Quand le har­cè­le­ment fait son entrée à l’école mater­nelle !

Publié paru le 23 octobre 2018

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Quand le har­cè­le­ment fait son entrée à l’école mater­nelle !

Par Béatrice Brault-Lebrun

Dernièrement, une direc­trice d’école m’a rap­porté que des parents d’élèves de mater­nelle veulent por­ter plainte pour har­cè­le­ment envers leur enfant. Cette plainte ne sort pas de la bouche de ces petits d’homme âgés de 3 à 5 ans, mais de celle des grands, leurs parents ! Il ne suf­fit plus de signa­ler à une direc­trice qu’un enfant de l’école en embête un autre, lui donne un coup de pied, le pousse, l’insulte ou encore lui sub­ti­lise son goû­ter. Ces parents consi­dèrent la direc­trice comme « impuis­sante », d’autant plus qu’elle est une femme. Ils en appellent donc à un Autre de l’Autre fort, infaillible. Embarrassée, cette direc­trice m’a inter­pel­lée.

Je tra­vaille en tant que psy­cho­logue dans une mai­son d’enfants qui accueille des enfants âgés de 3 à 8 ans pla­cés sous la pro­tec­tion de l’Aide sociale à l’Enfance. Théo, à peine 5 ans, fait l’objet d’une telle plainte. La direc­trice recon­nait qu’il faut avoir Théo à l’œil pen­dant la récréa­tion, car à la moindre contra­riété avec un autre, il frappe. Elle le prend d’ailleurs très sou­vent sous son aile pen­dant ces temps, ce qui ne lui déplait pas. Une demande d’AVS est en cours. Elle ne se sent donc pas impuis­sante face à cet enfant, mais, comme elle me le fait très jus­te­ment remar­quer, cer­tains parents la mettent face à un impos­sible en exi­geant que Théo n’adresse plus la parole à leur enfant parce qu’il fait peur. Posons-nous la ques­tion : « Qui a peur de qui ? ». L’autre enfant est d’ailleurs en recherche de lien avec Théo. Ce der­nier se serait vanté de l’emprisonnement de son père pour avoir vio­lem­ment frappé sa mère : « Je ne peux quand même pas l’empêcher d’adresser la parole aux autres enfants et de par­ler de sa vie ! » dit la direc­trice.

Elle me confie que ces mêmes parents pro­testent sur­tout contre le fait que des enfants de l’Aide sociale à l’Enfance soient sco­la­ri­sés avec les autres, parmi les leurs ! Ils ne sup­portent donc pas l’autre dif­fé­rent, dès le plus jeune âge. Sur mon conseil, la direc­trice dis­cute avec ces parents de l’excès du terme « har­cè­le­ment » quant aux faits réels et au vu de l’âge de l’enfant fau­tif. Malgré la recon­nais­sance du carac­tère exces­sif de leur demande, ils sou­hai­te­raient que l’opportunité de por­ter plainte existe à la mater­nelle à l’instar du col­lège. Se pro­file ainsi sous la peur, un dis­cours teinté de haine qui inévi­ta­ble­ment pro­duit de la ségré­ga­tion.

Se sai­sir des pro­to­coles sur « Le har­cè­le­ment à l’école », ini­tia­le­ment pré­vus pour les col­lèges par le minis­tère de l’Éducation natio­nale, serait un moyen pour ces parents d’élèves de mater­nelle de légi­ti­mer leur plainte et leur demande d’une régle­men­ta­tion de plus pour inclure les enfants déran­geants dans un autre lieu. C’est une manière à peine voi­lée d’exclure l’étrange, l’étranger. Prenons garde à cette mon­tée des règle­men­ta­tions, cet accrois­se­ment de leur uti­li­sa­tion ! Lacan disait déjà en 1954 : « nous connais­sons moins de nos jours le sen­ti­ment de la haine que dans des époques où l’homme était plus ouvert à sa des­ti­née. […] Et pour­quoi ? Parce que nous sommes déjà très suf­fi­sam­ment une civi­li­sa­tion de la haine »1.

Dans le lien social, nous avons cha­cun la tâche déli­cate de ten­ter de pro­duire un bou­ger afin que d’une peur puisse jaillir autre chose que de la haine.

Béatrice Brault-Lebrun

Notes   [ + ]

1. Lacan J., Le Séminaire, Livre I, Les écrits tech­niques de Freud, Paris, Seuil, 1975, p. 305–306.

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