Violence de l’enfant ?

Publié paru le 18 mai 2018

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Violence de l’enfant ?

Par Hervé Damase

L’enjeu de la pro­chaine jour­née de l’Institut de l’Enfant est poli­tique. Il vise à faire entendre une autre voix que celle qui pos­tule l’existence d’une vio­lence chez l’enfant pour mieux la muse­ler par des méthodes qui se disent com­por­te­men­tales alors qu’il s’agit de trai­ter une forme aiguë du malaise contem­po­rain, où l’enfant est pris comme objet à exploi­ter au pro­fit d’un mar­ché du redres­se­ment. À cela nous oppo­sons une éthique de la parole en tant qu’elle est cor­ré­lée à une jouis­sance indi­cible.

La ques­tion de la vio­lence est en effet d’une bru­lante actua­lité. Les enfants eux-mêmes, que nous ren­con­trons dans les dif­fé­rents lieux où nous inter­ve­nons, en témoignent : elle est par­tout, et d’abord dans la cour d’école, qui reste aujourd’hui encore le pre­mier lieu de socia­li­sa­tion. Ces enfants qui sou­vent nous sont adres­sés au titre de cette vio­lence ne parlent que de cela : vio­lence subie comme vio­lence agie. Mais lorsqu’il s’agit d’en rendre rai­son, elle reste inex­pli­quée pour le sujet lui-même ; il paraît en être la pre­mière vic­time. On trouve là quelque chose qui relève de l’inquiétante étran­geté, voire du « diable »qui pren­drait pos­ses­sion du sujet. Aussi, rien ne sert de se foca­li­ser sur le sens, mais bien plu­tôt d’investiguer du côté du fac­teur déclen­chant. Dans les témoi­gnages que l’on recueille, il appa­raît très sou­vent qu’il y a un élé­ment qui fait appel : un regard, une parole, voire sim­ple­ment un signe qui, sous la forme de l’insulte, s’adresse au sujet, le ren­voyant à une posi­tion de déchet. Malgré tout, point para­doxal, cette vio­lence appa­raît comme une expé­rience consti­tuante pour le sujet, le reliant à la com­mu­nauté humaine.
Dès lors qu’on lui offre un espace, c’est une vio­lence qui a chance de se dire. Une vio­lence par­fois bavarde, mais tou­jours sin­gu­lière. Des effets thé­ra­peu­tiques rapides peuvent alors opé­rer. Elle dis­pa­raît presque ins­tan­ta­né­ment. Aussi s’agit-il de main­te­nir un ques­tion­ne­ment pour la conver­tir en symp­tôme.

Comme il est men­tionné dans l’argument, il paraît impor­tant, dans le syn­tagme « enfants vio­lents », que nous emprun­tons au dis­cours cou­rant, c’est-à-dire celui du maître moderne qui stig­ma­tise des com­por­te­ments pour mieux les redres­ser, de décol­ler « enfants » et « violent » pour faire valoir que, der­rière ce signi­fiant maître qui épingle cette forme sin­gu­lière dejouis­sance, il y a un sujet. Nous visons ainsi à démas­si­fier la ques­tion pour intro­duire le un par un. Car il n’y a pas de vio­lence en tant que telle. Nous avons affaire à des phé­no­mènes qui affectent un sujet et que nous situons dans le champ de la parole et du lan­gage.
Certes, comme le rap­pelle Jacques-Alain Miller, il y a une vio­lence « sans pour­quoi »[1], qui est l’envers d’une vio­lence « parce que ». Celle-ci émane de la pré­sence d’un Autre et, en retour, lui est adres­sée. Quant à la vio­lence brute, qui court-circuite l’Autre, elle ne seraît­par consé­quent impu­table qu’au seul sujet. Mais voilà qu’il n’est plus là pour répondre pré­sent, à la sur­prise de l’interlocuteur, qu’il soit bien­veillant ou auto­ri­taire.
La vio­lence de l’enfance relève donc d’une cli­nique laca­nienne de la jouis­sance. Comme l’indique J.-A. Miller : « Dans les cas aux­quels on a accès par l’analyse, [le] mode d’entrée [de la jouis­sance] est tou­jours l’effraction, c’est-à-dire pas la déduc­tion, l’intention ou l’évolution, mais la rup­ture, la dis­rup­tion par rap­port à un ordre préa­lable fait de la rou­tine du dis­cours par lequel tiennent les signi­fi­ca­tions, ou de la rou­tine que l’on ima­gine du corps ani­mal. »[2]

La pro­chaine Journée de l’IE sera donc l’occasion d’examiner, selon la pro­po­si­tion nova­trice d’Éric Laurent, ces dif­fé­rents « modes dis­rup­tifs »[3]par les­quelles se mani­feste une vio­lence incon­nue du sujet lui-même, comme expé­rience de jouis­sance inef­fable.

[1]Miller J.-A., « Enfants vio­lents », Après l’enfance,Paris, Navarin édi­tions, coll. La petite Girafe, 2017, p. 202. Intervention de clô­ture de la 4eJournée de l’Institut psy­cha­na­ly­tique de l’enfant.

[2].Miller J.-A., « L’orientation laca­nienne. L’Être et l’Un. », ensei­gne­ment pro­noncé dans le cadre du dépar­te­ment de psy­cha­na­lyse de l’université Paris viii, cours du 23 mars 2011, inédit.

[3].Laurent É., « Disruption de la jouis­sance dans les folies sous trans­fert », L’Hebdo-Blog,n° 132, 16 avril 2018.

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