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Actualités de la JIE7, Organisation JIE7

Bibliographie

© Amandine Pierné
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L’exploration des textes de Freud, Jacques Lacan, Jacques-Alain Miller et d’élèves de J. Lacan sur le thème de la prochaine Journée de l’Institut psychanalytique de l’Enfant s’est avérée particulièrement révélatrice de la pertinence de la psychanalyse pour cerner ce qu’il y a de plus actuel dans la tension dont rend compte le titre de cette Journée.
Au fil des citations qui ont été prélevées, nous pourrons suivre comment s’est élaborée dans la psychanalyse le réel qui permet de rendre compte de ce qui nous exaspère, du terrible qui nous habite.
Freud en témoigne très rapidement avec l’analyse du petit Hans. À quoi a-t-il affaire exactement dans ce moment du déclenchement du symptôme ? Comment faire lorsque le symptôme surgit ? Comment nommer le « terrible » avec lequel il est aux prises ? Comment ses parents s’en débrouillent-ils ?
En mettant au premier plan la sexualité, Freud nous indique combien le sujet humain n’est pas toujours dans un rapport de plaisir avec celle-ci, mais plutôt soumis aux exigences de la pulsion qui commande. On peut lire aussi ses indications à propos de ce qui assaille le sujet : les questions sur la naissance, la mort, la naissance d’une sœur, d’un frère, le mensonge des adultes…
Écoutons Freud : « On trouverait difficilement une nursery sans conflits violents entre ses habitants. Les raisons de ces conflits sont : le désir de chacun de monopoliser à son profit l’amour des parents, la possession des objets et de l’espace disponible. Les sentiments hostiles se portent aussi bien sur les plus âgés que sur les plus jeunes des frères et des sœurs[1]». Nous pouvons l’entendre comme autant de points qu’il nous invite à ne pas banaliser. Ces petites choses anodines de la vie ne le sont pas tant que ça. Ce ne sont pas des remarques de nature sociologique ! Elles nous disent ce avec quoi chacun est aux prises en permanence.
Voilà quelques aperçus du « terrible » qui nous habite. Quel réglage la vie en famille apporte-elle à la jouissance en excès, déréglée, incontrôlable ? La solution œdipienne était apparue comme la solution possible permettant aux parents de ne pas trop s’exaspérer… L’autorité paternelle saurait bien canaliser cette puissance et la mettre au service de la civilisation.
Mais Lacan, dans « Les complexes familiaux », fait entendre le changement radical qui s’annonce en pointant le déclin social de l’imago paternelle.
De Freud à Lacan, un autre parcours se dessine qui permet de formaliser les conséquences de de ce virage : la vie en famille est de plus en plus gouvernée par les objets qui captent la jouissance des sujets, défont le lien social que la vie en famille a pour fonction de mettre en œuvre ! De quoi « exaspérer les parents » pendant que le « terrible » continue à sévir !
Nous avons donc fait une large place à la dimension du réel, à son élaboration par Lacan à la suite de Freud, à sa reprise par J.-A. Miller.
Le trait d’union entre « Parents exaspérés » et « Enfants terribles » peut nous indiquer le rapport de causalité qu’il peut y avoir. L’enfant est pris dans la dépendance au désir de l’Autre sous la figure de l’Autre parental.
À ce temps de l’enseignement de Lacan succède la mise en évidence du rapport au réel propre à chacun, et la manière dont il a à s’en faire responsable. Dans ce registre-là, il n’y a plus de rapport de l’un à l’autre. Le trait d’union est un trait qui sépare et laisse chacun seul avec le réel qui le tenaille… seul, mais pas sans la rencontre avec le discours analytique. C’est ce qui nous est apparu comme le point qui permet de dire l’actualité de ce thème.

 

[1] Freud S., Introduction à la psychanalyse, Paris, P. B. Payot, 1974, p. 189-190.

À quoi sert une bibliographie, ou plutôt comment s’en servir ?
Dans la répartition du travail avec Michel Héraud, j’ai choisi de récolter les citations des cours de Jacques-Alain Miller et de ses textes publiés. Dans la sélection des citations les plus connectées au thème, l’une d’entre elle m’a interpellée :
« Selon un érudit, on aurait appelé goujat l’enfant en tant qu’il donne de la joie à la famille. Ainsi, goujat, d’un côté comme de l’autre, a partie liée avec la jouissance. Peut-être avec ce qu’il peut y avoir de trop direct, de pas assez ménagé dans le rapport à la jouissance – quelque chose qui serait trop sans ambages. Regardez comme ça vient bien ici : le petit Hans est le goujat de sa famille ! Il l’est certainement en tant qu’un de ses problèmes est qu’il donne clairement beaucoup de joie à sa petite famille[1]».
J’ai été saisie par ce renversement : l’enfant goujat n’exaspère pas sa famille, il lui donne de la joie ! C’est une indication très précieuse : face au symptôme de l’enfant, gardons-nous de comprendre trop vite. Cela m’a donné envie d’en savoir plus. Je suis donc allée lire ce passage dans le cours de J.-A. Miller. L’étymologie du mot goujat vient du latin gaudium qui signifie joie ou jouissance. Il y a donc un passage du goujat de l’enfant mal poli, mal élevé, à l’enfant qui donne de la joie à la famille ! L’on entend que la goujaterie de l’enfant a aussi affaire avec la jouissance. Le fait qu’il donne beaucoup de joie à sa famille reste pour J.-A. Miller un problème. Fait-il référence à la manière dont l’enfant est pris dans sa propre jouissance et celle de ses parents ?
Pour préparer la JIE7, des réunions ont lieu régulièrement avec les directeurs de journées : Valeria Sommer-Dupont et Yves Vanderveken ainsi qu’avec les responsables de chaque équipe : la diffusion, le zappeur… Lors d’une réunion, je partage cette pépite trouvée dans la bibliographie. Elle touche Yves Vanderveken, qui s’en servira dans son argument de la journée.

Que peut-on saisir de cette anecdote ?

  • Le savoir ne fait savoir que d’être touché par un signifiant, une expression, par surprise. C’est ce qui a opéré pour moi, je n’ai pas cherché à prélever une citation.
  • Le savoir circule. La bibliographie ne dira pas le vrai sur le vrai du thème Parents exaspérés – Enfants terribles. Elle ne sera pas non plus exhaustive. Il y aura des manques, des trous. Cette année, les lecteurs des différents ouvrages n’avaient pas de mots-clés pour les orienter, mais plutôt des axes de lecture. Cela a rendu un peu difficile le recueil des citations, mais a aussi laissé à chacun son interprétation des axes. Et à partir de ce premier choix, singulier, Michel Héraud et moi-même avons sélectionné des citations. On entend là comment le savoir circule. Il se fonde sur une lecture singulière et se transmet, dans un désir d’en savoir plus. Loin d’apporter un savoir plein qui viendrait boucher le désir de savoir, il circule, il court comme le désir.

 

Cette année encore, quatre-vingt personnes ont répondu à l’invitation de Michel Héraud et moi-même pour lire Freud, J. Lacan, J.-A. Miller et quelques autres auteurs. Quel travail ! Qu’est-ce qui peut mobiliser autant de désir et d’énergie autour de lectures pour extraire des citations connexes au thème Parents exaspérés – Enfants terribles ?
Pour témoigner du ton dans lequel ce travail se fait, je citerai Judith Miller sur la Fondation du Champ freudien :
« Elle est ouverte aux initiatives et aux innovations, elle les sollicite même, pour peu que ceux qui proposent soient aussi ceux qui font. […] C’est ce qu’on pourrait appeler son « militantisme », si le mot n’effarouchait dans le champ freudien, parlons alors de son sérieux[2]».
« Vue sous un autre angle, c’est une amicale : on se connaît, on apprend à se connaître, on se fait confiance. On a le sentiment que l’enseignement de Lacan, c’est encore, c’est toujours un combat […] c’est l’orientation même de la psychanalyse pour les temps à venir ».
Un combat pour écorner, pour chacun, dans la joie, un certain « je n’en veux rien savoir ».

[1] Miller J.-A., « L’Orientation lacanienne, Donc », Enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris 8, Cours du 23 mars 1994.
[2] Miller J., « Qu’est-ce que la Fondation du Champ freudien ? », La Cause du désir, n°99, juin 2018, p 10.

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