Stand by me : la fic­tion comme cadre

Publié paru le 7 mars 2019

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Stand by me : la fic­tion comme cadre

Par María Luisa Akorta – Elisabetta Milan-Fournier

Le film Stand by me de Rob Reiner, tiré de la nou­velle en par­tie auto­bio­gra­phique The Body de Stephen King, nous embarque auprès de Gordie Lachance et ses trois amis Chris, Therry et Vernie. Tous âgés de 12 ans, pris dans le désar­roi de l’épreuve du déclin du père, ils sortent de leur enfance sur un choix qui inau­gure leur ado­les­cence et va les pro­je­ter vers leur des­tin.

Stand by me est une sorte de che­mi­ne­ment aven­tu­reux au cours duquel les quatre amis sont ame­nés à trai­ter leur vio­lence ainsi que celle de leur famille et de leur envi­ron­ne­ment social. La solu­tion trou­vée par Gordie est l’objet de notre tra­vail.

Gordie vient de perdre bru­ta­le­ment son frère aîné Denny, objet agal­ma­tique de ses parents. Il devient alors le gar­çon invi­sible de sa famille, ses parents s’étant enfer­més dans un deuil infini. Alors Gordie et ses amis entre­prennent un voyage ini­tia­tique à la recherche du corps de Ray Bower, un gar­çon porté dis­paru et mort, en ima­gi­nant que les médias publie­ront leur décou­verte, les ren­dant ainsi célèbres auprès des gens de leur vil­lage. Cependant le périple se révèle très périlleux et peu­plé de mau­vaises ren­contres. Deux d’entre elles nous semblent signi­fi­ca­tives.

D’abord, Gordie, engagé avec ses amis dans la tra­ver­sée d’un pont fer­ro­viaire, est sur­pris par l’arrivée intem­pes­tive d’un train lancé à pleine vitesse der­rière eux. Comment sor­tir de cette impasse où la mort paraît immi­nente, alors qu’il est lui-même envahi par la culpa­bi­lité de ne pas être mort à la place de son frère ?

Plus tard, alors qu’ils nagent dans un étang, les gar­çons sont sur­pris par une mul­ti­tude de sang­sues qui s’agrippent à leur peau. Gordie remarque qu’une sang­sue reste col­lée à son sexe. Surgissement d’un réel qui menace un bout de son corps et pas n’importe lequel ! Il faut arra­cher l’animal. Moment trau­ma­tique : il s’évanouit. Un chan­ge­ment sub­jec­tif a lieu : on constate que Gordie, autre­fois inhibé, prend ses res­pon­sa­bi­li­tés et devient le lea­der de la bande.

Juste avant, Gordie, sol­li­cité par son grand ami Chris, a raconté une de ses his­toires drôles et hor­ribles à la fois qui font sa renom­mée : l’histoire d’un jeune gar­çon obèse, souffre-douleur et objet des moque­rie de tout le vil­lage, qui se pré­sente au « Concours du man­geur de tartes », non pas pour le gagner mais pour assou­vir son désir de ven­geance.

D’où vient chez Gordie cette pas­sion pour l’objet oral ? Dans sa nou­velle, Stephen King dit que la mère de Gordie aimait lui racon­ter le conte du Bonhomme de Pain d’Épices, alors que son frère Denny pré­fé­rait des his­toires plus noires et inquié­tantes. Dans le film, il y a un flash-back, signi­fi­ca­tif en ce sens : Gordie est à table avec sa famille et adresse une demande à sa mère qui ne l’écoute pas. Ses parents sont en effet tour­nés vers son frère. Pourtant ce der­nier reste atten­tif à Gordie et lui dit aimer ses écrits.

Le conte de Gordie, met­tant en rela­tion l’objet oral et l’objet voix cor­ré­lés au désir de la mère et au désir de Denny, donne forme à la construc­tion fan­tas­ma­tique sur laquelle Gordie s’appuie pour trai­ter sa vio­lence. Opération qui passe par la voie de la fic­tion[1]. La ven­geance de son héros est une moda­lité de trai­te­ment de la vio­lence par le sym­bo­lique.

S. King raconte la vio­lence et l’angoisse ren­con­trées dans son ado­les­cence, sur­mon­tées grâce à l’amitié et à son écri­ture de « la ter­reur pour de faux »[2]. Pour S. King, ce choix d’écriture de l’horreur nous appa­raît symp­to­ma­tique et l’attrait des jeunes à leur tour pour ses his­toires nous indique com­ment ils peuvent pui­ser dans le sup­port qu’est la fic­tion, de quoi trai­ter et dépas­ser ima­gi­nai­re­ment leur propre vio­lence.

[1] Cf.Naveau L., « L’adolescent, son cercle et ses réseaux », Adolescents, sujets de désordre, s/dir Donnart J.-N., Oger A., Ségalen M.-Ch., Ed. Michèle, 2016, p. 142 : « Ce que le sujet opère comme choix, ce qu’il construit comme fan­tasme, ce qu’il ren­contre comme symp­tôme, ne lui sert qu’à sup­pléer à cette inexis­tence, à ce que Lacan appelle même “le ratage” du rap­port sexuel. »

[2] King S., Anatomie de l’Horreur, Albin Michel, 2018.

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