Du phal­lus comme signi­fiant au zizi des mots

Texte publié le 9 février 2021

Du phal­lus comme signi­fiant au zizi des mots

Texte publié le 9 février 2021

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Du phal­lus comme signi­fiant au zizi des mots

Par Florence Hautecœur

 

Zizi est un signi­fiant qui revêt pour les tout-petits une impor­tance par­ti­cu­lière, par sa sono­rité proche de l’onomatopée, par sa prise sur le corps et sur la jouis­sance, par l’énigme qu’il recouvre.

Alors, quand je découvre un album jeu­nesse qui s’intitule « le zizi des mots [1]» ma pre­mière réac­tion est de pen­ser que der­rière la cou­ver­ture se cache une his­toire dro­la­tique et inven­tive où les mots eux-mêmes seraient dotés d’un zizi.

Lorsque j’ouvre l’album, me voilà plu­tôt – non sans une pointe de décep­tion – devant un ima­gier construit autour d’une oppo­si­tion entre un mot mas­cu­lin et son pen­dant au fémi­nin, et illus­tré par deux images sou­li­gnant le chan­ge­ment de sens dans ce pas­sage. Par exemple un man­da­rin / une man­da­rine ou un mari­nier / une mari­nière. Pour un album jeu­nesse, le niveau d’abstraction me semble un peu élevé, un Mandarin ou un Charentais ne fai­sant pas par­tie du voca­bu­laire usuel des enfants, sauf en Charentes peut-être. Mais sur­tout, me dis-je, pour­quoi avoir choisi de repré­sen­ter une cha­ren­taise – le chaus­son – ou une mar­quise – le fau­teuil – pour les mots au fémi­nin ? C’est donc un ima­gier sur l’équivoque de la langue ? Tiens, voilà qui serait inté­res­sant. Y aurait-il un zizi et une zizi, dont la signi­fi­ca­tion m’aurait échappé jusque-là ? Il est vrai que Zizi est un pré­nom, qui plus est fémi­nin, comme Zizi Jeanmaire ou la petite sœur de Titeuf, que connaissent bien des enfants – certes un peu plus grands.

Chacun y va de sa fic­tion sur la langue, car la lec­ture de la pré­face me réserve une sur­prise. L’auteur y explique son pro­pos : il s’agit d’illustrer par cette oppo­si­tion « un sexisme quo­ti­dien tel­le­ment dis­cret, tel­le­ment sour­nois, tel­le­ment traitre que tout le monde en est dupe [2]». Là où le mas­cu­lin désigne une per­sonne, le fémi­nin désigne sys­té­ma­ti­que­ment un objet ou un ani­mal. Les mots sont donc machos. Je reste coite. Support d’une dis­cus­sion avec l’enfant, le livre s’inscrit dans une visée péda­go­gique à l’heure de l’écriture inclu­sive et du néo-féminisme.

Écartant le choix d’une fic­tion jeu­nesse, l’album est pour­tant sous tendu par une fic­tion, celle de l’auteur qui, en pre­nant le mot pour la chose, le genre gram­ma­ti­cal pour le sexe, étend le registre de la reven­di­ca­tion phal­lique à la langue elle-même.

Je m’y perds et me revient alors comme une bou­tade le refrain de cette chan­son volon­tai­re­ment pro­vo­ca­trice de Pierre Perret « Tout, tout, tout, vous sau­rez tout sur le zizi… [3]».

[1] Brami É., Le zizi des mots, Saint-Mandé, Talents hauts, 2015.

[2] Ibid.

[3] Perret P., « Le Zizi », Album Le Zizi, 1975.

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