son retour, il sera mieux accueilli, ce qui va l’aider. »

Pour ces pro­fes­sion­nelles, les trou­vailles sont à faire au cas par cas : « Ce n’est jamais gagné. Avoir une réponse immé­diate est impos­sible et néces­site de réflé­chir à plu­sieurs. Il faut avoir cette capa­cité de lais­ser du temps. C’est un tra­vail tou­jours en mou­ve­ment et constam­ment à refaire. »

Sylvia Fiori & Angèle Terrier

Notes

1 Le CLAP-Passage des tout-petits : un lieu d’accueil enfant-parents, ins­ti­tu­tion membre de la FIPA (Fédération des ins­ti­tu­tions de psy­cha­na­lyse appliquée).

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