Sauve la pla­nète !

Publié paru le 14 mars 2019

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Sauve la pla­nète !

Par Hélène Deltombe

Cédric casse tout autour de lui. À neuf ans, il est au bord du ren­voi de l’école pri­maire. Lorsque je le ren­contre, il garde le silence. Il main­tient obs­ti­né­ment la tête bais­sée, il refuse d’expliquer ce qui lui arrive, et même il se met à me tour­ner le dos. Il ne répond à aucune de mes ques­tions, s’enfermant tou­jours plus dans un mutisme résolu et crispé.

Cela ne peut s’éterniser, je cherche une ouver­ture. Je lui fais part d’une idée qui me vient en déses­poir de cause : « Tout ce qui t’arrive, ce n’est pas toi… » Il se retourne brus­que­ment, me darde un regard à la fois dur et sur­pris, et me répond tout à trac : « Comment le savez-vous ? » Je lui indique alors que ce sont des choses qui peuvent arri­ver et qu’il n’y peut rien. Il se détend, il m’adresse un regard sup­pliant pour quê­ter auprès de moi l’assurance qu’il peut par­ler, et se lance : « Je reçois des ordres, de tuer un copain, d’étrangler ma sœur. J’entends : “tue-le, casse-le, sinon tout va sau­ter, il faut sau­ver la pla­nète”. Je suis relié à un centre dans l’espace. »

Cédric est pani­qué, il m’explique qu’il a cher­ché des moyens de négo­cier avec les voix qui le har­cèlent, mais quel­que­fois ce n’est pas pos­sible. Il est sou­lagé de livrer ce qui le rend violent.

C’est la pre­mière fois qu’il peut dire à quelqu’un ce qui le met à mal et sus­cite de sa part de nom­breux pas­sages à l’acte : il est le jouet de forces aux­quelles il doit se plier mal­gré une lutte inces­sante. Il est à cran, mais de m’en avoir parlé, il se sent un peu moins seul, d’autant qu’il reçoit la pro­messe de pou­voir conti­nuer à confier ce qui lui arrive.

Progressivement, les hal­lu­ci­na­tions se sont apai­sées pour lais­ser place à la for­mu­la­tion des inté­rêts qu’il pou­vait sou­hai­ter déve­lop­per, en fai­sant de son délire matière à lien social, en exer­çant sa curio­sité pour l’astronomie, l’écologie, et tout ce qui pou­vait concou­rir à « sau­ver la pla­nète ».

Ainsi, en l’occurrence, la vio­lence n’était pas à trai­ter en tant que telle, car elle n’était qu’un effet des hal­lu­ci­na­tions et des élé­ments déli­rants très pré­gnants qui contrai­gnaient Cédric à accom­plir des actes vio­lents. C’est la psy­chose en tant que telle qui est à trai­ter, c’est quelque chose de brû­lant pour lui, une expé­rience déréa­li­sante, qui le met hors-jeu, qui le rend étran­ger aux autres, déten­teur d’un secret impos­sible à confier, car hors de toute com­pré­hen­sion, pour lui-même comme pour les autres.

C’est pour­quoi il s’est mon­tré très réti­cent à me par­ler au début de notre ren­contre, cachant soi­gneu­se­ment les phé­no­mènes élé­men­taires qui le tra­ver­saient, tant cela le plon­geait dans la per­plexité, mais on avait pu per­ce­voir lors du pre­mier entre­tien à quel point il conte­nait à grand peine une vio­lence prête à explo­ser. Le seul fait de consen­tir à en par­ler a eu un effet de sou­la­ge­ment pour lui et il a pu témoi­gner de l’insupportable de cette expé­rience inef­fable. La ren­contre de l’analyste lui a per­mis de trou­ver com­ment faire lien social à par­tir des élé­ments déli­rants qui le han­taient, en leur don­nant un sens par­ta­geable.

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